Hier soir j’ai regardé l’émission complète de Dice Tower qui a été filmée lors de la BGGcon fin novembre. On peut en effet retrouver la totalité des 2 heures d’émission en 2 parties sur Youtube. C’est évidemment en anglais.
En gros, le principe: Tom Vasel (un reviewer de jeux de société bien connu) accueille des invités et leur donne à chacun 2 minutes pour parler d’eux et présenter éventuellement un ou 2 jeux. Les invités se succèdent ainsi à ce rythme très soutenu. Beaucoup de gens connus parmi les éditeurs américains, une émission avec beaucoup d’humour, … bref vous voyez le genre.
Certains éditeurs ont même laissé filtrer des informations sur leurs projets à venir, etc.
Mais ce qui m’a surpris c’est le nombre de fois où le mot “kickstarter” est apparu. En gros, cela donnait presque l’impression que tout le monde fait du kickstarter. Alors évidemment, de nombreux invités étaient des éditeurs qui sont nés grâce à kickstarter, mais même pour des éditeurs traditionnels, l’idée de passer par kickstarter semble naturelle.
Or j’ai l’impression qu’en Europe et particulièrement en France “kickstarter” est encore un gros mot. De manière caricaturale, on a l’impression d’avoir d’un côté des américains décomplexés pour qui passer par une plate-forme de financement participatif est naturel, et de l’autre des éditeurs traditionnels pour qui cela correspondrait à se compromettre, à passer du côté obscur, etc. Je me rappelle d’un billet de Bruno Faidutti (Page Redirection) qui disait qu’il avait presque honte d’avoir eu recours au financement participatif pour un de ses jeux.
C’est un peu comme la réaction épidermique au fait qu’Asmodée vendent des jeux dans des supermarchés. Pour certains, vendre des jeux en supermarché c’est un crime, ou en tous les cas cela vous fait perdre la crédibilité d’un éditeur de jeux.
Idem pour kickstarter. Si on est un type seul ou un groupe de copains avec un projet ok, mais pour un éditeur existant, passer par le financement participatif serait impardonnable. Quelle serait la réaction des gens si par exemple Ystari décidait de passer par Kickstarter pour leur jeux dorénavant? J’imagine déjà les critiques et les levées de bouclier, menaces de boycott, etc.
Mais franchement, c’est si grave que cela de passer par le financement participatif? En dehors des avantages financiers, il y a la possibilité d’avoir des stretch goals, des bonus payants, etc. Vous voulez des jetons points de victoire à Prosperity plutôt que la piste de score? Ok, vous n’avez qu’à pledger 5 euros de +. On arrive ainsi à améliorer encore le rapport entre l’éditeur et son public. L’éditeur peut ainsi proposer des alternatives au niveau du matériel.
Et évidemment, ceux qui ne veulent pas pledger peuvent toujours attendre la sortie du jeu en magasin. L’avantage de ceux qui auront pledgé, c’est qu’ils auront pu éventuellement customisé un peu leur jeu et payer exactement ce qu’ils étaient prêt à mettre pour le jeu et le matériel qu’ils voulaient.
J’espère vraiment que l’on va parvenir à se libérer de cet esprit “l’argent c’est le mal” et que nous pourrons un jour être aussi décomplexés que les ricains face à l’édition participative. (Oui, je sais, sur TT ce terme d’édition participative a une connotation très négative à cause d’un pauvre type qui a monté une société avec un singe bleu, mais cela ne veut pas dire que tout était mauvais dans l’idée, comme ils diraient aux States: “let’s move on”).
[Edit: j’ai rajouté un sondage du coup, en espérant que Karis ne m’en veuille pas d’avoir choisi Ystari pour l’exemple. Vous pouvez remplacer “Ystari” par n’importe quelle éditeur que vous aimez.]
On le voit bien, aujourd’hui les gros projet d’ameritrash à figurines sortent sur KS, ca a des avantages : stock au plus juste, retour client rapide, suppression des intermédiaires.
Mais justement vis à vis de ce dernier point, le budget (et taille des armoires) étant limité pour la plupart, ce qui est acheté sur KS ne profite pas au reste de l’industrie (grossiste, boutique, …)
Et j’ai peur que cette baisse de volume ne soit fatal à une partie des boutiques les plus “gamers” pour qui c’est déjà dur avec les boutiques en ligne.
Personnellement, je suis en étude de marché pour monter une société d’édition, et après réflexion et conseils, j’envisage de passer par une plateforme de financement participatif au début pour m’aider à me lancer en réduisant le risque financier. Mais il est vrai que j’envisage aussi de m’en passer dès que possible, car selon moi, ça parasite un peu le travail de m’éditeur (je sais mon discours est un peu paradoxal)
En effet, quand un éditeur prend complètement le risque financier, on est en droit de se dire que le jeu a été testé et retesté, qu’il est équilibré etc… Dans le cas d’un financement participatif, comme il n’y a pas ou peu de risque financier, n’importe qui peut proposer n’importe quoi, finalement. Soit le projet est financé, soit il ne l’est pas.
Sinon, je pense que prendre Ystari comme exemple n’est pas le plus représentatif. Car les jeux que l’éditeur propose doivent être finement équilibrés, ce qui limite fortement les bonus (qui pourraient complètement déséquilibrer le jeu). ou alors, ce sont des bonus anecdotiques comme tu le proposes (pions de victoires au lieu d’uns piste de score), qui finalement compliquerait la production et augmenterait les coûts en faisant des versions différentes, pour pas grand chose.
Les bonus en tout genre sont plus en adéquation avec les jeux de figurines, je pense, qui sont clairement des jeux à extensions.
Pour répondre à ta question, ça ne me poserait pas de problème qu’un éditeur en place passe par une plateforme de financement participatif, il ne baisserait pas dans mon estime, mais je ne sais pas si j’achèterais via la plateforme ou en boutique. Et puis j’aurais quand même plus confiance avec un éditeur en place qu’avec un particulier, car il y a toujours un risque avec les plateformes.
Rémi dit:En effet, quand un éditeur prend complètement le risque financier, on est en droit de se dire que le jeu a été testé et retesté, qu'il est équilibré etc.... Dans le cas d'un financement participatif, comme il n'y a pas ou peu de risque financier, n'importe qui peut proposer n'importe quoi, finalement. Soit le projet est financé, soit il ne l'est pas.
Oui enfin si un éditeur vend un jeu mal équilibré et bâclé grâce au financement participatif, il y a de fortes chances pour que ce soit le seul et que les acheteurs ne lui fassent pas confiance une seconde fois, donc c'est du pareil au même...
Je me suis peut être mal exprimé. Je faisais plus allusion aux particuliers qui proposent des jeux en financement participatif. Car effectivement, l’éditeur a une volonté de continuer dans le temps. Le particulier, pas forcément.
Pour ma part je comprends tout à fait que les éditeurs aient des avantages à passer par des financements participatifs et qu’ils le fassent car c’est une sécurité pour eux, pour autant je ne suis pas fan du tout de ces financements et n’en suis et ne serai jamais client, tout d’abord parce que ça fonctionne presque uniquement au moubourrage, c’est à dire acheter un jeu dont on ne connait pas grand chose à part le matériel et quelques éclairages rapides sur les règles, alors que tous les jeux que j’achète sont des achats mûrement réfléchis, après avoir lu pas mal de retours de joueurs, lu les règles et si possible vu comment ça tourne sur vidéo. Mon budget jeu ne me permet pas de pledger sur une valeur qui n’est pas sûre et je m’en fous d’acheter un jeu 6 mois ou un an après sa sortie, y en a tellement à jouer en attendant… Donc voilà, de mon côté, jamais de précommande, et jamais de pledge. Je précise aussi que je m’en bats les… des bonus réservés uniquement aux pledgeurs, c’est souvent simplement une carotte au bout du bâton et assez dispensable…
Rémi dit:Je me suis peut être mal exprimé. Je faisais plus allusion aux particuliers qui proposent des jeux en financement participatif. Car effectivement, l'éditeur a une volonté de continuer dans le temps. Le particulier, pas forcément.
Mais de nombreux particuliers qui lancent un KS ont l'espoir secret de pouvoir un jour vivre de l'édition de jeux. Il n'y a qu'à voir la multiplication des micro-éditeurs. Ces entreprises d'édition de jeux qui ne sont en fait qu'une seule personne. D'ailleurs même Ystari est une micro-structure.
Kickstarter a permis à nombre de particuliers de se lancer et d'être aujourd'hui éditeurs.
EcuslahP dit:Les américains ayant cette mentalité/culture de pionniers n’hésitant pas a se battre et a écraser les autres par tous les moyens pour arriver a leur fin, il n'est pas étonnant qu'il soit complètement décomplexé de ce point de vue la.
mais il faut voir aussi après la décadence de leur pays !
De ce point de vue la l’Europe a un peu plus de conscience et donc ça ne m'étonne pas voir même ça me rassure qu'on ait un regard plus critique sur le phénomène.
N'est-ce pas un peu de l'anti-américanisme primaire? Tout ce qui vient des USA n'est pas bon, ok, mais il ne faut pas exagérer non plus. Les américains ont une approche différente du succès que par chez nous. Aux USA, quand tu réussis et que tu gagnes de l'argent, les gens sont contents pour toi. En Europe, c'est presque une tare. Les gens se détournent de toi, et c'est comme si il fallait obligatoirement travailler pendant 30 ans pour mériter quoique ce soit. Le succès est mal vu, engendre les jalousies, etc.
Je ne pense pas que l'on peut dire que les éditeurs qui sont passés par kickstarter "écrasent les autres". Il est vrai qu'utiliser le marketing social (les pledgeurs deviennent des vendeurs de ton produit et en assurent la promotion) a ses dérives. On l'a vu en France il y a quelques temps avec une certaine entreprise. Mais cette entreprise a coulé rapidement, son comportement a été dénoncé très rapidement et elle n'existe aujourd'hui plus. Il ne faut pas stigmatiser le financement participatif à cause d'un mouton noir (ou plutôt d'un singe bleu).
Le moubourrage existe de toute façon, kickstarter ou non. Les gens qui aiment un jeu viennent le dire sur TT et à chaque fois que quelqu'un demande "quel jeu vous me conseillez..." chacun moubourre avec son jeu favori.
EcuslahP dit: la base ce genre de plateforme me semble avant tout destiné a faire réaliser des projets confidentiels et/ou a se faire connaitre le temps de démarrer mais une fois que c'est fait t'es plus censé en avoir beaucoup besoin (éventuellement donner un coup de pouce occasionnel).
J'ai souvent entendu ça, mais faut arrêter d'être naïf. Kickstarter est une entreprise dont le but est de faire du fric, comme les autres. L'aspect "soutenir des projets qui en ont besoin", c'est pour attirer le chaland. D'ailleurs, pourquoi vous croyez qu'on ne peut pas payer avec Paypal sur KS? Parce qu'ils gagneraient moins! Presque tous les site internet du monde qui proposent quelque chose à vendre utilisent PayPal, sauf KS. Ben tiens, c'est parce que les statistiques d'utilisation de votre carte de crédit, ça se vend. Faut arrêter de croire que Kickstarter est désintéressé, qu'ils veulent "aider les gens", etc.
La plateforme existe. Elle est comme elle est. On peut l'utiliser ou non. L'argument de dire "oui mais c'est plutôt prévu pour aider les gens à se lancer..." me semble irrelevant.
Attention, chute de pavé. ![]()
Dans le billet de Bruno Faidutti que tu cites, il fait bien la différence entre le point de vue de l’auteur (qui a une expérience indéniable des circuits traditionnels) et du souscripteur. Et je pense qu’il faudrait aussi considérer celui de l’éditeur.
Dans un projet Kickstarter, il doit y avoir un effort de “gestion de communauté” soutenu, très réactif et sur un court laps de temps (qui inclut aussi la prévision des stretch goals). C’est un métier à part entière, plus lié à celui d’éditeur que d’auteur. Or si on regarde les projets qui on marché ou non, c’est en grande partie là dessus que tout se joue.
Sur Formula E, puisqu’on en parle, il faut reconnaitre que Game Salute a été assez mauvais : peu de communication et en grande partie à propos des modalités de pledge. Pas étonnant que Bruno Faidutti ait eu l’impression de devoir se prostituer (le mot est un peu fort, mais c’est l’impression que me donne son billet) pour faire parler de son jeu.
Pour les éditeurs, c’est un moyen efficace de de lever des fonds même si il faut garder à l’esprit qu’une campagne en elle-même n’est pas gratuite : nécessité d’avoir déjà des éléments à présenter même si le projet n’aboutit pas (Eric Hanuise en avait parlé lors de la campagne Twin Tin bots), et pourcentage retenu par la plateforme en cas de réussite.
Pour les joueurs et les auteurs, c’est la possibilité de voir édités des jeux un peu hors-norme (Coin Age), malgré un public restreint ou avec un matériel amélioré grâce à la levée de fond (le but du futur KS pour Zombie 15 visiblement)…
La seule crainte qu’on puisse avoir, c’est la multiplication de gros jeux mal branlés. Mais on commence aussi à avoir quelques exemples qui montrent qu’il est possible de capitaliser sur un bon jeu pour sortir des extensions (cf les différents KS pour Zombicide).
Ce n’est pas une découverte en soi, c’est le cas dans l’édition traditionnelle depuis longtemps, mais ça prouve que sur Kickstarter aussi, la qualité paye sur le long terme.
Pour les boutiques, enfin, je ne pense pas que ce soit réellement un danger. Ce qui risque de tuer mon crémier, ce n’est pas que quelques riches téméraires aient fait le pari de prendre Zombicide sur Kickstarter. Au contraire, ceux là ont permis au jeu d’exister, puis il ont fait parler du jeu autour d’eux, ce qui en a fait aussi un succès en boutique.
Par contre, ce qui risque de tuer mon crémier (et j’enfonce une porte ouverte), ce sont les Zombicides moins chers sur phililudik.com que chez lui. Surtout que phililudik a des stocks qu’il n’a pas forcement (des tuiles, des zombie dogs, etc.) et qu’ils livrent en 48h alors que mon crémier et son client sont obligé d’attendre sa prochaine grosse commande de la boutique.
A propos du manque d’enthousiasme autour du financement participatif en Europe, je crois que le problème n’est pas culturel, mais simplement une histoire de langues, de morcelage de la clientèle (vous allez souvent sur des plateforme de financement allemande ou italiennes?, moi jamais) et donc de masse critique pour lancer une production.
Pour le jeu de rôle, par exemple, ça marche plutôt bien en France.
Edit:
[Edit: j’ai rajouté un sondage du coup, en espérant que Karis ne m’en veuille pas d’avoir choisi Ystari pour l’exemple. Vous pouvez remplacer “Ystari” par n’importe quelle éditeur que vous aimez.]
Le cas Ystari est intéressant, je pense.
Ce sont des jeux à petit tirage (sans offense)
=> Kickstarter pourrait leur permettre des risques sur des jeux qu’ils jugent à l’heure actuel trop dangereux à éditer parce que s’adressant à un public encore plus pointu -et donc plus restreint- que d’habitude.
(attention : science fiction) Dans les cartons, ils ont un Caylus 2 fabuleux, qui évolue d’age en age, avec des plateaux et des bâtiments différents par Age, que les joueurs traversent au fil d’une partie fleuve de 6-8h. Ils le sortent comment, aujourd’hui, alors que la plupart des joueurs rechignent à s’investir plus d’une heure et demi dans une partie?
Ce sont des jeux avec un matériel basique (sans offense)
=> Kickstarter pourrait aussi permettre de faire des choix de matériel différent.
Spyrium ne serait pas moins bon (et sans doute encore moins cher, j’imagine) avec des cubes en bois verts pour le spyrium, ni meilleur avec de vrais pièce en métal avec des gravures steampunk. Autant de stretch goals ou d’option qui pourraient attirer ceux qui -comme moi- ont boudé Puerto Rico jusqu’à l’édition anniversaire.
Ce sont des jeux avec une mécanique réglée au poil de cul.
=> C’est vrai que sur KS, il y a une furieuse dérive à proposer du matériel supplémentaire non testé au fur et à mesure que des stretch goals imprévus doivent être proposés.
Je pense que pour un éditeur comme Ystari, ce serait une simple question de bon sens de ne surtout pas tomber dans ce travers qui nuirait à sa réputation. Inutile d’aller gratter 200 copies de plus d’un jeu, au prix d’une perte de réputation.
Par provocation, j’ai voté pour “Enfin! C’est le moment qu’ils comprennent que c’est ce qu’il faut faire.”. Disons de manière plus diplomatique que nous aurions, nous joueurs, probablement à y gagner. Et sans doute rien à perdre pour eux.
Le cas Queen Games est intéressant aussi. Eux n’ont pas trop hésité à franchir le pas. Par exemple, le jeu Amerigo, qui est encensé par beaucoup de monde sur TT, est également passé par Kickstarter. Difficile de dire si dans ce cas précis cela a apporté qqch au jeu ou non. Chacun jugera. Disons que Queen Games n’est pas le meilleur communicateur non plus. Le rapport entre Queen games et ses clients a toujours été un peu tendu (impossible de porter un de leur jeu sur Yucata par exemple), du coup, ce n’est pas facile pour eux de venir aujourd’hui chercher le soutien des gens qu’ils ont souvent méprisés.
Pour reprendre l’exemple d’Ystari, il est clair que se diriger vers Kickstarter demande de gros changements dans la façon de gérer le projet. On doit beaucoup plus préparer sa communication en amont. Une campagne kickstarter représente un gros investissement (surtout en temps) pour un éditeur. Mais le gain potentiel pour le jeu existe. Au lieu de naviguer sans trop savoir où on va, les retours de la campagne permettent d’anticiper le succès d’un jeu ou non. Même si le fait de faire tourner des prototypes peut aussi donner une bonne indication sur l’accueil du jeu.
Donc oui, c’est un boulot conséquent de préparer correctement une campagne kickstarter, mais cela peut valoir le coup. C’est un boulot légèrement différent de ce que Karis fait présentement, mais c’est en train de devenir une partie non-négligeable de l’édition d’un jeu.
Les améliorations au niveau du matériel peuvent sembler anecdotiques, mais paradoxalement c’est parfois le genre de petits détails qui peut avoir toute son importance. Les meeples en forme de cow-boys et d’indien pour le jeu Western Town n’auraient pas vu le jour sans la campagne de financement participatif. Alors, oui, fondamentalement cela ne change pas grand-chose par rapport à des meeples classiques, mais quand même, ils sont cools ces meeples, non?
Je ne dis pas qu’Ystari doit le faire. Le but premier de ce thread c’est de me demander pourquoi quelque chose qui semble si naturel aux USA est considéré comme moralement inacceptable par ici.
L’argument des boutiques ne me convainc pas. La concurrence avec les boutiques en ligne existe de toute manière. Et comme je l’ai dit, l’étape kickstarter ne remplace pas la vente au détail par la suite. D’ailleurs, dans les vidéo de la BGGCon, très souvent les éditeurs précisaient la date de sortie en boutique de leurs jeux kickstarter.
Djaian dit:Le but premier de ce thread c'est de me demander pourquoi quelque chose qui semble si naturel aux USA est considéré comme moralement inacceptable par ici.
"Moralement inacceptable", tu y vas fort.
Admettons que ce soit un problème culturel (même si je pense que le problème de base est que je n'irai jamais sur une plateforme tchèque avec une comm' en tchèque, pour financer un jeu en tchèque).
Dans ce cas, je ne prétexterai pas la défiance toute française (parait-il) vis-à-vis de l'argent, de l'entrepreneuriat ou ce genre de chose.
Dans notre petit milieu, ce sont des entreprises d'une taille qui nous permet de les voir comme sympathiques. L'arrivée d'un nouvel éditeur est toujours bien accueilli et l'annonce de la disparition de l'un d'entre eux est toujours vu comme une perte. Sauf cas exceptionnel, déjà évoqué à demi-mot sans doute par crainte d'un procès.
Je pense que ça tient plus à notre état d'esprit désenchanté, là où les américains savent encore vendre et acheter du rêve, et surtout partager leur enthousiasme.
Je suis le Kickstarter de Coin Age en ce moment. En vrac, j'ai vu des gens proposer spontanément des goodies à se faire imprimer sur ArtsCow avec des coupons de réduction, une mère lancer une campagne d'échange "carte postale du monde pour son fils contre set de pièces pour jouer" (le jeu se joue avec des pièces de monnaie comme jeton), TMG proposer l'envoie de jeux à des soldats en opération pour quelques dollars de plus..
Ce n'est vraiment pas une histoire de rapport à l'argent, mais de capacité à former des communautés enthousiastes et éphémères. Regarde les émissions (navrantes) où toute une ville est mise à contribution pour retaper une maisons pour une "pauvre famille méritante, avec un gamin handicapé et dont le papa était un brave marine mort en Irak".
C'est exactement le même ressort que pour Kickstarter : le "Yeah, on est tous awesome parce qu'on participe à un truc (et après, on repart tous chacun dans son coin)".
En France, je pense qu'une meilleure stratégie serait de se baser sur une communauté déjà existante. Et proposer à cette communauté de concrétiser quelque chose qui lui serait utile : une VF papier d'un JdR indie-hype-narratviste qui a déjà ses fans, une bâche de jeu pour X-Wing, des mousses de rangement pour Zombicide, un jeu de carte à thème pour un blog de geeks, etc.
Aux “pledgers”? Non, j’ai déjà pledgé.
Pour porter un projet, par contre, il faut une adresse aux Etats Unis, Angleterre, Nouvelle Zélande ou Australie, de mémoire. Sans ça, il n’est pas possible de lancer une campagne.
oui, enfin ulule, c’est pareil.
Je suis pas sur que ce soir uniquement coté éditeur le problème du financement participatif, mais aussi coté acheteur. J’ai l’impression que c’est moins naturel d’aider au financement d’un truc qui nous fait envie. En gros les entrepreneurs gagnent bien assez de frics sur notre dos en vendant leur produit, pourquoi les aider en amont. Mais ça vient petit à petit.
Coté éditeurs, les succès de black book edition sur les 3 campagnes de jeux de rôle (300 000€ en tout) va surement donner beaucoup d’idée aux éditeurs.
Rémi dit:Aux "pledgers"? Non, j'ai déjà pledgé.
Pour porter un projet, par contre, il faut une adresse aux Etats Unis, Angleterre, Nouvelle Zélande ou Australie, de mémoire. Sans ça, il n'est pas possible de lancer une campagne.
+1
Et tu peux même passer par quelqu'un (ou une entreprise) résidant dans la zone autorisée pour qu'il porte le projet pour toi.
Le seul problème de Kickstarter, c'est de pouvoir facilement se retourner contre le porteur du projet en cas de pépin.
Mais pour les pledges, aucun soucis, l'argent peut venir de partout (sauf peut-être de Cuba, d'Iran et de Corée du Nord).
C’est vrai que je sous-estime peut-être le problème de la langue. Mais bon, on voit que les projets Kickstarter sont malgré tout très suivis sur TT. Il y a de nombreuses personnes pour qui l’anglais n’est pas un problème. Il y a des gens qui reportent dans le forum prévu à cet effet les projets en cours, etc. Je ne vois pas Kickstarter comme une plateforme américaine, mais comme une plateforme internationale (même si ok, il y a le coup de l’adresse aux US pour lancer un projet).
Si Ystari (encore une fois, désolé pour ceux qui pensent que je fais une fixation sur Ystari, c’est juste que c’est un bon exemple pour élaborer des hypothèses car c’est une entreprise connue sur TT qui a une excellente réputation, etc.) lançait une campagne Kickstarter pour un nouveau jeu, cette campagne devrait être gérée principalement en anglais, avec une communication en français sur TT, ce qui complique encore la tâche. Mais cela resterait faisable. Et pour certains jeux cela apporterait peut-être quelque chose.
Je pense que la différence culturelle existe. Aux USA, quand tu dis que tu as une idée, un projet, les gens te répondent “Yeah, let’s do it!”. En Europe, si tu dis que tu as une idée on commence par te dire “cela ne marchera jamais, ça ne sert à rien, si ton idée était réellement bonne quelqu’un l’aurait déjà eue, …” puis on te fait comprendre que si tu veux monter une entreprise il va falloir remplir des montagnes de paperasse, etc. L’esprit d’entreprise est vraiment différent.
Et l’autre différence importante est la vision du succès. Comme je l’ai dit précédemment, aux USA si tu gagnes beaucoup d’argent en peu de temps, les gens sont contents pour toi. En Europe les gens te regardent d’un mauvais oeil, comme si tu avais “triché” au jeu de la vie où la seule stratégie acceptable est de bosser dur pendant des années pour gagner de quoi vivre, mais pas plus.
Prenons l’exemple Coin Age. Pour rappel, c’est un jeu composé d’une seule carte. Les gens peuvent pledger combien ils veulent, mais au minimum 3$ (car 3$ serait le coût réel). Dans son dernier update le type disait que le pledge moyen par exemplaire était de 3.86$. Admettons que son coût réel à lui soit vraiment de 3$ par exemplaire (mais en réalité c’est probablement moins), il va donc gagner 0.86$ x 12’000 exemplaires, soit plus de 10’000 dollars. Aux USA, personne n’est choqué par ce montant. Il a eu une bonne idée, c’est mérité. Mais maintenant, combien parmi vous sont en train de se dire “10’000$ juste pour une idée aussi simple!!!” et au fond d’eux-mêmes pensent que ce n’est pas “mérité”?
kaillou38 dit:En gros les entrepreneurs gagnent bien assez de frics sur notre dos en vendant leur produit, pourquoi les aider en amont.
On se méfie de plus en plus des grands groupes (banques, pharmaceutiques, alimentaires..), mais surement pas du petit gars dont on sait qu'il a dû vider son Livret A pour lancer la première impression de son jeu ou pour ouvrir une boutique au coin de la rue.
Au contraire, plus on se méfie des très gros, plus on a de sympathie pour les tous petits.
Sans même parler du fait que les gros sont totalement sans visage (question piège sans Wikipédia : le nom du boss de Lansay? Et vous le reconnaitriez si vous le croisiez à Cannes?), alors que les petits, on les croise sur le net, on voit leur gueule dans des vidéos.. Bref, des humains, quoi.
Djaian dit:
Je pense que la différence culturelle existe. Aux USA, quand tu dis que tu as une idée, un projet, les gens te répondent "Yeah, let's do it!". En Europe, si tu dis que tu as une idée on commence par te dire "cela ne marchera jamais, ça ne sert à rien, si ton idée était réellement bonne quelqu'un l'aurait déjà eue, ..." puis on te fait comprendre que si tu veux monter une entreprise il va falloir remplir des montagnes de paperasse, etc. L'esprit d'entreprise est vraiment différent.
Et l'autre différence importante est la vision du succès. Comme je l'ai dit précédemment, aux USA si tu gagnes beaucoup d'argent en peu de temps, les gens sont contents pour toi. En Europe les gens te regardent d'un mauvais oeil, comme si tu avais "triché" au jeu de la vie où la seule stratégie acceptable est de bosser dur pendant des années pour gagner de quoi vivre, mais pas plus.
C'est malheureusement assez vrai. je suis d'accords avec toi
kaillou38 dit:Oui, mais personne n'est obligé de pledger. Il faudrait que l'acheteur potentiel comprenne que "aider l'éditeur en amont" ça permet aussi d'avoir éventuellement un meilleur jeu que s'il ne le fait pas. Je reprends l'exemple des Meeples indien et cow-boys pour Western Town. Cela peut paraître anecdotique, mais c'est le genre de petite chose qui vous fait plaisir quand vous jouez à un jeu. Le participatif permet à l'éditeur d'avoir une idée de l'intérêt que suscite son jeu, et dès lors de s'orienter dans certains choix au niveau du matériel et autre. Et éventuellement de proposer un jeu customisable pour le client. Evidemment c'est plus facile avec un jeu de figurines qu'avec un jeu kubenbois, mais ça reste imaginable: extension incluse pour 10 euros de +, metal coins pour 10 euros, etc.
Je suis pas sur que ce soir uniquement coté éditeur le problème du financement participatif, mais aussi coté acheteur. J'ai l'impression que c'est moins naturel d'aider au financement d'un truc qui nous fait envie. En gros les entrepreneurs gagnent bien assez de frics sur notre dos en vendant leur produit, pourquoi les aider en amont. Mais ça vient petit à petit.
Quand à l'acheteur qui est intéressé par le jeu mais préfère attendre un peu, il bénéficie de ce que les pledgeurs auront débloqué pour lui, et trouvera le jeu en boutique très peu de temps après que les pledgeurs aient reçu les leurs. Tout le monde y gagne.
Malheureusement, je crains que si certains éditeurs tentaient l'expérience Kickstarter pour leurs jeux, ils perdraient en crédibilité. C'est un peu le snobisme du gamer, dénoncé dans d'autres threads (par exemple considérant les éditeurs qui vendent leurs jeux en supermarché).
Je pense que les problèmes de délais sont aussi une grosse faiblesse de KS.
Dans la vraie vie, le mec qui investit son argent ou celui de la banque via un prêt à une réelle pression pour faire sortir le produit au plus vite afin de renflouer sa trésorerie.
Dans les KS, le type a tout le pognon tout de suite. Parfait s’il s’agit d’un projet annoncé clairement comme risqué et avec du développement, totalement inadapté si le projet est en fait une prévente.
Les exemples ne manquent pas de projet ayant doublé (ou pire) le temps annoncé avant de livrer. A tel point que l’on peut parfois douter de l’honnêteté du délai annoncé pendant la campagne.
Bref, les délais disparaissent de l’équation économique et cela n’est pas souhaitable à mes yeux.
EcuslahP dit:...
Intéressant comme pseudo...