La com, trop de jeux vu par Fred Henry durant le salon d'Essen 2014

Et que pense Mr Fred Henry des saucisses subliminales ?

Tout ça est très vrai et tres passionné ! Tres belle et intéressante intervention. Je n'ai encore jamais eu le plaisir de rencontrer M. Fred Henry mais ce serait un vrai plaisir que d'échanger avec lui sur le milieu ludique. L'équilibre entre trop de communication, qui finit parfois par devenir lassante, et pas assez est un exercice bien complexe. Mais il est clair que si on croit un minimum en un jeu il semble normal d'en parler et d'essayer d'en montrer ses qualités.

Beaucoup de ce que dit Fred henry est vrai. Le très grand nombre de jeux publiés ces dernières années ne fait pas nécessairement du bien au marché (c'est à dire ici à la marge des éditeurs), mais il me semble quand même que ce n'est pas si simple.
Bien sûr, je suis content quand l'un de mes jeux, comme Mascarade, est pris par un éditeur comme Repos Production, qui ne sort que deux ou trois nouveautés par an et les pousse fortement. Mais lorsque cela n'est pas le cas, je suis aussi assez content de voir mes jeux pris par de plus petits éditeurs, ou par d'autres à la politique éditoriale moins malthusienne.


Ce qui me gêne dans le discours de Fred henry, c'est qu'à partir d'une analyse pertinente en termes de business, il glisse insensiblement vers un discours en terme de bien et de mal. C'est "mal" de publier plein de jeux en espérant que l'un d'eux aura la chance d'être remarqué, comme le font Queen ou FFG, et c'est "bien" de n'en publier qu'un ou deux par an, comme Repos Prod ou les Space Cowboys. Il n'y a pas de bien et de mal ici, ce sont juste des business models différents, qui correspondent à des styles et des états d'esprit différents.
Après tout, si l'on veut voir l'autre côté des choses, on peut aussi dire que publier de nombreux jeux revient à laisser les joueurs faire eux-mêmes le tri, et décider eux-mêmes lesquels vont avoir du succès - ce n'est pas nécessairement plus méprisant pour les joueurs, et cela donne aussi plus de chance aux auteurs jeunes et débutants de pouvoir faire publier leurs premières créations.
De même, lorsque Fred Henry se vante d'investir ses propres billes dans Conan, il met en avant un modèle qui convient à son tempérament, celui de l'auteur entrepreneur, qui brouille les frontières avec le rôle de l'éditeur. Personnellement, je n'ai jamais investi un euro dans un de mes jeux, et je me suis toujours tenu aussi éloigné que possible des aspects financiers de l'édition, considérant que ce n'était pas le rôle de l'auteur. Je crains même un peu que le mélange des rôles prôné par Fred ne soit au bout du compte très mauvais pour les auteurs et la création.
Bref, Fred Henry présente ici un modèle de politique éditoriale et de relation auteur- éditeur. C'est un modèle intéressant, c'est un modèle qui lui convient, mais les autres n'en sont pas moins honorables.

5 « J'aime »

Certains éditeurs préfèrent aussi investir moins de ressources dans la communication, et plus dans le développement, en partant du principe que si leur jeu est bon, il aura moins besoin de la communication pour exister et avoir du succés.

Les modèle qui se reposent trop sur la communication produisent des jeux qui existent le temps de la campagne publicitaire, mais qui disparaissent après.

Comme souvent, je pense que les modèles les plus sains sont ceux qui sont équilibrés et ne tombent pas dans les excés.

@ Bruno Faidutti.Je comprends ton point de vu et je le respecte mais je pense néanmoins que l'inflation des titres est délétère pour la totalité du secteur, joueurs y compris, ou plus exactement finira par l être. Car encore une fois, la question n est pas tant celle du nombre que de la quantité de ressources moyenne allouée à chaque jeu et son trend. Je pense sincèrement que beaucoup d éditeurs allouent moins de temps notamment à chaque jeu. Or, à ma connaissance, il n y a pas de gains de productivité dans le développement qui justifies cette baisse tendancielle. Je mets donc face à face deux modèles, celui de la concentration des ressources face a celui de leur dispersion. Et effectivement je pense que le premier est clairement plus sain pour le secteur que le second. Que le second soit un bon business modèle au niveau micro n exclu pas qu il entraîne des effets pervers au niveau macro (toute la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit est d'ailleurs fondée la dessus, mais c est un autre débat).Concernant la notion d auteur-entrepreneur Tu as effectivement visé très juste. Par contre je ne vois pas du tout en quoi celà pourrait se montrer néfaste pour la création. Il n existe à ma connaissance pas la moindre étude sur le sujet, par contre, si l on prend le champ des sciences appliquées, on constate que le chercheur-entrepreneur est un ideal type fort créatif (il y a notamment pas mal d études quand a la PI et au dépot de brevets qui prouve la performance du modèle). (Attention, je ne dis pas que les brevets ds la science appliquée son Biens ou Mals, c est un autre débat dont la problématique est plus liée au temps de la propriété). L idée que les problématiques économiques parasitent l élan créatif appartient au sens commun et ne se fonde que sur une vision romantique du processus créatif.

4 « J'aime »

@ Fred Henry
1: sur la concurrence qui bouffe les marges, etc, je suis bien d'accord que cela est un problème - même si c'est plus lié au modèle classique de la concurrence qu'à la baisse tendancielle du taux de profit, qui a plus à voir la composition organique du capital (et le prix de la corde pour les pendre). Ceci dit, on reste sur un marché où les produits sont très hétérogènes, et ou un bon jeu un peu cher se vendra mieux qu'un jeu nul et bon marché - et on est aussi sur un marché où il y a des gros (et des gros qui grossissent) et des tout petits. Tout cela remet aussi en cause le modèle - cf tout ce que raconte notre tout récent prix Nobel.
2 : sur la concentration des moyens, cela risque d'entrainer une spécialisation sur les très gros jeux. Il se trouve que les gros jeux m'intéressent de moins en moins, et que j'essaie de plus en plus de faire surtout des petits trucs légers, qui demandent moins de moyens pour être publiés. Tu suis le chemin inverse en passant de Timeline à Conan, et il est naturel que chacun fasse un peu l'analyse qui colle avec ses envies.
3 : sur le modèle de l'auteur-entrepreneur, je pense effectivement qu'il est dangereux. Il me semble que l'expérience le montre assez. Il n'est absolument pas nouveau (je le connais au moins depuis Ludodélire), et je peux te dire ce qui est arrivé à la plupart des auteurs qui sont devenus leurs propres éditeurs : beaucoup se sont plantés, et les autres sont peu à peu devenus uniquement éditeurs, parce qu'ils n'avaient plus le temps de créer, et publient aujourd'hui les jeux d'autres auteurs. Tant mieux pour ces autres auteurs, mais tant pis pour la créativité de ceux qui ont changé de métier. C'est pour cela que, malgré les nombreuses opportunités que j'ai eues, j'ai toujours refusé de passer de l'autre côté (je n'ai pas dit du côté obscur) parce que je voulais conserver le côté cool et un peu détaché de l'auteur indépendant, qui me semble plus favorable à la créativité.

4 : Ce qui est vrai en revanche, et relativise le point précédent, c'est que notamment avec Kickstarter, la concurrence, l'éparpillement des ressources ET le modèle de l'auteur-entrepreneur se développent. Je le regrette un peu car je me retrouve "auteur à l'ancienne", mais cela ne m'a pas empêché d'acheter sans doute une centaine de jeux sur Kickstarter, dont beaucoup sont excellents, et de me réjouir qu'ils aient pu être publiés.

Je pense qu'il y a un sophisme dans la manière dont tu opposes deux phénomènes - l'éparpillement des ressources et l'auteur-entrepreneur - qui vont inéluctablement, et sans doute de plus en plus, de pair. J'ai une position très ambiguë sur la première de ces évolutions, je suis franchement inquiet de la seconde. Tu regrettes la première et te réjouis de la seconde. De toute façon, on ne peut avoir l'une sans l'autre.

1 « J'aime »

Fred Henry écrit :

Je mets donc face à face deux modèles, celui de la concentration des ressources face a celui de leur dispersion. Et effectivement je pense que le premier est clairement plus sain pour le secteur que le second. Que le second soit un bon business modèle au niveau micro n exclu pas qu il entraîne des effets pervers au niveau macro (toute la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit est d'ailleurs fondée la dessus, mais c est un autre débat).

Quand je pense à ce type de débat, je pense invariablement au 1er livre d'organisation et management que j'ai lu (voici 10 ans) qui s'appelle "The 5th discipline" écrit par Peter Senge. Ce livre commence par la description d'un workshop qu'ils animent avec pour titre "le jeu de la bière" (cela ne peut être qu'un bon livre :)).

Pour résumé, chacun joue un rôle (responsable de bar, distributeur...) et doit gérer la demande. Le scénario implique une grosse demande à un moment T. Invariablement la fin est la même : tous finissent essorer et rejettent la faute sur une demande constante qu'ils ne pouvaient pas gérer. A la fin du workshop, un gros débriefing est fait : O surprise, la demande à bien évoluer mais une seule fois ! Alors pourquoi cet échec patent à gérer cela ? C'est comme cela que débute le livre. Peter Senge est le chantre de la "pensée systémique", c'est à dire de la big picture comme disent les Amerloques. C'est ce qui a manqué à tous les participants du workshop, qui au lieu de comprendre en communiquant, ou tous réagit dans leur coin.

La où je veux en venir, c'est que le soucis ne vient pas du Mal ou du Bien, je pense sincèrement que chacun dans le milieu essaye de faire le mieux possible mais la conséquence systémique (macro comme dirait Fred) est que le marché peut à terme se perdre, comme on peut le voir dans le jv, la BD ou le cinéma. Par exemple :

- escalade dans la publicité

- fenêtre de tir réduit pour le succes d'un jeu donc moins d'argent pour financer un jeu (ou inversement systeme Hollywodien 1 blockbuster finance 10 pertes)

Etc. C'est cette vision macro que je trouve intéressante à étudier.

Merci pour ce type de vidéo et j’approuve le mot de la fin de M.Phal : un débat avec des contradicteurs serait encore mieux.

P.S: Interview du 16 octobre mais les commentaires sont datés d’il y a 11 mois ^^

oups : Essen 2014 j’avais pas vu :wink: