Mes films sur Netflix, Disney, Amazon....etc

Je ne pense pas qu’on puisse tout expliquer par la symbolique.
Mes exemples du rideau de fer ou du job ne peuvent pas, selon moi, se cacher derrière cet argumentaire.
Et même si c’était le cas, quand il y a trop de raccourcis, d’incohérences, qui se rattrapent par la symbolique, à un moment, tu décroches le téléspectateur si tu en uses à foison. Ca devient alors de la paresse intellectuelle (ou scénaristique, justement).

De grands films qui ont voulu dénoncer eux aussi (quel que soit le thème) ont eux aussi utilisé une symbolique via une scène où l logique, le réalisme n’était pas de la partie. Mais c’est souvent une seule scène, qui fait parler pendant des décennies les passionnés du film, qui la décryptent chacun diffremment ou avec le même prisme mais de ptites différences personnelles.
Et ça contribue souvent à rendre le film ou la série culte (on a déjà parlé, je crois, sur TT, des trois coquillages ou de la fin de Code Quantum, par exemple).

Mais quand ça pullule, ça devient indigeste ou décousu, et c’est alors plus de la “facilité”, du “démerdez-vous avec ça, de toutes façons le fil est assez gros pou que vous compreniez où je veux en venir”. Et The Subtance est pour moi de cette fibre là.

Tes critiques sont valables si on juge le film comme une SF réaliste et je comprends tout à fait, mais ce n’est pas ce qu’il cherche à être. La plupart des éléments que tu pointes ne sont pas des oublis, mais des simplifications/glissements volontaires pour servir une logique symbolique et satirique. Donc on ne peut pas évacuer « la symbolique » comme ça. C’est l’élément principal.

Le film privilégie la cohérence thématique à la cohérence « logique » et c’est justement ça qui a été récompensé.

Si on devait décortiquer pour s’amuser, je le fais parce que j’aime bien :

Tu pose le problème de comment elles peuvent être éveillées en même temps ?

Si on porte une réflexion comme toi, on cherche une logique biologique et ça ne tient pas. En plus, le film ne fournit pas d’explication du mécanisme.

Mais pour moi, ce n’est pas une incohérence “oubliée”,
c’est un glissement volontaire de la réalisatrice, même si j’avoue que la première fois, ça m’a heurté.

Et puis… en réfléchissant, au début l’alternance est stricte, elle fait partie de la logique du protocole.
Ensuite elle dérive avec une superposition puis une perte de contrôle.

Cette coexistence devient un symptôme, la fragmentation de l’identité dépasse les règles initiales.
Pour moi, ce n’est pas censé être “propre”, c’est censé déraper justement.

Tu questionne aussi l’embauche de Sue. Comment peut-elle être embauchée sans identité ?

Mais Sue fonctionne comme une projection idéalisée, immédiatement validée par le système. Le milieu montré (l’industrie du spectacle, les corps, l’image) est volontairement caricatural. Le film compresse volontairement les procédures administratives et vérifications. Parce que le sujet c’est pas « comment un contrat de travail fonctionne » ? (D’ailleurs il y a bien des gens en France qui sont embauché sans preuve d’identité. Même si c’est illégal.)

Mais selon moi, la réalisatrice pose plutôt la question du, comment un corps désirable peut être instantanément accepté dans notre société, sans questionnement ? Donc, ici, ce n’est pas un loupé, c’est une focale sur une satire de notre société, et non une simulation réaliste. (Ce n’est pas l’objet).

Autre point très solide que tu as soulevé, quand tu demandes, pourquoi on continue à proposer le produit si ça dysfonctionne ? (Et tu as raison ! C’est louche !)

Et pourtant, j’ai l’impression qu’il y a une réponse thématique claire. C’est simplement parce que le produit fonctionne quand même. Tu vas me répondre, « c’est trop facile ». Oui peut-être mais, en attendant il remplit parfaitement sa fonction dans le scénario. Il donne exactement ce qui est promis : jeunesse, désirabilité.

Et comme pour une drogue, les effets secondaires sont, différés ou ignorés volontairement par les utilisateurs. (Déni de Demi, pas un raté de la réal)
On dénonce, les méfaits de la drogue, des chirurgies extrême et d’une industrie toxique. Je trouve ça très fort justement, les gens savent mais ils continuent !

Tu pose aussi la question pertinente de comment ils font pour ne pas se faire remarquer ?

La encore, le film suppose un monde où ces dérives sont structurellement invisibilisées. Voir absorbées par le système. Et pour moi, c’est une « exagération satirique », le système protège ce qui le nourrit.

Donc tu as raison, les détails pratiques (badge, rideau, sécurité…), il faut être honnête c’est peu crédible. Mais parce que la vraie question critique, pour moi encore, c’est plutôt :

Est-ce que ces détails sont centraux dans la proposition du film ?

Pour toi oui, mais là où tu vois des incohérences, je vois des choix de mise en scène. Et le fait que le scénario ait été récompensé montre justement que cette approche privilégie la cohérence thématique plutôt que réaliste, et elle semble reconnue comme validé, même par un jury. Non pas que les jurys ont toujours raison, mais parce qu’ici je suis plutôt en phase avec eux. (Même si comme je le dis plus haut, j’aurai préféré une confrontation entre les deux identités plus approfondies et un peu moins crêpage de chignon).

Pour moi, la vraie différence, ce n’est pas une question d’opinion, mais de cadre de lecture. Si on attend une cohérence réaliste et logique, oui, ces détails deviennent problématiques. (Et tu as raison).
Mais dans un film satirique comme « The Substance », ces éléments sont volontairement simplifiés ou évacués pour concentrer l’attention sur la dimension symbolique.

Je réfléchis peut être trop, mais c’est comme ça que je vois le film. Je comprends tout à fait que l’on puisse le voir sous ses aspects « logiques » (et être dérangé par cela) même si ce n’est pas le message que voulait transmettre la réalisatrice au départ. Car cette grille de lecture peut te faire passer à côté du message portée par le film. C’est un peu dommage.

Et puis, entre nous, le final n’est en rien réaliste, c’est un clin d’œil jouissif au « Body-horror » avec une petite touche « fable ». La boucle est bouclée.

mais carrément. C’est un clip pour ado. Un film hommage. Pas une thèse pour dénoncer quoi que se soit.
Ça vous viendrez à l’idée d’analyser et de vérifier la cohérence de Barbie ou Top Gun Maverick ?

Je suis allée trop loin ? lol

Non pas du tout. Pas de soucis.

Mais je suis étonné par les prix.
Sinners 14 nominations?
Une bataille après l’autre? C’est lent, mou, bavard.
Aucun autre choix? le sujet est frais et prometteur, un ouvrier prêt à éliminer ses concurrents pour conserver sa place, en plus avec le maître du jeu de squid games, un tueur psychopathe…mais qui se révèle être un Pierre Richard dans le film, quelle déception ! Alors que les coréens quand il s’agit d’assassiner à coup de marteau, de pince coupante ou de barre rouillée, ce sont les meilleurs

Tu as raisons pour les Coréens :grin:. Après, pour les prix, il faut essayer de comprendre sur quels critères ils ont sélectionné ce film et pas un autre. Ce que je n’ai pas forcement fait.
Sinners il est vraiment excellent. De la à donner l’oscar du meilleur acteur à Jordan, je ne sais pas.

J’ai trouvé Une bataille après l’autre bien sympa, mais j’ai préféré Pris au piège avec Austin Butler.
Après, je n’ai pas forcément creusé, donc il y a sûrement des éléments qui expliquent la récompense.

Pour Paul Thomas Anderson, j’ai l’impression qu’il traite surtout de thèmes très ancrés dans la culture américaine (Licorice Pizza, There Will Be Blood) même si son approche reste assez « d’auteur ». Phantom Thread fait un peu exception avec une ambiance plus britannique. Est-ce pour cela que ça me parle plus ou moins ?

Alors que je trouve que Parasite est plus ancré dans sa culture, tout en réussissant à parler à tout le monde, de façon immédiate. Là où certains films, comme ceux de Paul Thomas Anderson, me paraissent plus distants, même s’ils traitent aussi de thèmes universels.

Je te rejoins mais cette année ce n’est pas avec « Aucun autre choix » que Park Chan Wok aurait pu gagner. Très bon film, mais moins percutant (moins frontal, moins brutal) qu’un « Lady Vengeance » ou « Old boy » ou encore « Mademoiselle » (pas sûre du titre). Qui m’ont vraiment marqué !

Bien sûr que non, mais ce n’est pas pour ça qu’il faut tout excuser, car ils nous font sortir du film, du propos. Et oui, nous avons tous compris ce qui voulait être souligner, quel était le propos du film. Mais à mes yeux c’est fait de façon tellement grossière (sous couvert de symbolique, donc) que même un Besson semble plus travaillé niveau scénario.
Tu as ton ressenti, mais moi j’y ai vu de la facilité, de la paresse, de la lourdeur, qui gâche en partie le propos.

Non, mais çà nous viendrait peut être à l’idée…
Et je ne chasse pas l’incohérence : je précise qu’utilisée à foison, ça gâche le rendu pour la plupart des téléspectateurs.

Pour en revenir aux prix, faut quand même relativiser car c’est de l’auto satisfaction, des prix qu’ils se donnent entre eux, et plus le film est “cérébral” (et bien souvent abstrait, en fait), plus la petite bourgeoisie du cinéma s’en flatte.
On voit bien que les comédies, par exemple, que ce soit celles saluées par les entrées cinéma ou celles considérées de bonne facture, ne sont quasi jamais récompensées.

Je me souviens avoir compté les personnes qui sont parties avant la fin du film quand nous sommes allés voir The Tree of Life, et c’était plus de la moitié de la salle (et c’est le seul film vu au ciné où vraiment on a voulu partir) : les récompenses ne veulent pas dire qu’un film est bon, ou parlant au plus grand nombre.

Ce n’est pas toujours vrai. Je pense qu’il faut quand même creuser. Quand un film reçoit un prix, ce n’est pas systématiquement de “l’auto-satisfaction”. Il y a souvent une proposition artistique forte, ou une manière nouvelle de raconter quelque chose. D’universel ?

Rien qu’au Festival de Cannes, ce que j’ai en tête :

1994 : Pulp Fiction
Narration éclatée, non linéaire, dialogues ultra écrits, le film a redéfini le langage narratif moderne tout en restant extrêmement divertissant. Ézéchiel 25, 17… :rofl:

2000 : Dancer in the Dark
Expérience émotionnelle radicale, mise en scène presque documentaire mêlée à la musique, qui questionne le sacrifice et l’injustice. Ce film m’a retourné.

2019 : Parasite
Un film accessible et brillant qui mélange les genres pour parler de lutte des classes. Je e trouve à la fois divertissant, lisible et profondément politique. Il parle à tout le monde.

2024 : Anora
Mélange très maîtrisé de comédie et de drame, avec une mise en scène nerveuse et une vraie vitalité dans l’écriture des personnages. Du cinéma d’auteur que j’affectionne beaucoup. Avec Red Rocket, Florida Project. J’aime beaucoup ce que fait Sean Baker.

Et côté Oscars, en vrac :

1975 : Vol au-dessus d’un nid de coucou
Une œuvre sur la liberté individuelle face à l’institution, avec des personnages hauts en couleur ! J’adore.

1979 : Apocalypse Now
Plongée sensorielle, presque délirante, dans la guerre et la folie humaine. Je trouve qu’il dépasse largement le simple film de guerre.

1990 : Les Affranchis
Une narration immersive qui selon moi, influence toute la mise en scène du film. Du criminel comme j’aime bien, c’est peut être son côté “moderne”. Bon maintenant c’est fait et refait donc ça l’est plus.

2003 : Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi :smiling_face_with_three_hearts:
L’œuvre de Tolkien en fresque populaire gigantesque. Il a été récompensé pour son ampleur technique et émotionnelle.

2015 : Les Huit Salopards
Huis clos ultra tendu où l’écriture et la mise en scène jouent avec la parole, le mensonge et la violence. Après j’adore Tarantino…

2017 : Phantom Thread
Une exploration fine et étrange des relations de pouvoir dans l’intime. Et puis quelle justesse dans les rapports !

2020 : The Father
La mise en scène troublante fait ressentir la perte de repères liée à la maladie. J’ai été bouleversée parce que ça a beaucoup résonné avec mon vécu…

2022 : Everything Everywhere All at Once
La claque 2022, j’ai adoré le savant mélange entre le chaos visuel et l’émotion familiale simple, accessible malgré cette folie qui part dans tous les sens. Et puis les clins d’œil à la pelle…

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Oui, bien sûr. Heureusement que de grands films qui font consensus sont récompensés.

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Tu as oublié Festen , Prix du jury en 1998 et premier film estampillé Dogme… Une bonne grosse claque.

De Cannes, je retiens Le Huitième jour, que je trouve être un très beau film…

Jamais vu ! Une ébauche ? =)

J’en ai oublié des tas !

Sur Senscritique : “Harry est un homme seul qui se voue sept jours sur sept à son travail. Tout va basculer quand il va rencontrer Georges une personne trisomique, qui vit dans l’instant. Ces deux êtres que tout oppose vont devenir inséparables.”

Ils avaient eu le prix d’interprétation.
Le film a pile 30 ans : regarde-le pour célébrer son anniversaire…

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The Father, de Florian Zeller avec un magnifique Anthony Hopkins, c’était pas aux Oscars de 2021 ? Il avait remporté l’Oscar du meilleur acteur, du second rôle féminin et aussi le meilleur scénario adapté.

Le film couronné cette année là était l’extraordinaire road movie Nomadland de Mme Zhao, si je me rappelle bien.

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Ah oui, Cannes, c’est à partir du 12 mai, cette année :slight_smile:

Hopkins avait gagné l’oscar du meilleur acteur. Father m’a bouleversé tant il m’a rappelé des situations… j’en ai pleuré au cinema. (Et j’étais pas la seule…)

Je comprends. Un film très poignant, très proche de la vie ordinaire, qui touche aux sentiments de tous mais plus particulièrement à ceux qui ont pu vivre des situations proches.

Du coup, j’ai regardé “The Father”.
C’est un peu pertubant, mais c’est totalement voulu.
Je reconnais que le film est bon, et bien traité. Pour autant, il ne m’a pas retourné.
Mais c’est clairement à proposer, en effet.