Le jeu, quel plaisir tout de même !

Thibaut1987 dit :

Après, au risque de passer pour un fou...

Alors parfois, au risque de passer une seconde fois pour un fou...

Pas de risques, t'es sur TricTrac. T'as de la marge.

Il y a quelques années chez des amis, ils sortent à l’apero la grosse boite d’Agricola. Pour moi c’était un ovni complet, mes références en jeu de société c’était les vieux jeux de mon enfance, le has been monopoly, le monotone cluedo, et quelques jeux ravensburger que je plaçais un peu au dessus parce que plus originaux (scotland yard, beaucoup joué avec mon papa et mon frère quand on était gosse). Là j’ai compris qu’il y avait eu une marche, ou plutôt un abîme, un gouffre, qui m’avait complètement échappé !!! En jouant un début de partie d’Agricola ce jour là avec les potes, j’ai eu cette sensation de vouloir rejouer le plus tôt possible, de découvrir d’autres jeux, avec la possibilité de renouveler cette expérience étonnamment captivante.

Décrit comme ça, ça fait un peu prémices d’une addiction, non ? Avec un rapport un peu régressif à l’objet de plaisir ? Je me pose souvent cette question de la nature du plaisir dans le jeu… Ce côté très calme, dans un temps arrêté, pendant une partie, mêlé d’une sensation d’urgence, de faim… Entre les parties. Parfois je trouve ça bizarre. Je me dis que c’est un peu les mêmes ressentis qu’un camé ou qu’un mec qui sort pas de derrière ses jeux en lignes sur ordi, et je me dis que je pourrais tourner mon attention vers d’autres choses. Mais en fait je suis quelqu’un qui trouve l’activité humaine très vaine, je n’ai peu ou pas de hobbies, de passe-temps, je m’ennuie facilement sans que cela me gêne et je suis peu curieux du monde; la possibilité d’une partie de Colt Express, de la Crique des Pirates, de Carcassonne, ou d’Agricola, pour ne citer que ceux-là, est une des très rares perspectives qui peuvent me sortir de ma torpeur.

Glander dans un appart en “discutant” avec des amis même très chers, siroter une mousse dans une chaise longue avec des proches et tous nos gamins qui jouent autour, c’est presque en train de devenir triste, pour moi. Avoir l’impression de vivre comme un étudiant à quarante ans bientôt, ça me procure un sentiment de vacuité assez angoissant. Mais si on fait une pétanque à l’apero ou un tarot après manger, ça change tout ! Incroyable, non ? Comment cette petit mécanique bien réglée, aussi inutile et précise qu’une horloge, peut promettre autant de satisfaction ? Le plaisir du jeu est pour moi une question assez mystérieuse, intéressante et peut-être primordiale. Il semble me confirmer que la seule chose qui a vraiment une importance dans l’existence c’est ce genre d’action gratuite, sans utilité (j’ai un gros problème avec la question de l’utilité comme celle de la rentabilité, par exemple), qui déploie dans le temps du quotidien une forme d’être un peu poétique qui nous arrache à la gravité, à un réel ingrat et sans promesse, qui nous rend plus léger. Plus vivables, presque. Un peu comme l’art, la musique, qui sont les seuls autres vagues centres d’intérêt que j’ai pu avoir à l’occasion.

Karadoc dit :Il y a quelques années chez des amis, ils sortent à l'apero la grosse boite d'Agricola. Pour moi c'était un ovni complet, mes références en jeu de société c'était les vieux jeux de mon enfance, le has been monopoly, le monotone cluedo, et quelques jeux ravensburger que je plaçais un peu au dessus parce que plus originaux (scotland yard, beaucoup joué avec mon papa et mon frère quand on était gosse). Là j'ai compris qu'il y avait eu une marche, ou plutôt un abîme, un gouffre, qui m'avait complètement échappé !!! En jouant un début de partie d'Agricola ce jour là avec les potes, j'ai eu cette sensation de vouloir rejouer le plus tôt possible, de découvrir d'autres jeux, avec la possibilité de renouveler cette expérience étonnamment captivante.

Décrit comme ça, ça fait un peu prémices d'une addiction, non ? Avec un rapport un peu régressif à l'objet de plaisir ? Je me pose souvent cette question de la nature du plaisir dans le jeu... Ce côté très calme, dans un temps arrêté, pendant une partie, mêlé d'une sensation d'urgence, de faim... Entre les parties. Parfois je trouve ça bizarre. Je me dis que c'est un peu les mêmes ressentis qu'un camé ou qu'un mec qui sort pas de derrière ses jeux en lignes sur ordi, et je me dis que je pourrais tourner mon attention vers d'autres choses. Mais en fait je suis quelqu'un qui trouve l'activité humaine très vaine, je n'ai peu ou pas de hobbies, de passe-temps, je m'ennuie facilement sans que cela me gêne et je suis peu curieux du monde; la possibilité d'une partie de Colt Express, de la Crique des Pirates, de Carcassonne, ou d'Agricola, pour ne citer que ceux-là, est une des très rares perspectives qui peuvent me sortir de ma torpeur.

Glander dans un appart en "discutant" avec des amis même très chers, siroter une mousse dans une chaise longue avec des proches et tous nos gamins qui jouent autour, c'est presque en train de devenir triste, pour moi. Avoir l'impression de vivre comme un étudiant à quarante ans bientôt, ça me procure un sentiment de vacuité assez angoissant. Mais si on fait une pétanque à l'apero ou un tarot après manger, ça change tout ! Incroyable, non ? Comment cette petit mécanique bien réglée, aussi inutile et précise qu'une horloge, peut promettre autant de satisfaction ? Le plaisir du jeu est pour moi une question assez mystérieuse, intéressante et peut-être primordiale. Il semble me confirmer que la seule chose qui a vraiment une importance dans l'existence c'est ce genre d'action gratuite, sans utilité (j'ai un gros problème avec la question de l'utilité comme celle de la rentabilité, par exemple), qui déploie dans le temps du quotidien une forme d'être un peu poétique qui nous arrache à la gravité, à un réel ingrat et sans promesse, qui nous rend plus léger. Plus vivables, presque. Un peu comme l'art, la musique, qui sont les seuls autres vagues centres d'intérêt que j'ai pu avoir à l'occasion.

Ah ah excellent poisson d'avril !
Genre le mec flippant ! ah ah

ah ah
ah... enlightened

 

Je comprends la perplexité d’El Payo… Moi même je me considère avec la même incompréhension parfois ! La question du plaisir du jeu tire un peu sur la question du temps libre, et de ce que l’on en fait. Mon évocation des moments de glandouille entre amis était un peu trop crue, peut-être… Je voulais dire que là où j’en suis dans ma vie, je préfère aller faire du vélo ou de la trottinette avec mes gosses que tourner en rond, même avec des gens que j’aime, en “niaisant” comme disent les québecquois… Faut trouver un petit quelque chose à faire, comme jouer, par exemple, parce que le farniente j’ai dû trop pratiquer ! Je peux plus… Ou alors quand je suis seul. Mais quand on est ensemble, je supporte de moins en moins les conversations à la con autour d’un repas ou d’une bouteille. c’est ce que les retrouvailles avec le jeu de société m’ont fait réaliser : bon sang, on peut faire un truc comme ça, on peut partager ce moment original, créatif, structuré et libérateur ???.. Et ben, c’est pas facile, parce que les amis, souvent, préfèrent “niaiser” dans le sofa… Le jeu de société, le grand plaisir qu’il procure pour moi c’est de renouveler la modalité de la “compagnie”…

Ce que j’aime dans un jeu, c’est de rencontrer le ou les joueurs avec lesquels je vais pouvoir bâtir une belle partie, bien souvent cela tournera autour d’une lutte acharnée avec de superbes rebondissements. En fait je déteste perdre ou gagner dans les grandes largeurs, en étant écrasé ou en écrasant mon adversaire à plate couture, aucun intérêt.
Cet à priori me vient du collège, un gars d’un club d’échec me propose une partie d’initiation  en m’annonçant qu’il me battrait en six coups, six coups plus tard j’avais perdu, et depuis j’ai un problème avec les jeux abstraits . Sérieusement je crois que j’y suis mauvais, j’adore Reversi, j’y ai pris des déculottées phénoménales, ça fait peur , je n’oserais jamais m’approcher d’un plateau de GO .

Mais j’aime jouer, j’adore les jeux de société, de rôle ainsi que les wargames, or il y a quelques années de cela je trouve un gars qui veut bien découvrir le wargame lors d’une rencontre via une soirée jeux de société. Le gars était curieux de tout, aimait Neuroshima Hex, Siam, ainsi que Khet. Je sentais venir le profil du joueur de jeu abstrait … mais pas question de louper une partie de wargame. Je lui propose du World at War qu’il jugera trop léger après m’avoir battu sans trop de difficultés, aussi je lui propose une partie d’initiation sur Lock’n Load. On discute, je trouve qu’il s’adapte très vite à toutes sortes de jeux, je lui demande s’il joue souvent. Il me répond par la négative, il découvre les jeux de société “modernes” depuis quelques semaines, mais il participe à des championnats d’échecs et possède un classement Elo sympathique… avais je rencontrer ma némésis, allais je me faire écraser de parties en parties ?

Je décide de rejeter ce complexe d’infériorité vis à vis des joueurs d’échecs et je lui propose cette fameuse partie d’initiation, je suis confiant .
Je décide de jeter mon dévolu sur un scénario 2nde Guerre Mondiale, la reprise d’une partie de Carentan, des forces Américaines (2 escouades je crois avec 2 leaders, peut être un médecin aussi) essayent de reprendre des bâtiments à quelques Allemands (2 nids de mitrailleuses, une demi escouade, un sniper). Je lui explique que le scénario ne peut être gagné par l’allié, il a été calibré en 8 tours pour prendre tous les bâtiments or le sniper est caché et apparaît en dernier. L’intérêt de cette partie est de pouvoir me concentrer sur l’explication des règles avant et pendant la partie. Il joue, perd, il constate que je le fixe, pense que je suis déçu de sa façon de jouer. Le gars a failli gagner ce scénar à un tour près. Je le lui dis. C’est la première fois que je vois cela, sur un scénario que j’ai joué d’un côté comme de l’autre une quinzaine de fois, je n’ai jamais vu l’américain gagner, le complexe d’infériorité du joueur d’échec m’étreint à nouveau frown.

Mais je veux rejouer le plus vite possible, il semblerait que je fais face à du joueur de premier choix , je vais peut être perdre, mais ça va être de la partie bien saignante. Cette fois on passe aux choses sérieuses, Lock’n Load: Heroes of the Gap, scénario hypothétique entre Pacte de Varsovie et Américains de L’OTAN dans les années 80. Je suis américain, je tiens une petite ville, les russes sont à la manoeuvre. Mon adversaire arrive, il me lance une petite attaque bien vacharde, il prend deux bâtiments en à peine 4 tours, ça sent le roussi. J’arrive à rallier mes troupes, je me regroupe et contre attaque en le prenant de flanc, j’arrive à reprendre tous les bâtiments. Je gagne la partie au dernier tour, ce fut chaud.

On remet cela, il joue l’américain qui tient toute la partie nord de la ville il a aussi quelques troupes au sud mais isolées, cependant tous les abords sont sous le feu de ses armes. Je mène une violente attaque héliportée, je prends toute la zone sud obligeant ses troupes à fuir et à traverser le fleuve pour retourner dans la partie nord. Il essuie quelques pertes. Il est contraint de se retrancher, mes blindés (des BMP) peuvent approcher par le sud, je commence à prendre les premiers bâtiments de la limite nord. Mes hélicos ont pu déposer des gars avec un lance missile et un lance grenade sur une colline à l’est pour arroser les abords de la ville. Cela commence à sentir le sapin pour l’américain. Arrivent ces quelques renforts, un M2 Bradley et un M1 Abrahams (Aïe ) et quelques troupes. Mais je suis bien placé pour le recevoir. La il profite du départ de mes hélicos pour lancer un assaut combiné entre ses troupes en ville, plus celles  arrivants du nord est. Et la catastrophe, mon lance missile mal placé, ne peut tirer sur le M1, mes BMP arrivent à détruire le M2, mais j’en ai perdu un. Après ce fut une joyeuse chasse au Russe , je suis obligé de reculer dans la zone sud, victoire de l’américain .
C’est pour ce genre de parties que j’aime jouer. Je me rappellerai aussi d’une autre belle partie de Lock’n Load: A Ring of Hills, contre un joueur helvétique (Tessinois si je ne m’abuse), on jouait en Suisse d’ailleurs, il faisait partie de l’armée, de la police militaire pour être précis . La encore une superbe partie, pleine de rebondissements.

Je ne remercierais jamais assez la personne qui m’a fait découvrir ce jeu, merci à lui.