Sur l’Anubis, tout a commencé par une phrase qui sentait déjà la mort.
Tour 2. L’Électricien monte aux Caméras, vérifie l’Infirmier, le Pilote et l’Officier… puis lâche la bombe : “Il y a un infecté parmi eux.”
Silence autour de la table.
La partie venait à peine de commencer, et déjà, quelqu’un mentait. Ou pire : quelqu’un disait la vérité.
Au tour suivant, l’Infirmier et le Pilote restent ensemble sur la Ferme. Mauvais timing, mauvais endroit, mauvais duo. Ça sent le complot. Les regards changent de camp. On ne joue plus seulement contre le vaisseau. On joue contre les visages.
Puis arrive le tour 5. L’Infirmier valide le remède.
Alors là, forcément, ça rassure.
Le médecin a trouvé le remède, donc le médecin est clean.
C’est faux, bien sûr. Mais sur le moment, c’est le genre de fausse évidence qui a la politesse de venir habillée en certitude.
Le Pilote, lui, continue à se déplacer vite. Or l’infection ralentit les infectés.
Donc si l’Infirmier semble innocent et que le Pilote file comme le vent…
Il ne reste plus qu’un seul nom : l’Officier.
Et là, tout ce qu’il fait devient suspect.
Au même tour, l’Officier fait un saut pour éviter un nuage… et place le vaisseau juste devant un autre.
Malaise.
Erreur honnête ?
Ou sabotage maquillé en décision technique ?
Pendant ce temps, l’Électricien, devenu commandant au tour 4, rejoint l’Officier au Centre de commandement pour préparer le prochain saut. Rien d’étrange là-dedans. Au contraire : il fait ce qu’un bon commandant est censé faire. Il est utile. Stable. Technique. Rassurant.
Le genre de joueur qu’on aime voir près des gros boutons rouges.
Tour 6. L’Officier rejoint le Réacteur avec le Fermier. Problème : le réacteur tourne à plein régime. Il n’a rien à faire là. Pire : il ne s’est déplacé que d’un seul module !
Et là, pour tout le monde, la messe est dite : c’est lui.
Pas un doute. Pas une intuition. Une certitude froide, mécanique, logique.
L’Officier est infecté, il vient contaminer le Fermier.
L’Électricien, lui, reste au Centre de commandement. Il prépare le saut.
Toujours là où il faut.
Toujours propre.
Toujours irréprochable.
Le héros idéal.
Puis vient le tour 7.
L’Officier éclot.
Le Fermier meurt instantanément.
Le Centre de commandement se retrouve isolé du reste du vaisseau, l’Électricien est sauf, mais il n’a toujours pas l’énergie nécessaire pour sauter.
L’équipage vacille, mais refuse encore de tomber. Dans une scène de pur désespoir héroïque, l’Infirmier traverse une zone contaminée pour envoyer le Pilote dans le caisson de vaccination. Le Pilote, vacciné, fonce ensuite vers la Ferme et réussit à réalimenter le Centre de commandement !
C’est magnifique.
C’est absurde.
C’est exactement le genre de plan qu’on ne tente que quand tout est déjà en train de brûler.
Mais la contagion avance plus vite que l’espoir. L’Infirmier meurt à son tour. La Ferme n’est plus alimentée. L’oxygène fond. Il ne reste presque plus de temps.
Et pourtant… contre toute attente… il y a encore une chance.
Tour 7, toujours. Plus que deux bonbonnes d’oxygène, les morts ne respirent pas.
L’Électricien joue.
Il trouve un +1, la carte qui fait que le Centre de commandement monte exactement sur la valeur qui permettrait un saut s’arrêtant juste avant la Terre.
La table comprend immédiatement.
C’est fini.
On est passés à ça du néant, et malgré tout, on va y arriver.
Le commandant est seul au poste.
Le vaisseau est prêt.
Le calcul est bon.
Le saut est là.
Il n’a plus qu’à appuyer.
Et…
il n’appuie pas.
Pause.
Incompréhension.
Rires nerveux.
Puis le cerveau de tout le monde refait le trajet en sens inverse.
Pourquoi ne pas sauter ?
Pourquoi garder le Centre de commandement sous contrôle ?
Pourquoi avoir poussé si tôt l’idée que l’infecté était parmi les autres ?
Pourquoi avoir si bien préparé la survie… juste assez pour rester maître du dernier choix ?
Et là, l’évidence vous frappe avec quelques tours de retard, ce qui est la forme la plus humiliante de vérité.
Ce n’était pas l’Officier qui tenait la partie depuis le début.
Ce n’était pas le Pilote.
Ni l’Infirmier.
Ni un malentendu.
Le premier Porteur, depuis le départ, c’était l’Électricien.
Il avait donné une information pour fabriquer une fausse piste.
Il avait laissé tout le monde construire le mauvais récit.
Il avait tranquillement pris les commandes pendant que les autres jouaient aux détectives sur un cadavre encore vivant.
Et quand la victoire des sains a tenu dans un seul doigt posé sur un seul bouton…
il a simplement choisi de ne rien faire.
Le meilleur sabotage de la partie, c’était un saut qui n’a jamais eu lieu.
Sur l’Anubis, l’électricité n’a pas sauvé le vaisseau. Elle a juste gardé les lumières allumées assez longtemps pour voir tout le monde se tromper…