Quel autre modèle économique pour les jeux de société?

Il fait très chaud. On a des épisodes récurents d’incendies catastrophiques depuis deux mois. Le changement climatique est une réalité palpable.

Pour ajouter quelques cerises sur le gâteau, cette même chaleur tourne les têtes de beaucoup de dirigeants : guerres diverses et variées, tensions commerciales… enfin bref, que de bonnes nouvelles.

L’épisode Covid aurait dejà dû mettre la puce à l’oreille de nos zélés décideurs. Penses-tu. La vision court termiste l’emportera toujours.

Ça ne va pas arranger du tout le fameux pouvoir d’achat qui se transforme peu à peu en bouée de sauvetage crevée.

Et c’est bien moche tout ça parce que beaucoup de jeux m’intéressent et me font envie. Mais c’est trop souvent très cher ou très indisponible, au choix.

Donc quelque chose ne va pas bien dans le modèle économique actuel du jeu de société : quelque chose qui exclu de plus en plus les joueurs modestes, qui empêche une plus grande démocratisation du jeu de société.

Le modèle des magasins spécialisés me fait de plus en plus penser à celui des librairies indépendantes des années 90 qui n’a été sauvé que par la loi sur le prix des livres… et encore. Il semble que ce qui sauve le magasin de jeu, c’est la vente des tcg à but spéculatif dont la bulle peut éclater sans prévenir. Certains diversifient avec le manga et la bande dessinée. C’est pas très joyeux quand même.

Alors certes, il existe les clubs et les ludothèques, ce qu’on appelle le tissu associatif, qui est bien usé malgré l’enthousiasme des bénévoles.

D’autre part, il y a certainement des urgences bien plus urgentes que de s’occuper du JdS. Oui mais voilà, il a bien le droit de vivre, lui aussi.

J’ai bien peur qu’à la rentrée, on commence à voir les effets de toutes les crises se répercuter sur notre activité. Je n’ai pas le talent de Nostradamus mais les discussions que je peux avoir avec certains acteurs du JdS vont dans le sens du pessimisme.

Peut on encore sauver le soldat Ryan ou accepter qu’un certain âge d’or du JdS commence à s’éclipser, comme un cycle qui s’achève ?

Est ce que le milieu professionnel réfléchit sur le sujet ou est ce qu’on continue comme ça ?

Parce que moi, je viens juste de prendre le train en route et j’ai pas envie de descendre à la prochaine station !

On est en plein dooming, dis donc :sweat_smile:

Un certain nombre de spécialistes semble d’accord pour prédire au JDS le même destin que la BD : quelques succès foudroyants, une offre chaque année plus pléthorique qui va lentement décourager les collectionneurs, et une paupérisation du milieu.
Si c’est vrai, pour les boutiques ça risque d’être de plus en plus difficile face aux gros distributeurs.(Même s’il existe encore des boutiques spé en BD, il ne me semble pas que ça ouvre à tour de bras)
Et ça se comprend : une boutique c’est du stock et donc du risque, et ça demande aussi de la place, donc un surcroît de loyer. Le modèle n’est pas simple.

Pour ce qui est du jeu lui-même, de l’activité ludique, l’âge d’or est peut-être derrière nous : l’indice principal que j’y mettrai c’est.qu’aujourd’hui le mode solo est un argument de vente alors qu’il y a 15 ans c’était limite impensable. C’est la dernière frontière pour élargir le panel de clients possibles, et ça reste une frange étroite : la concurrence avec le jeu vidéo est rude.

My 2 cents.

Heureusement, pour les pauvres, il existe un marché de l’occasion très dynamique et je pense que le jeu de société reste très abordable pour des gens modestes, et ce malgré les énormes lacunes gouvernementales en matière de jeu de société.

J’ai vérifié : en Macronie le budget gouvernemental des jeux de société a baissé de 17,9% et ce alors même que le ministre des jeux de société a dit que ce dernier avait augmenté ! Une histoire de passage par la case départ, j’ai pas compris.
J’ai même entendu que le secrétaire d’état aux jeux à role caché n’était en fait pas celui qu’on croyait.

(Désolé. Pas pu m’empêcher :clown_face: )

Je comprends l’inquiétude de @menestrel qui fait écho à la détresse de beaucoup de français (et de gens ailleurs).
Il n’y a aucun indicateur qui nous laisse penser qu’on va vers le mieux. Ceux qui peuvent faire quelque chose s’en foutent car ça n’est pas dans leur intérêt à court terme, ceux qui ne s’en foutent pas sont démunis.

Justement, en ce qui me concerne et je pense aussi pas mal d’autres (il suffit de voir le succès des topics sur le solo), c’est le critère qui me fait acheter beaucoup plus de jeux que par le passé.

J’ai regardé aujourd’hui une vidéo de First player (datant de 7 mois) avec Fred Henry et Manu Beltrando (Sorry We Are French). Je pense que ça tape pile dans la question. C’est long (plus de 2h15), mais c’est intéressant.
https://www.youtube.com/watch?v=xTxEF1Oabq8

Je trouve qu’il y a à ce jour suffisamment eu de production de jds pour qu’on puisse trouver et jouer à d’excellents jeux à prix abordables (occasion évidemment) durant toute notre vie.
Du coup l’industrie pourrait stopper net que ce ne serait au global que totalement positif.

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Merci pour vos réponses :slight_smile:

Le lien vidéo est très intéressant et, malheureusement, il ouvre encore plus de questions qu’il ne donne de réponses.

Pour le jeu solo, vous vous rendez compte qu’on parle bien de jeux de société où on va jouer tout seul. Je ne suis pas contre. Mais qu’est ce que ça dit sur l’avenir de notre loisir ?

Alors oui, le jeu d’occasion… et je ne suis pas le dernier à aller farfouiller chez Emmaüs. Mais va-t-on assister à l’ouverture de magasins de seconde main pour les JdS ? On en voit parfois chez Cash…

Et oui aussi, la production peut s’arrêter net qu’il nous restera encore de quoi jouer pendant cinq siècles.

On vit quand même dans un monde de fous avec de plus en plus d’auteurs, d’éditeurs, de propositions de jeux et un marché qui ne grandit pas, sauf quelques rares hits qui cachent la forêt.

C’est un vieux débat et je l’ai déjà dit plusieurs fois ailleurs. Moi je ne joue pas du tout à des jeux de société (le terme n’existe pas tel quel dans les autres langues d’ailleurs). Je joue à des jeux de stratégie, des fois en société et des fois en solo. Et j’achète beaucoup plus de jeux depuis que des versions solos existent et je ne suis pas le seul à raisonner ainsi. Donc oui, ce n’est que du positif pour l’avenir des JDS, cela booste les ventes.

j’ai l’impression qu’il y a plein de trucs mélangés dans cette question:

  • Le jeu est-il devenu un loisir cher par rapport à d’autres ? Je ne vais plus beaucoup au ciné, mais je viens d’apprendre que le dernier buzz , L’odyssée, c’est à voir en IMAX, c’est 23 euros à la place :flushed: . Il y a quelques années, pour comparer les prix des loisirs on faisait un ratio par rapport aux nombres de personnes (1 jeu=loisir pour 4 joueurs, dont on peut diviser le prix par 4). Même plus besoin, 1 place de ciné on peut acheter déjà pas mal de jeux.

  • si on se positionne purement au niveau joueur, je pense qu’on est dans quelque chose de plutôt positif. En terme de variété, on a jamais eu autant de proposition (notamment jeu solo/à 2 , et ce n’est pas au détriment des autres pour autant). Le jeu n’a pas de souci d’obsolescence, donc on peut je crois facilement se faire une ludothèque de très bons jeux à pas si cher, avec un marché d’occasion assez dense. Le jeu s’introduit dans les médiathèque un peu partout et le nombre d’assos et de festival a il me semble plutôt augmenté

  • en terme consommateur, le marché a changé est rentré comme d’autres dans un rythme où une nouveauté chasse une autre, où le buzz provoque des raretés de dispo. Impossible de tout avoir, tout suivre, ce qui peut donner ce biais de perception qu’on a rien le temps de saisir et une certaine frustration (dont se nourrit notre société de consommation :unamused:). Sur laquelle il faut je pense prendre du recul et ne pas confondre jouer et consommer. Athlète de compèt est indispo? Dans 6 mois on en aura et sûrement plein d’occasions.

  • côté pro, là c’est autre histoire mais rien de très nouveau, notamment parce qu’on est en train de sortir de la bulle post Covid qu’on attendait depuis … la bulle Covid. C’est renforcé aussi par le travers de cet essort: agrandissement du marché, donc plus de gros acteurs et aussi en terme de produit plus de besoin d’investissement dans le jeu : budget communication, graphisme, matériel. Il y a de la casse malheureusement avec on le voit des acteurs historique à la peine. Mais, si on met ça en regard du nombre de nouveaux acteurs, je ne suis pas sûr qu’on ait baissé tant que ça (par exemple, j’ai l’impression que les festivals ont tendance plutôt à toujours s’agrandir).

Je vais revenir sur le rapport JdS / ciné

Déjà en France il n’y a qu’une salle IMAX 70 , c’est à Montpellier. Le reste c’est de l’IMAX au « rabais »

Le prix exorbitant des places de ciné n’a qu’un but —> souscription de carte illimitée (je parle pour les complexes cinéma pas les indépendants)
La conséquence c’est que les gens qui souscrivent à ces cartes vont voir des films où ils s’en battent les reins et passent leur temps sur leur téléphone —> les gens désertent les salles (-13,5% en 2025) car ils ne veulent plus payer une place aussi cher (moyenne entre 12 et 16) pour un confort et une propreté pas toujours au rendez vous et surtout pour ne plus avoir des olibrius sur leur tel ou papoter toute la séance

Sinon concernant le JdS , les prix sont plutôt à la baisse depuis quelques temps, il y a quand même eu une période de flamber des prix. Certes il y a toujours des versions Deluxe ou ressorties boostées au kilo plastique qui font flamber les prix mais sinon dans l’ensemble c’est plutôt revenu à des prix raisonnables. Seulement, le problème c’est que le coup de la vue est tel qu’on doit faire des choix et qu’entre payer une facture et acheter un jeu le choix est vite fait.
Le bilan c’est que des éditeurs mettent la clé sous la porte (le dernier en date Attalia).
La solution ?? : peut-être une modération des sorties mais plus facile à dire qu’à faire car tout le monde veut manger du gâteau

Je suis bien incapable de me prononcer sur le modèle économique (qui pour moi est le même que pour tous les produits culturels, à l’exception peut-être du livre qui bénéficie d’une législation particulière).

En revanche, les collectivités locales s’engagent de plus en plus sur ce terrain. @menestrel parle d’un tissu associatif usé ; de plus en plus de ludothèques municipales voient le jour, et de plus en plus de mediatheques développent des fonds de jeux de société, proposent des temps de jeux (en après-midi ou en soirée).
On voit également fleurir des festivals de tous côtés, soutenus ou même entièrement organisés par les services municipaux.
Tout ceci pour mettre la culture dans son ensemble à la portée du plus grand nombre.

Comme très souvent, beaucoup de gens déplorent que l’Etat ne fait rien pour telle ou telle problématique, mais l’Etat providence est un mythe. A l’inverse, les élus locaux et les agents des services culturels se préoccupent bien plus de ce type de questions, et des propositions existent.

Et je ne parlerai pas des initiatives mises en œuvre par de nombreux enseignants pour promouvoir le jeu dans leurs établissements ou à travers leurs enseignements, des professionnels de la petite enfance convaincus depuis longtemps de l’importance du jeu dans le développement des tout-petits et vecteur du développement du lien parent-enfant, ou encore des animateurs en maison de retraite qui font jouer nos aînés pour les maintenir actifs et les aider à bien vieillir.

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