Tes critiques sont valables si on juge le film comme une SF réaliste et je comprends tout à fait, mais ce n’est pas ce qu’il cherche à être. La plupart des éléments que tu pointes ne sont pas des oublis, mais des simplifications/glissements volontaires pour servir une logique symbolique et satirique. Donc on ne peut pas évacuer « la symbolique » comme ça. C’est l’élément principal.
Le film privilégie la cohérence thématique à la cohérence « logique » et c’est justement ça qui a été récompensé.
Si on devait décortiquer pour s’amuser, je le fais parce que j’aime bien :
Tu pose le problème de comment elles peuvent être éveillées en même temps ?
Si on porte une réflexion comme toi, on cherche une logique biologique et ça ne tient pas. En plus, le film ne fournit pas d’explication du mécanisme.
Mais pour moi, ce n’est pas une incohérence “oubliée”,
c’est un glissement volontaire de la réalisatrice, même si j’avoue que la première fois, ça m’a heurté.
Et puis… en réfléchissant, au début l’alternance est stricte, elle fait partie de la logique du protocole.
Ensuite elle dérive avec une superposition puis une perte de contrôle.
Cette coexistence devient un symptôme, la fragmentation de l’identité dépasse les règles initiales.
Pour moi, ce n’est pas censé être “propre”, c’est censé déraper justement.
Tu questionne aussi l’embauche de Sue. Comment peut-elle être embauchée sans identité ?
Mais Sue fonctionne comme une projection idéalisée, immédiatement validée par le système. Le milieu montré (l’industrie du spectacle, les corps, l’image) est volontairement caricatural. Le film compresse volontairement les procédures administratives et vérifications. Parce que le sujet c’est pas « comment un contrat de travail fonctionne » ? (D’ailleurs il y a bien des gens en France qui sont embauché sans preuve d’identité. Même si c’est illégal.)
Mais selon moi, la réalisatrice pose plutôt la question du, comment un corps désirable peut être instantanément accepté dans notre société, sans questionnement ? Donc, ici, ce n’est pas un loupé, c’est une focale sur une satire de notre société, et non une simulation réaliste. (Ce n’est pas l’objet).
Autre point très solide que tu as soulevé, quand tu demandes, pourquoi on continue à proposer le produit si ça dysfonctionne ? (Et tu as raison ! C’est louche !)
Et pourtant, j’ai l’impression qu’il y a une réponse thématique claire. C’est simplement parce que le produit fonctionne quand même. Tu vas me répondre, « c’est trop facile ». Oui peut-être mais, en attendant il remplit parfaitement sa fonction dans le scénario. Il donne exactement ce qui est promis : jeunesse, désirabilité.
Et comme pour une drogue, les effets secondaires sont, différés ou ignorés volontairement par les utilisateurs. (Déni de Demi, pas un raté de la réal)
On dénonce, les méfaits de la drogue, des chirurgies extrême et d’une industrie toxique. Je trouve ça très fort justement, les gens savent mais ils continuent !
Tu pose aussi la question pertinente de comment ils font pour ne pas se faire remarquer ?
La encore, le film suppose un monde où ces dérives sont structurellement invisibilisées. Voir absorbées par le système. Et pour moi, c’est une « exagération satirique », le système protège ce qui le nourrit.
Donc tu as raison, les détails pratiques (badge, rideau, sécurité…), il faut être honnête c’est peu crédible. Mais parce que la vraie question critique, pour moi encore, c’est plutôt :
Est-ce que ces détails sont centraux dans la proposition du film ?
Pour toi oui, mais là où tu vois des incohérences, je vois des choix de mise en scène. Et le fait que le scénario ait été récompensé montre justement que cette approche privilégie la cohérence thématique plutôt que réaliste, et elle semble reconnue comme validé, même par un jury. Non pas que les jurys ont toujours raison, mais parce qu’ici je suis plutôt en phase avec eux. (Même si comme je le dis plus haut, j’aurai préféré une confrontation entre les deux identités plus approfondies et un peu moins crêpage de chignon).
Pour moi, la vraie différence, ce n’est pas une question d’opinion, mais de cadre de lecture. Si on attend une cohérence réaliste et logique, oui, ces détails deviennent problématiques. (Et tu as raison).
Mais dans un film satirique comme « The Substance », ces éléments sont volontairement simplifiés ou évacués pour concentrer l’attention sur la dimension symbolique.
Je réfléchis peut être trop, mais c’est comme ça que je vois le film. Je comprends tout à fait que l’on puisse le voir sous ses aspects « logiques » (et être dérangé par cela) même si ce n’est pas le message que voulait transmettre la réalisatrice au départ. Car cette grille de lecture peut te faire passer à côté du message portée par le film. C’est un peu dommage.
Et puis, entre nous, le final n’est en rien réaliste, c’est un clin d’œil jouissif au « Body-horror » avec une petite touche « fable ». La boucle est bouclée.