[Avis] : Terre D'Arle : Le "best of" des jeux de Uwe Rosenberg

[Terres d’Arle]

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"Petit préambule important : ceci est mon premier article sur Tric Trac (je ne sais pas si il y aura une suite). Je suis un blogueur amateur, qui commence à avoir ma petite réputation sur ce site (on va dire qu’elle n’est pas au beau fixe avec le tenancier des lieux (Mr Phal) et que parfois des noms d’oiseaux ont volé entre nous). Malheureusement cette réputation de “troll” ou d’“idiot qui égocentre tout” semble me coller à la peau alors que les 3/4 de mes interventions sont plutôt positives (il est vrai que sur certains jeux, je ne mâche pas mes mots !!). Mr Phal m’a conseillé en quelques mots de créer mon propre site comme lui en son temps pour exprimer mes divergences de vues ailleurs. C’est chose faite depuis le début d’année. Bien sûr, il est modeste, je n’ai pas de grosses bandes passantes etc etc… donc soyez indulgents s’il vous plaît mais n’hésitez pas à faire des retours sur fb (positifs ou négatifs, tout est bon à prendre, note : il est impossible de commenter directement sur le site).

Espérons que l'homme à la longue barbe soit beau joueur et accepte de publier mon article (je le ferai peut-être changer d'avis sur mon compte!!!). Il est dédié à ce très bon jeu qu'est Terres d'Arle de Uwe Rosenberg :"

"Ma famille habite dans la Frise Orientale
Ces gens-là ne font pas de manières.
Ils passent tout l'automne à endiguer les terres,
Extraire la tourbe et tondre les moutons.
Je n'ai jamais eu grand chose à leur dire
Mais je les aime depuis toujours.
De temps en temps, je vais les voir.
Je passe le dimanche à Arle et à Emden"

Je ne peux commencer cet avis que par un hommage à un grand de la chanson française, Michel Delpech. On peut dire que sa chanson le Loir-et-Cher colle parfaitement à Terres d'Arle et est issu de la même volonté de ces deux créateurs, rendre hommage à sa terre natale !!

Terres d'Arle est un jeu de gestion de célèbre auteur allemand Uwe Rosenberg (auteur d'Agricola, Ora et Labora, le Havre, la Route du Verre, et des plus légers Bohnanza et Patchwork entre autres). Il est édité en français par Filosofia et par Feuerland Spiele dans son pays natal. Ce jeu a la particularité de se jouer à 1 ou 2 joueurs (ni plus, ni moins) pour des durées de parties de l'ordre de 45 à 60 min par joueur. On est ici dans du "gros" jeu expert brise-neurones avec de la gestion et du cube en bois mais contrairement à d'autres titres du même auteur, on peut le qualifier d'accessible (je vais y revenir).

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Herr Uwe Rosenberg

Avant-Propos :

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Image d'Epinal de la Frise natale de l'auteur

Beaucoup de choses à dire.

Je vais commencer un peu par l'histoire du jeu qui fait écho à mon histoire personnelle. En effet, dans ce jeu, Uwe Rosenberg rend hommage à ses origines et à son pays natal la Frise Orientale, son agriculture vivrière, sa tourbe et ses traditions séculaires. En effet, chaque joueur incarne un exploitant agricole qui va faire prospérer sa ferme sur une période de 9 semestres. Ayant posé mes pieds sur le sol frison au moins à une reprise, on peut dire que l'auteur et l'illustrateur (le talentueux Dennis Lohausen) ont parfaitement retranscrit dans ce jeu l'atmosphère des lieux. D'ailleurs la couverture de la boîte correspond à l'église d'Arle, village natal soit de l'auteur.

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L'église d'Arle

Revenons tout d'abord sur la ludographie de son auteur. Préambule important, je n'ai jamais joué à Agricola et ne compte pas y jouer vu la description que j'ai pu avoir par ma communauté ludique. Cependant, j'ai joué à assez de jeux de cet auteur pour me faire un vrai avis (Le Havre, Ora et Labora "horreur et labeur", la Route du Verre et Caverna) et disons le franchement j'ai juste détesté ces précédents opus et j'ai mis l'auteur dans mon panthéon des auteurs les plus surcotés pour deux raisons principales (on doit être un ou deux dans le monde ludique enfin je veux dire officiellement) :

  • l'autoplagiat constant de cet auteur qui nous ressert exactement la même soupe année après année en changeant uniquement le thème et la distribution des ressources (avec quelques ajustements mais jamais de changements majeurs).

  • Le manque d'interaction criant dans tous ses jeux. Dans toutes les parties que j'ai pu faire, j'ai eu plus l'impression de faire un puzzle en solitaire, c'est-à dire me dépatouiller tant bien que mal avec le jeu et marquer des pelletées de points de mon côté, en transformant des ressources deci delà, en construisant des bâtiments, en accumulant des ressources que de jouer contre ou avec les autres joueurs.. Et à la fin, impossible de savoir qui est devant, j'ai souvent gagné mais sans comprendre pourquoi, ce qui est le pire dans un jeu de société, bien pire que de se prendre une branlée monumentale.

Du coup, on va dire que j'y suis allé vraiment mais vraiment à reculons avec ce Terres d'Arle et pourtant...

Du mécanisme :

1) Un certain classicisme

Terres d'Arles est un gros jeu de gestion, je ne vais pas faire une description exhaustive des choses. Sachez en préambule, qu'il faut 1 à 2 parties (voire un peu plus pour décrypter tous les mécanismes du jeu). Sachez que le jeu est divisé en 9 semestres (alternance entre une phase été et une phase hiver). Pendant chaque semestre, chaque joueur pourra réaliser 4 actions avec ses pions ouvriers.

"En phase été, je pourrais récolter de la tourbe par l'action Tourbier, extraire de l'argile ou pêcher (actions de gauche du plateau) alors qu'en hiver, je pourrais par exemple tanner mes peaux pour faire du cuir, tuer mes animaux pour faire de la peau et de la nourriture (action de droite du plateau)."


L'idée principale est donc de développer sa ferme (plateau personnel), en l'agrandissant par la construction de digues, par l'assèchement des marais et l'extraction de la tourbe.

Il est également important de perfectionner ses outils (représenté ci-dessus au centre du plateau). Plus les outils seront performants, plus vos actions seront fortes. Par exemple, améliorer son ratelier de tannage sera vite nécessaire pour convertir plus efficacement la peau de ses bêtes en cuir (seulement 3 peaux par actions au début de la partie jusqu'à 6 peaux si il est développé à son maximum).

Plusieurs modes de développement sont envisageables : la construction de bâtiments prestigieux (église, château etc etc...) qui vont rapporter des points de victoire, développer des champs (de blé ou de lin) grâce à ses charrues et réaliser des produits manufacturés (bottes, vêtements de lin etc etc...), agrandir son cheptel en construisant des étables et en faisant reproduire ses animaux (moutons, vaches ou chevaux de trait), faire une combinaison plus ou moins subtil de ces trois stratégies est souvent la meilleure réponse.

Les bâtiments procurent (outre des points de victoire) des pouvoirs ou des effets particuliers qui font se combiner et faire toute la profondeur du jeu, je vous laisse bûcher les règles.

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"Hé beh, moi j'ai bien agrandi mon champ en construisant des digues pour faire de la culture de blé et développer mon cheptel de frisonnes, j'ai bien mes deux chevaux et mes quelques biquettes mais bon moi ma vie c'est le blé et les vaches, nom de diou !!"

Autant le dire tout de suite, les connaisseurs de Uwe ne vont pas être dépaysés.

Venons en au dernier mécanisme autour des transports. Effectivement, outre son petit champ, Uwe nous a affublé d'un garage, qui peut entreposer des outils (charrues et bateau de tourbe) ou des véhicules (carriole, charrette...). Une des clés du jeu est l'utilisation de ces véhicules : soit pour faire des voyages (livrer des commandes dans d'autres villes et recevoir de la nourriture et des points de victoires en fin de partie) soit comme outil de conversion de nos ressources (le bois en madrier, l'argile en brique, le cuir en vêtement...) pour la construction de bâtiments ou pour la thésaurisation de points de victoire.

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"Mon garage est bien rempli : trois charrues, un charriot et une carriole, je vais pouvoir commercer et labourer mes amis"

2) Une flexibilité bienvenue :

Contrairement à d'autres titres de cet auteur (Le Havre en particulier), le jeu n'est pas punitif. Bien qu'il faille payer de la nourriture et parfois de la tourbe en fin de chaque semestre, le jeu offre une grande flexibilité :

  • l'utilisation de la tourbe, qui combinée avec un bateau de tourbe devient une ressource "joker" très polyvalente.

  • le paiement de la nourriture peut se faire également par le blé que l'on a récolté voire par le sacrifice d'un animal si vraiment on est trop juste (à noter que la récompense en nourriture procuré par les voyages permettent de pallier également d'éventuelles pénuries)

  • le paiement de la tourbe en fin d'été peut être réalisé par du bois (en effet, le bois peut chauffer aussi bien que la tourbe, c'est beau !!)

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"Voyage au coeur de la Frise, après avoir livré un mouton à Norden, je monterai bien à la capitale Bremen pour livrer les vêtements et les bottes que je viens de confectionner moué, ahhh l'Appel du Nord !!"

3) Enfin de l'interaction

ENFIN !!!!! Et oui, on peut ENFIN jouer à un jeu de UR en interaction avec un autre joueur et non résoudre son petit casse-tête de son côté. Niveau mécanisme pas énormément de choses ont changé depuis ses autres opus mais le fait de réduire le nombre de joueurs à 2 permet de pouvoir enfin calculer les mouvements de son adversaire, de prendre sa place au moment opportun ou d'anticiper ses décisions.

"C'est pour cette raison que Terres d'Arle est la plus grande réussite de Uwe Rosenberg depuis ces dernières années et que c'est le seul jeu qui restera dans ma ludothèque et que je conseille à l'achat !!"

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"Quelques images de la Frise (le phare représenté ici est le pion premier jour, bel hommage non ?"=

Des points négatifs :

  • Pas de grosse innovation dans le système de jeu (on a de la pose d'ouvrier classique et de la conversion de ressources chères à l'auteur)

  • Une certaine lourdeur dans la lecture des règles, tout est bien détaillé mais on a beaucoup de mal à rentrer dedans tellement. Les règles sont découpés en différentes parties et on a du mal à connecter les différents aspects seulement à la lecture (en même temps pour un jeu aussi riche, il est difficile de concevoir une règle)

Des points positifs :

  • Une thématique en adéquation avec les mécanismes du jeu. L'auteur et l'illustrateur excellent dans leur domaine, rien à redire (les allemands restent les champions du Monde !!!). Le matériel est beau, pléthorique et d'une grande qualité. Bravo à eux.

  • Enfin de l'interaction, la limitation à 2 joueurs m'a définitivement convaincu, moi qui était un très grand Uwe-Sceptique comme quoi tout arrive ...

  • Un mode solitaire très sympa (pas mal de dilemmes sont présents et la pression ne diminue pas). Je conseille d'ailleurs de faire 2 à 3 parties solos et de replonger dans les règles avant de le faire jouer à d'autres joueurs

  • Un temps de jeu raisonnable (1h30 à 2h00 à 2), pour cet auteur, c'est rarissime et vraiment bon à prendre

  • Un excellent gros jeu de gestion à 2 (ils sont suffisamment rares pour être citer, Uwe a été assez couillu pour le faire)

Bilan : un excellent 17/20, enfin un titre de Rosenberg qui me correspond, il était temps !!!

Soyons clair, le jeu ne fait pas parti de mon top 10 car on a vu des mécanismes plus innovants et astucieux mais Terres d'Arle reste un titre vraiment très bon, qui saisi parfaitement la philosophie de son auteur.

Le fait qu'il soit bon en solo et destiné à la base pour 2 joueurs en fait un jeu qui complète admirablement bien sa ludothèque.

En revanche, Mr Rosenberg, s'il vous plaît, arrêtez de vous autoplagier, vous avez atteint votre paroxysme dans Terre d'Arle, cherchez d'autres mécanismes ludiques dans votre caboche, les vaches, moutons, conversion de ressources, je pense que l'on en a assez soupé. Merci d'avance !!

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"Paître ou ne pas paître telle est la question ?" hein la frisonne !

Plus d'articles et d'infos, c'est par ici :

http://lespinglesdujeu.wix.com/ludologie

https://www.facebook.com/L%C3%A9pingle-du-jeu-104155339971238/

4 « J'aime »

Pour moi, il n’y a pas de problème avec le plagiat. Tout simplement parce qu’on est pas obligé de posséder tous les jeux ! Si on en a un de la série ou du genre, et bien très bien. Pourquoi se dire qu’il les faut tous, et que chacun doit être différent ? Les mécanismes peuvent être similaires, mais le public peut être différent, en fonction de la durée, du thème, de la qualité de l’édition, etc…
Il n’y a pas de mail à ne pas faire de jeux universels qui plaisent à tout le monde, ni de jeux uniques. On pourrait débattre alors sur les méfaits/bienfaits de la concurrence, que trop d’offres tue l’offre, mais bon.

Je trouve les jeux de Uwe Rosenberg assez identiques à chaque fois, d’où le terme d’autoplagiat, c’est mon point de vue. Je comprends aussi votre point de vue. Les gens avec lesquelles j’ai pu discuter de la chose sont ou ne sont pas d’accord avec moi, libre à chacun. Ici, je pense que je rends justice à l’auteur car j’ai testé la plupart de ces jeux (assez pour m’en faire une idée précise).

Justement, je donne mon ressenti sur ce jeu pour orienter les éventuels lecteurs en faisant une analyse dans le contexte de la ludographie de l’auteur. C’est dommage que cet auteur se limite à ce style de jeu à ressources multiples, là où d’autres (Stefan Feld, Matthias Cramer, Alexandre Pfister…) cherchent de nouvelles pistes. C’est ce que j’attends d’un auteur.

Je n’ai pas encore essayé Patchwork qui a l’air assez différent du reste, mon avis sur cet auteur peut donc évoluer !

2 « J'aime »

Ce n’est que son avis. Chacun peut en avoir un différent.
L’intérêt d’une critique n’est pas de donner une vérité absolu mais un avis éclairé.
Libre à toi d’en avoir un autre et de trouver le critique qui correspond le plus à tes goûts.

Par exemple, pour ma part, je suis assez d’accord avec lui sur le fait que les jeu d’uwe rosenberg ont beaucoup de similitudes. C’est une remarque qui ne m’empeche d’apprécier ses jeux pour autant !
(Comme un réalisateur dont on peut critiquer la tendance à toujours faire le même film alors qu’on les adore à chaque fois ^^)

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Ce n’est que son avis. Chacun peut en avoir un différent.
L’intérêt d’une critique n’est pas de donner une vérité absolu mais un avis éclairé.
Libre à toi d’en avoir un autre et de trouver le critique qui correspond le plus à tes goûts.

Par exemple, pour ma part, je suis assez d’accord avec lui sur le fait que les jeu d’uwe rosenberg ont beaucoup de similitudes. C’est une remarque qui ne m’empeche d’apprécier ses jeux pour autant !
(Comme un réalisateur dont on peut critiquer la tendance à toujours faire le même film alors qu’on les adore à chaque fois ^^)

Merci pour cet article ! Intéressant et je le partage en partie. Je ne suis également pas particulièrement fan des jeux de cet auteur (mais aussi S.Feld pour d’autres raisons), un peu à cause de ces thèmes de prédilections mais également à cause de cette impression de toujours faire la même chose. Patchwork est cependant radicalement différent et peut s’apparenter à un filler made in UR. Et pour le coup, sans être ultra original, j’y joue avec plaisir.

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Patchwork, je l’ai dans mes tablettes celui-là quand l’occasion se présentera, je le testerai et ferait peut-être un retour. Merci… :smiley:

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Merci pour cet article puisque j’étais en pleine réflexion sur l’acquisition de ce jeu.

J’ai le même avis que toi au sujet de UR (je ne possède que Le Havre que j’adore :wink: ) mais je pense que l’on peut également y voir une réflexion d’auteur, la recherche du jeu “parfait” et comme tu le dis si bien, Terres d’Arle semble marquer une étape importante dans cette réflexion car il synthétise plein d’idées et de mécanismes vus auparavant dans ses autres jeux.

Le fait que Terres d’Arle ait pour toile de fond la région d’origine de UR n’est pas un hasard. Comme s’il voulait nous dire que c’est LE jeu, celui dans lequel il a mis toute son énergie, toute sa passion, tout son moi.

Pour alimenter la réflexion, je poste ici le lien d’une review en anglais fort détaillée que j’ai trouvé très intéressante et qui a emporté la décision chez moi quant à l’acquisition de ce jeu. C’est ici : Fields of Arle

Ein Fest für Odin (prévu pour 2016) semble pousser encore plus loin le concept d’expédition (introduit dans Caverna puis repris dans Terres d’Arle) puisqu’il s’agit d’un jeu sur les vikings. Celui, j’ai vraiment hâte de voir ce qu’il a dans le ventre.

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Merci, pour le lien vers islaythedragon, qui a complété ma vision de cet oeuvre ludique :D. J’espère qu’il trouvera d’autres mécanisme et qu’il va vraiment se remettre en question sans ces prochains jeux pour ne pas subir le syndrôme de “l’enfermement artistique”. J’ai fait un gros hit (Agricola) et je n’arrive pas à m’en détacher. Au plaisir…