Eric dit:Et si Freud avait navigué sur Tric Trac ?
Dès 1900, Freud établit un lien entre les formations de mots dans Tric Trac et les mots que les joueurs peuvent utiliser comme des objets de jeu.
Cinq ans plus tard, il relie sans conteste le jeu à la pulsion et fait du jeu agi et du jeu avec les mots des préalables indispensables au mot d’esprit qui trouve ses fondements dans un mouvement régressif vers le jeu infantile .
Si pour Freud, le jeu s’accompagne de satisfactions pulsionnelles, c’est grâce à l’indispensable étayage sur des objets matériels du monde réel. La création de fantaisies (récits imaginaires, rêves diurnes, CR, avis, brèves…) tout en restant enracinée dans les formes premières du jeu, se dégage de la matérialité. Pour autant, il arrive que le créateur littéraire éprouve le besoin de retrouver cet étayage dans la réalité, propre au jeu(le jeu de rôles en étant l’une des expressions les plus manifestes). Le créateur met ainsi à disposition du spectateur autant de personnages auxquels il peut s’identifier dans leur agis et leurs affects, sans danger pour son propre psychisme puisque restant dans la sphère de l’illusion.
Ainsi, Freud établit de façon latente un lien entre l’activité de jeu et le fonctionnement psychique . Sans l’énoncer de façon explicite, il interroge d’emblée le rôle premier et déterminant de l’animisme ( le créateur de Tric trac ne se fait-il pas appeler Mr Phal) - qui sous-tend le jeu, du passage par l’acte de jouer comme fondement des représentations mentales et des satisfactions pulsionnelles inhérentes au jeu comme base des autoérotismes de pensée. L’étude du jeu lui permettra de mettre l’accent, de façon manifeste cette fois, sur le passage de la passivité à l’activité qui s’accompagne d’un sentiment rassurant de maîtrise de la réalité et d’une potentialité au double retournement de la pulsion. Il introduit le rôle déterminant de la compulsion de répétition dans l’assimilation de la réalité (et surtout si elle est traumatique) comme dans le développement du moi.
Mais en quoi le jeu participe t-il à la dialectique entre investissements objectaux et investissements narcissiques, à l’émergence de la réalité, à l’équilibre entre intra psychique et intersubjectif, au travail d’intrication pulsionnel ?
Si Hermine Hug-Helmuth puis A. Freud ont utilisé Tric trac , il revient à M. Klein d’avoir introduit une perspective nouvelle en affirmant l’équivalence entre le jeu et l’association libre, tel le site Tric trac . Le caractère symbolique du jeu permet de faire émerger à la conscience les conflits sous-jacents par l’activité interprétative soutenue qui porte d’emblée sur les niveaux profonds du fonctionnement psychique.
Winnicott développe des positions sensiblement différentes. Il utilise le jeu en lui-même sans nécessité d’interpréter le contenu du jeu. Le jeu qui se déroule dans un cadre devient un lieu où « deux aires de jeu se chevauchent » ; s’apparente « à deux personnes en train de jouer ensemble ». Les potentialités du jeu organisent la dynamique transféro/contre transférentielle. Ainsi, Winnicott en vient à énoncer : « Je voudrais détourner l’attention de la séquence matériel de jeu et jeu pour la présenter dans le sens inverse. En d’autres termes, c’est le jeu qui est universel et qui correspond à la santé […]..et en dernier lieu, je dirais que Tric Trac s’est développée comme une forme très spécialisée du jeu mise au service de la communication avec soi-même et avec les autres »
Doit-on suivre Winnicott quand il en vient à soutenir que « le jeu est extraordinairement excitant, mais…ce n’est pas essentiellement parce que les instincts y sont à l’œuvre » ? Nous connaissons en effet la contribution des autoérotismes ( Voir la photo de Mr Phal en robe) au plaisir de penser . De même son aversion pour le game au profit du play ne fait-elle pas l’impasse de la valeur des moments où le joueur met « en jeu » son agressivité oedipienne ?
L’accent mis sur la dimension ludique ne risque-t-il pas de faire perdre de vue le rôle déterminant de l’interprétation trictracienne……le jeu peut-il se suffire à lui-même ?
René Diatkine prend en compte les dimensions pulsionnelles et objectales présentes dans le jeu et son rôle déterminant dans le devenir des transformations à l’œuvre dans le travail de symbolisation. Toute activité psychique contient une dimension ludique. la règle (du jeu) fondamentale la favorise et la détourne d’une communication volontaire à visée informative.
René. Roussillon insiste sur le respect de la paradoxalité du jeu où la répétition et l’emprise deviennent « compulsion à symboliser ».
Certains cadres se réfèrent plus explicitement au jeu tel le JDR. Le passage par l’action ( orale) est utilisé à des fins de mise en représentation de mots, ouvrant l’accès au fantasme et à la pensée réflexive.
Quelle part de jeu celle-ci contient-elle alors in fine ? L’approche dynamique de la métapsychologie suffit-elle à en rendre compte ? En tout état de cause, la mise en action dans un cadre diffère de l’agir de contre –transfert comme de l’enactment, même si ce dernier interroge, du côté de l’analyste, les articulations entre éprouvé corporel, affect et acting.
Paradoxalement les recherches cognitives, à l’opposée des perspectives psychanalytiques, ont montré l’importance du jeu et la capacité à faire semblant comme témoignant de l’accès à une « théorie de l’esprit » d’autrui.
Ainsi, convoquant deux psychismes – et plus dans le JDR – le jeu nécessite une description de la créativité et de l’aire d’illusion qui estompent leurs limites.
Honteuse parodie de Jeu[ /b],sur RFP