Ce n'est qu'un jeu... de Henri Kermarrec

Je ne sais pas si c’est la bonne rubrique pour mon message. Pardonnez-moi.

Ma très faible culture ludique est pour moi un veritable handicap pour m’inserer parmi vous. Aussi, je tente de colmater quelque peu mes insuffisances en lisant tout ce qui me tombe sous la main à ce sujet.

En particulier, le livre pré cité a retenu mon attentio au delà de mes attentes. Je vous explique :slight_smile:

Le sous titre est : usages politiques du jeu de société.

Henri Kermarrec explique en résumé qu’il n’y a pas de neutralité dans la création et la production d’un jeu, qu’il y a toujours une intention et que souvent elle résonne avec un désir de conformisme, plus ou moins consensuel ou qu’au contraire il peut y avoir l’ambition d’éveiller les consciences. Bref, c’est politique.

Il prend en exemple certains mécanismes de jeu qui vont soit chercher une domination complète du futur gagnant et la jouissance qui va avec, soit chercher des compromis avec la coopération ou la gestion éclairée.
dans le premier cas, on est dans la représentation caricaturale du capitalisme avec un vainqueur d’un jeu à somme nulle et dans l’autre une recherche d’équilibre où c’est la gestion de ses propres ressources qui fera la différence. Il cite en particulier Agricola dans cette catégorie.

Puis il fait une analyse plus complète du jeu Monoply en reprenant ses origines. L’autrice de la première version avait écrit deux versions des règles : celle que nous connaissons maintenant sous la forme d’une course à l’enrichissement mais surtout la volonté de mettre ses adversaires en faillite et l’autre qui permettait à tout le monde de s’enrichir à chaque vente de propriété. L’intention était de dénoncer le capitalisme en témoignant de sa cupidité et son désir de domination absolue alors qu’une version plus coopérative était non seulement moralement plus acceptable mais économiquement plus efficace.

Quand Parker racheta le jeu, il ne développera que la version destructrice et à vision capitaliste et il oubliera la version cooperative et même le nom de la créatrice originale.

Alors voilà, ça se lit comme un essai, c’est clair, bien expliqué et avec des exemples.

Mais d’un autre côté, je suis dubutatif. Le jeu est pour moi une forme d’échapatoir à la réalité du quotidien. Mon personnage joueur, ce n’est pas mon moi ordinaire. Aussi je peux apprécier des jeux qui demandent à ce qu’on écrase tout sur son passage. Ca ne fait pas de moi un assassin.

Que pensez-vous de l’approche d’Henri Kermarrec ?

Au fait, est ce que c’est le même qui a créé Sapiens et Panda8 ?

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salut,
tkt pour ta “faible culture” lol… c’est pas comme si on était à l’oral du Barreau
on n’est pas tous sur TT depuis 20 ans (mais c’est clair qu’on a des experts ici !)

cherches Kermarrec dans la zone de recherche (la loupe en haut à droite) ,
tu tomberas aussi sur son “manifeste métaludique” Au-delà du divertissement : Interview de Henri Kermarrec et Julien Prothière au sujet du Manifeste métaludique

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Merci pour le lien :slight_smile:

Et oui c’est le même.

Alors en effet un auteur a toujours un objectif dans la création d’un jeu et les mécanismes et règles du jeu vont ( tenter) d’aller dans ce sens.

Mais cela ne signifie pas forcément que cet objectif est fondamentalement sérieux/politique/ intellectuel/ pédagogique.

Il existe des jeux avec des thèmes importants qui tentent de " parler" d’une situation ( ex Freedom le chemin de fer clandestin).
Mais il y a des jeux avec des thèmes plus neutre ou léger.

Certains jeux peuvent vouloir mettre en lumière des mécanismes de la vraie vie ( ponzi scheme) en les simplifiants.

D’autres n’ont pas de thème mais modélisent un ou plusieurs type de relation ( la conquête avec le go ou les échecs).

Mais il existe aussi des jeux où les objectifs sont plus simplement la détente sans aucun message social ou politique ( dooble, oh my pigeons, kingdomino )

Bien sûr on peut ne pas du tout ressentir ou voir le " message politique " d’un jeu ou en voir dans n’importe quel jeu.

Un jeu sera orienté sur les capacités à mettre en oeuvre ( observation, calcul etc.) Mais pas forcément une tribune.

Je t’invite à regarder ceci
les jeux et les hommes

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Merci, je vais tenter de me le procurer.

Vous êtes tous vraiment symopas de m’orienter :slight_smile:

Moi je dirais que même si ça n’est pas conscient, le fait de créer, ou meme juste de jouer à un certain type de jeu, est assez révélateur de l’individu et même de la société dans laquelle il évolue. Par exemple des jeux où il faut mentir, ou des jeux coopératifs. Je le vois très bien avec mon entourage, avec dans un même groupe, ceux qui adorent le Times Bomb et ceux qui préfèrent Esquissé.

Ici je rejoins le monsieur :

Même si ce n’est pas créé avec précisément cette intention, c’est assez révélateur je trouve.

Tiens cette discussion me rappelle une vidéo des parasites sur le jeu de société (un court métrage de 20min assez malin à retrouver ici )

Se faire du blé ? :moneybag: :moneybag: :moneybag:

Blague à part, certains jeux servent aussi, au delà des mécaniques choisies, à mettre en lumière certains évènements, certaines périodes historiques ou certains points de vue peu représentés (Molly House par exemple).

Nanabozo, le court métrage, il est juste flippant de la moëlle… mais cauchemardantesque, quoi…

J’espère juste que ce n’est pas du vécu :wink:

Oui c’est pourquoi j’ai cité Freedom.

Par contre l’équilibre est souvent difficile à trouver entre le message militant qu’on souhaite faire passer et l’intérêt ludique du jeu.

Le jeu de société il est surtout social (même en solo puisque les solistes aiment parler de leurs parties DE JEU hein)

j’ai ni lu le manifeste , ni le livre de Kermarrec

mais - en tant que père de 3 enfants (devenus grands) - je pense qu’il y a aussi une portée d’enseignement moral/politique/économique au jeu
selon les plaisirs du jeu auquel on les habitue tout jeune, je pense qu’il doit y avoir un mécanisme de renforcement de prédispositions à la compétition / la domination / la coopération / le dialogue / la solitude …

mais faudrait qu’un.e pédo-psychologue se penche dessus, sachant que l’expérience in-vivo ne serait pas possible, ça serait compliqué à mesurer