N’ayant que très peu de connaissance sur le monde de l’édition, je me pose un certain nombre de questions concrètes. Les voici :
Combien de jeux une maison d’édition edite-t-elle par an ?
Combien de projets une maison d’édition reçoit-elle par an ?
Quel est l’état du marché (offre/demande) du jeu en France ?
Quels sont les impacts de la nouvelle technologie (jeux vidéos, jeux en ligne, etc.) sur le jeu de société et - par extension - sur les joueurs ? (en terme de chiffre ou/et en terme de pratique)
En espérant que mes interrogations trouvent des réponses,
Salut-à-Sion
Arauris.
arauris dit:Combien de jeux une maison d'édition edite-t-elle par an ?
Pour nous, 8 sorties en 2006.
arauris dit:Combien de projets une maison d'édition reçoit-elle par an ?
2 à 300, il est clair qu'on n'a pas le temps de tout tester.
arauris dit:Quel est l'état du marché (offre/demande) du jeu en France ?
Offre exponentielle depuis 2 ans avec 100 à 150 nouveaux titres en langue française chaque année.
Situation charnière où l'on sent le marché prêt à frémir...
On parle de plus en plus du jeu de société, les clients sont de plus en plus curieux... mais il manque le déclic qui fera qu'on passe d'une activité de joueurs passionnés à une diffusion plus large.
On n'en est pas loin.
arauris dit:Quels sont les impacts de la nouvelle technologie (jeux vidéos, jeux en ligne, etc.) sur le jeu de société et - par extension - sur les joueurs ? (en terme de chiffre ou/et en terme de pratique)
Je ne sais pas.
Tout d’abord merci Matthieu.CIP pour tes réponses si rapides.
Je suis surpris du nombre de créateurs et j’en suis heureux. Le Jeu, à bien des égards, mérite que l’on s’y interesse. Je suis tout aussi surpris de l’Etat du marché du jeu français. J’avais, à ce sujet, des inquiètudes liées à l’arrivée massive des nouvelles technologies dans les foyers de notre pays ainsi que la place - en temps - qu’elles y y occuppent… Me voilà rassuré : l’homme joue et il joue aux jeux de société.
Plusieurs questions : Matthieu.CIP, je sens à la fois ta passion et ton engouement pour le jeu, tu parles de “déclic” et de “marché prêt à frémir”. Voici mes questions :
1. Au delà d’une demande qui va en s’accroissant, quels sont les éléments qui te font penser à une imminante explosion du jeu en France ?
2. Tu emploies le pronom personnel “on” (“on en est pas loin”), parles-tu en tant que joueur ou en tant qu’éditeur (sûrement les deux) ? Dans ce cas, quelles sont les stratégies que tu comptes mettre en place pour favoriser ce déclic ?
3. A titre personnel, je suis un joueur et “un tout jeune créateur” ; comment peut-on aider (nous acteurs du monde du jeu- joueurs, créateurs, éditeurs, magasins de jeux, ludothèques, etc. -) le marché à frémir ?
Le point de vue de toutes personnes m’intéresse énormément et notamment sur cette notion de “déclic”.
Salut-à-Sion,
Arauris
je pense que si Matthieux ou un autre avait la solution pour le déclic il l’aurait utilisé.
Je ne pense pas qu’il y a un déclic à attendre. Je pense que les adultes que nous somme ne sont pas les mêmes que nos parents. On a été élevé dans le jeu et les jouets, la BD et tous les trucs que l’on réservait aux enfants (nous) avant. Maintenant que l’on travail, on a des congés et des RTT et l’on est donc passé dans une société ou les loisirs, tous les loisirs se développe et le jeu de société en profite naturellement. Nous n’avons pas le même regard sur le jeu ou la BD que nos ainés parceque nous on sait de quoi on parle, on sait que ce n’est pas nocif, on aimait ça et on l’a fait évoluer avec nos gouts qui sont maintenant “d’adulte” et du coup les adultes joue avec leurs enfants et entre eux.
Ce qui manque encore c’est de l’information, c’est qu’un grand salon comme celui de Cannes soit médiatisé, c’est qu’il y ai des articles dans les journaux (plus), que certains éditeurs un peu gros puisse se payer une pub à noel à la TV sur autre chose que pokemon et que finalement le bouche à oreil et les soirée jeux porte leur fruit.
Nono.
Il y a aussi les mentalités à faire bouger. En France il y a de très gros complexes chez de nombreux adultes lorsqu’il s’agit de jouer.
Lors de la fête du jeu 2006, en collaboration avec La Maison des Jeux de Nantes, je vais animer une conférence sur le thème du jeu. L’objectif est de mettre en avant tous les avantages d’une pratique ludique chez l’enfant ET AUSSI chez l’adulte. Je voudrai sapper les fondations de certaines croyances du type : “les jeux c’est pour les enfants”, “ce n’est pas très sérieux de jouer quand on est adulte”, “il y a des pratiques culturelles plus matures”…etc.
Mais aussi travailler sur l’image de soi. J’entends souvent des réflexions du genre : “je ne vais pas piger les règles”, “je vais être ridicule”…etc. L’école et son obsession des résultats et de la hiérarchisation a laissé des traces chez beaucoup. En gros : celui qui ne comprend pas ou celui qui perd… c’est le nul.
Bref… gros travail de pédagogie à faire. ![]()
Pour moi le déclic, c’est la conjugaison de l’ensemble de phénomènes séparés qui mis bout à bout font que la sauce va prendre…
Multiplication de manifestations un peu partout en France, un label “As d’or jeu de l’année” qui commence petit à petit (et à mon sens pas assez vite) à s’installer, multiplication des articles de presse.
C’est aussi “marketer” des produits dont la presse va parler :
Les Minimoys d’Asmodée liés à la licence Besson, Salut les filles illustré par Wolinski…etc…
Je suis optimiste sur le développement de la pratique du jeu de société en France. Pour rejoindre le point de vue de BDC, il est clair que les 35 heures ont eu un effet positif sur toutes les activités liées au loisir en France et par voie de conséquence le jeu de société.
Il faut aussi que les adultes cessent de penser que la pratique du jeu est une activité strictement réservée aux enfants et là il y a du boulot…
En Belgique, je pense également qu’il y a un engouement de plus en plus important pour le jeu de société.
Petit à petit, grâce aux particuliers, aux associations, aux clubs, le jeu se répand dans la population comme un loisir à part entière, finalement très intéressant et bien plus social que de nombreuses autres occupations.
Je crois que la qualité et le choix proposé par la production actuelle y est aussi pour quelque chose. Chacun peut y trouver son bohneur et le travail des éditeurs de plus en plus soigné attire le public.
Bon je brosse un tableau un peu idyllique mais je pense réellement que le jeu est en train de devenir une sorte de phénomène de mode. Il faudra juste voir si ce sera un passage express ou un voyage de longue durée.
A mon sens, si les joueurs et les jeux évoluent, c’est avant tout que les personnes officiant dans le monde du jeu actuel sont ceux qui ont découvert la vague des jeux de rôles et toute l’évolution qui s’en est suivie.
Durant mon enfance, il y avait relativement peu de créations originales. Tout se rapportait aux jeux classiques (échecs, oie, des pions et des dés, du parcours…).
Le jeu de rôle a donné une dimension adulte au jeu. Et puis l’évolution des mentalités : on se gêne moins de montrer son côté enfant. La conception aussi est facilitée par les ordinateurs.
Et les adultes passionnés de jeu en entraînant d’autres… Les joueurs deviennent plus nombreux, les jeux plus complexes et on en parle de plus en plus.
Pour moi il s’agit d’une évolution, d’un phénomène qui grandit de manière naturellement exponentielle. Les personnes qui travaillent sur des écrans recherchent certainement aussi autre chose qu’un écran durant leurs loisirs.
Les communautés de joueurs grandissent et les médias vont finir par s’y intéresser…
Bonjour Leoni,
Je ne crois pas que le jeu de rôle, comme tu le dis, ait donné une dimenssion adulte au jeu mais plutôt qu’il y a eu un glissement des joueurs de jeux de rôle vers autre chose et que les premiers hardcoregamers étaient le plus souvent des rollistes.
Aujourd’hui, effectivement jouer est de plus en plus tendance si l’on en croit à la fois l’exposition médiatique améliorée de cette activité mais également le développement de nouveaux lieux où l’on peut jouer (café jeux…etc…).
Les rabats-joie vous dirons que la prodution anticipe la demande… C’est probablement vrai et d’où l’intérrêt de faire des jeux qui soient dans l’air du temps et répondent aux codes de consommation d’aujourd’hui.
Notre analyse du marché tient en 3 lignes :
1° Le sollicitations pour les loisirs n’ont jamais été aussi fortes qu’aujourd’hui.
2° Ni le budget des ménages, ni le temps consacré aux activités de loisirs ne sont extensibles.
3° Il faut donc faire aujourd’hui des jeux rapides (consommables immédiatement sans décryptage avancé des règles), pas chers et qui reposent si possible sur un principe innovant.
Matthieu.CIP dit:Bonjour Leoni,
Notre analyse du marché tient en 3 lignes :
1° Le sollicitations pour les loisirs n'ont jamais été aussi fortes qu'aujourd'hui.
2° Ni le budget des ménages, ni le temps consacré aux activités de loisirs ne sont extensibles.
3° Il faut donc faire aujourd'hui des jeux rapides (consommables immédiatement sans décryptage avancé des règles), pas chers et qui reposent si possible sur un principe innovant.
Il y a du vrai dans ce que tu dis mais cette analyse me paraît un peu raccourcie.
A force de côtoyer joueurs de tout bord (en tant qu'animateur régulier et en tant qu'ancien fondateur de ludothèque), j'aurais plutôt tendance à séparer le marché selon les critères suivants :
1. Il y a le noyau dur composé essentiellement de joueurs passionnés - ceux qui vont à Essen
Dans ce noyau, ily a les mordus de JDS qui peuvent graviter dans ce milieu depuis pas mal de temps.
Et c'est vrai qu'il y a également pas mal de rolistes qui ont grandis et ont maintenant moins de temps pour se consacrer au JDR. Ceux qui n'ont pas rejoint le rang des joueurs de jeux en lignes ( MMPORG) cherchent des loisirs ludiques plus abordables, plus familiaux. Mais beaucoup restent attachés aux thèmes de leur précédent loisir.
Les mordus achètent beaucoup de jeux différents, les thèmes et les règles compliquées ne les rebutent pas. Ce sont eux qui représentent le principal marché. Un jeu qui leur est destiné sera assuré d'être vendu entre 2500 à 5000 exemplaires s'il marche bien. C'est peu mais ils assurent aux éditeurs un roulement constant puisqu'ils sont constamment à la recherche de nouveautés.
2. Les cercles familiaux. La plupart sont de jeunes adultes, ils ont des enfants en bas âge ou assez jeunes. Ils peuvent vite devenir assez friands de jeux mais recherchent activement le conseil des "spécialistes". Effectivement, ils vont acheter des jeux faciles d'accès, amusant, aux mécanismes accessibles à toute la famille (Maka Bana, Aventuriers du rail, That's life, ... ) Ils achètent assez peu de jeu différents sur l'année mais peuvent booster les ventes d'un ou plusieurs titres particuliers.
3. Les joueurs occasionnels sont surtout des participants. Ils achèteront peu de jeu pour eux, préférent profiter des animations régionales. Leur ludothèque est souvent composée de quelques jeux, ceux qui les ont vraiment marqué ou ceux qu'on leur a offerts. Un marché difficile à toucher.
Dans cet état de chose, je ne suis pas persuadé que l'édition d'un jeu rapide, innovant et facile soit la panacée ! Effectivement, si ton idée à du succès, tu pourras toucher un large marché - voire très large si tu as de la chance (L'exemple de Magic est pour moi exemplaire de ce fait). Mais beaucoup de ces jeux rapides et faciles restent assez confidentiels ( je pense à la gamme des petits jeux en boîte qui correspond à ce critère mais ne passionne pas autant les familles qu'on pourrait le croire - trop légers )
Je pense qu'un jeu à succès ( type Aventuriers du Rail ) doit d'abord convaincre le noyau dur qui mettra tout en oeuvre pour faire découvrir ce chef d'oeuvre au reste des joueurs. Il faut donc un jeu suffisamment riche que pour convaincre les mordus et suffisamment facile d'accès que pour toucher la famille. La recette du succès est dans cet entre-deux
Bonjour Mathieu,
Je suis partiellement d’accord avec toi. Mais je constate que bon nombre de rôlistes de l’époque sont devenus parents (+boulot = moins de temps) et s’adonnent au plateau… et entraînent des nouveaux avec eux.
Ton point de vue sur le consommateur me semble approprié (du divertissant et rapide pour une grande masse de gens).
Pour le prix je suis moins d’accord. Les gens ont les moyens quand ils le veulent. Quand tu fais un comparatif heures de divertissement/prix avec un ciné, bowling, etc… La discussion tourne court. Un jeu à 30 euros reste un divertissement bon marché. Tout n’est que question de priorité dans le ménage et pas de prix.
Par contre la qualité de la distribution fait une énorme différence. Les grandes surfaces bradent souvent des produits “marketing” à licence qui trop souvent déçoivent le consommateur. En fin de compte même les 15 euros dépensés étaient 15 euros de trop. De là ils ne font plus la différence avec un produit vendu avec un prestation de démo/explication qui aidera à ne pas se tromper. Acheter cher se révèle souvent meilleur marché!!! Par ces méthodes les clients deviennent frileux à investir…
J’ai parfois l’impression de passer mon temps à démontrer à mes enfants les “dangers” de la pub, du packaging (ciblage trompeur).
Le marché du jeu continuera à croître sainement et dans le long terme si les éditeurs s’assurent de la satisfaction de leurs clients après achat (il ne suffit pas de vendre, le produit doit tenir ses promesses).
Moi c’est en tout cas dans cet esprit et dans cette optique que je travailles.
Leoni dit:Pour le prix je suis moins d'accord. Les gens ont les moyens quand ils le veulent. Quand tu fais un comparatif heures de divertissement/prix avec un ciné, bowling, etc... La discussion tourne court. Un jeu à 30 euros reste un divertissement bon marché. Tout n'est que question de priorité dans le ménage et pas de prix.
Là, je ne suis vraiment pas d'accord.
Si le jeu devient une priorité du ménage, tu bascule de monsieur tout le monde aux passionnés ...
Et 30 euros pour un jeu qui risque de ne sortir que 3 fois, c'est toujours un gros budget.
Pour rappel, tout le monde ne passe pas ses week-end au bowling ou en sorties ciné ... Parce que ces divertissements coutent cher !
Et puis, tu peux pas te dire, j'achète un jeu car je vais y jouer 200 heures, ce qui me fais un coût horaire de ... Les acheteurs ne réfléchissent pas comme ça !
Je connais pas mal de famille ou une soirée du samedi, c'est un film loué 3 euros au viédo club et regardé par papa-maman et leurs 3 enfants ...
Coût de la soirée de 3 heures pour 5 personnes : 3€.
Radek
si possible sur un principe innovant
Je pense que ce critère est surtout pris en compte par les "joueurs pros". Le grand public, j'entends par là les joueurs occasionnels qui veulent juste passer un bon moment, se moquent du principe innovant. Pour la bonne raison qu'ils n'ont pas la culture du jeu leur permettant de vraiment évaluer ce qui est novateur ou pas. Bien souvent une même mécanique servie par un thème fort, une ambiance omniprésente et un matériel attrayant plaira 100 fois plus que bon nombre de jeux qui ont pour argument essentiel le "principe novateur". Cela ne veut pas dire qu'un peu d'originalité dans le principe est à proscrire mais seulement que c'est une obsession propre au monde des ludopathes.
En clair : la plupart des jeux adorés par les accros du jeu laissent parfaitement indifférent les joueurs occasionnels. Et je parle de vécu !.. Des jeux comme Time's Up ou Kakerlaken Poker qui sont tout de même assez basiques ont beaucoup plus de succès que le vénéré Puerto Rico qui emmer... les 3/4 des joueurs occasionnels.
C'est juste une question de cible. Mais c'est clair qu'il y a du boulot à faire en terme de communication autour du jeu. La première chose serait de mettre systématiquement le nom du créateur en grosses lettres sur la boite et une photo au dos avec une courte biographie. Comme pour les bouquins ! Mais la plupart des éditeurs semblent têtus comme cohon et refusent de comprendre l'intérêt de faire cela. Résultat : le jeu est traité comme les jouets de gosses et non pas comme un produit culturel.
Il y a pas mal de gens qui vont débourser 30€ pour acheter un DVD qu'ils ne regarderont qu'une fois ou le prix Nobel de littérature qu'ils ne liront qu'à moitié. Un jeu vous pouvez y rejouer aussitôt et prendre le même plaisir. Vous pouvez en dire autant d'un film ou d'un bouquin ?.. Alors 30€, voire 45€ pour un jeu qui peut être une source inépuisable de bons moments... je ne trouve pas cela cher ! Vous avez déjà vu des éditeurs communiquer sur cet aspect des choses ? Ben moi... non. Quand je disais qu'il y a un boulot de communication énorme à faire dans le domaine du jeu !