En passant, tout ce « cadre » paraitra bien contraignant à certains joueurs, mais je trouve qu’il a le mérite d’éviter les parties qui partent en sucette, soit à cause d’un hasard très déséquilibré, soit à cause de joueurs de mauvaise composition…
Si on reprend les jeux cités :
- Byzantium : vraiment optimal à 4 joueurs (ça tourne assez bien à 3, mais très mal à 2 et pas du tout à 5) la durée de partie (2-3h), le vainqueur ne se dessine vraiment que dans les tous derniers tours, mais les règles assez indigestes (il y a même quelques coquilles qui ont échappé au traducteur de la VF, pourtant un « gros joueur »). L’interaction est cadrée de manière originale, chaque joueur contrôlant une armée dans chacun des deux camps en lice (Arabes et Byzantins), ce qui rend l’évaluation des intérêts de chacun complexe et fluctuante.
- Méditerranée : un peu long (dans les 4h), le principal problème du jeu est qu’il a vraiment tendance à dégénérer en guerre à outrance qui part dans tous les sens lors des deux derniers tours. L’interaction n’est pas du tout cadrée à ce niveau là.
- Struggle of Empires/Conquest of the Empire 2 (les règles sont très similaires) : long et complexe (4-5h la partie et règles indigestes), l’interaction y est forcée par une phase d’enchères, c’est assez malin.
- Tempus : remplit tous les critères, mais le jeu est un peu abstrait
- Princes of the Renaissance : finalement surtout un jeu d’enchères et pas vraiment de conquêtes. Sinon, il remplit tous les critères du jeu à l’allemande, catégorie poids lourd (parties de 3h et règles un peu complexes, pour ne pas dire tarabiscotées sur certains points). Peut-être le plateau de jeu le plus moche du monde.
- Tigre & Euphrate : un exemple de jeu qui épouse le cadre du jeu à l’allemande ; les parties durent 90 minutes, les règles font 2 pages et demie, il est très difficile de savoir qui mène la partie sans compter les points (ce qui est possible mais fastidieux), et interagir arbitrairement est le plus sûr moyen de perdre une partie. Mais peut-être que le cadre semble montrer ici ses limites : 90 minutes et un plateau quadrillé, c’est bien court et abstrait pour raconter une histoire. Pour un amateur de jeu scénarisé, il faut absolument se poser tous les 2-3 tours pour observer l’évolution des royaumes et des « pouvoirs » internes pour se rendre compte qu’il se passe vraiment quelque chose au cours des parties.
- Reef Encounter : on retrouve le plateau quadrillé et le placement des tuiles à la Tigre & Euphrate (c’est un peu plus long), et le jeu serait sans doute moins abstrait si le thème n’était pas aussi incongru et les règles tarabiscotées.
- Ur : encore plus court et abstrait que Tigre & Euphrate, il faut aimer.
- Khronos : le thème du voyage dans le temps est séduisant, la réalisation plutôt réussie, mais c’est tellement prise de tête qu’on en oublie vite le thème. L’influence du hasard est très inattendue pour un jeu incitant autant à la réflexion, et peut être source de frustration. Les règles sont plus complexes que Tigre & Euphrate, ça dure 2h, et bien malin qui saura interagir de manière arbitraire, tellement le jeu est contraint.
- Antike : très réussi, d’une fluidité remarquable pour un jeu de conquêtes, l’interaction arbitraire reste possible mais l’avantage en défense est tellement palpable que les véritables combats n’interviennent généralement qu’en fin de partie, quand toute autre possibilité de gagner des PV est épuisée. Du coup, les parties peuvent avoir tendance à se ressembler au bout d’un moment.
- Imperial : exceptionnel sur bien des points bien sûr. Comme Byzantium, le contrôle des joueurs sur les différentes factions est complexe et fluctuante, ce qui rend le jeu très particulier et l’interaction délicate à appréhender. J’ai quand même l’impression qu’une partie se joue beaucoup sur les quelques premiers tours, et que les joueurs qui auront misé sur le mauvais cheval auront bien du mal à retourner la situation. Le mécanisme de « bourse » à la 18xx, et la carte d’europe et les quelques unités à la Diplomacy ne font pas très « allemand », mais le système de la « roue d’actions » est en plein dedans.
- Attila : un des ancêtres d’Imperial, le jeu est beaucoup plus simpliste et est un véritable jeu « à l’allemande ».
- Through the Ages : long (~ 5h) et complexe, on y retrouve pourtant une interaction assez cadrée et un mécanisme de gestion et de flux de cartes très « allemand », sans compter une absence de carte géographique qui rebutera certains amateurs de jeux de conquêtes.
- Löwenherz : encore un archétype du jeu à l’allemande ; 2h, 3 pages de règles, avec des dizaines de moyens de cadrer l’interaction (négociations policées, enchères, blocages…) Je ne connais pas la deuxième édition.
- Alexandros : on revient dans le très abstrait, mais très allemand.