[Ystari Box] De la fabrication...

[Ystari Box]

Je profite de la sortie de la Ystari Box qui a dû être un sacré casse-tête pour permettre de rassembler les composants de différents jeux de manière commercialement viable, pour demander si Karis (ou quelqu’un d’autre) accepterait de nous parler un peu plus de comment se passe la production d’un jeu pour son éditeur…

J’ai ainsi noté de petites différences de matériel entre ce que l’on trouve dans la Ystari Box et le matériel d’origine des jeux que ces extensions complètent.
- Format des cartes différents entre jeu de base et extension pour Amyitis, Yspahan, et Metropolys (uniformisées au format Sylla)
- Les tranches des cartes de Caylus Magna Carta sont plus sombres et un joueur qui voudrait repérer la position de son champ de joute dans sa pioche le peut donc facilement… sauf s’il est le joueur violet puisque toutes ses cartes proviennent de l’extension.
- Les pions de Caylus Magna Carta : Les ouvriers du joueur violet sont de gros cylindres et non pas les cylindres fins que l’on a pour les autres joueurs. De plus les pions supplémentaires pour le joueur orange sont en fait jaunes.

Ces questions me sont venues car j’ai également récemment seulement acquis l’extension pour Ca$h’n gun$, où les cartes n’ont là non plus pas exactement la même taille que celles du jeu d’origine. Une différence de l’ordre du petit millimètre rend les cartes de l’extension facilement repérables dans la pioche (cas des cartes de pouvoirs)…
Je me souviens également des différences de colori sur le dos des cartes des extensions du jeu de cartes des Colons de Catane qui ne présentent pas le même contraste que sur celles du jeu de base…

Pour revenir à l’Ystari Box, on devine facilement, et cela a été confirmé dans un autre sujet, que l’uniformisation des tailles des cartes répond à un besoin concret : le nombre de cartes par planche imprimée avant découpage. Multiplier les formats de cartes multiplie logiquement le coût, et il est intéressant de remarquer qu’il revient moins cher de refabriquer en plus les cartes d’origine au nouveau format pour reconsituer des jeux complets que de ne sortir que quelques nouvelles cartes à l’ancien format.
Ceci fait également penser à toute l’histoire qui a eu lieu lors de la sortie de la première extension pour Dominion qui s’est avérée être un standalone contenant à nouveau toutes les cartes “Trésor” et “Victoire” du jeu…

En dehors du format lui-même, l’histoire de la couleur de la tranche de Caylus Magna Carta ainsi que celle de ce millimètre de différence sur les cartes de Ca$h’n gun$ me fait me demander quel précision l’éditeur a-t-il sur le contrôle de la fabrication ? Choisit-il un format sur catalogue ? Une qualité de carton ? D’encre ? Peut-il par la suite agir sur de tels détails (couleur de la tranche ou variation de moins d’1 mm) en faisant réviser un produit fini ? Peut-il les anticiper en fournissant un cahier des charges minutieux ? Peut-il obtenir un prototype du produit au sortir de la chaîne de fabrication pour la valider avant de lancer la production de masse ? Si de tels contrôles sont possibles, ont-ils un coût autre qu’en délai vis-à-vis des plannings de sortie pour l’éditeur ou bien cela fait-il partie d’une garantie qualité offerte par le fabricant (bref s’il faut effectuer le retirage des produits dont la qualité n’est pas satisfaisante, qui paye ?)

Et pour les pions en bois : Pourquoi les ouvriers violets sont-ils différents ? Pourquoi l’orange s’est-il transformé en jaune ?

Enfin voilà. Tout un tas de questions qui me sont venues à l’esprit ces derniers temps, et comme Karis est généralement très ouvert sur son métier, j’en profite pour essayer de satisfaire ma curiosité…

En conclusion, pour un éditeur, sortir une extension à l’air d’être quand même assez délicat, et ce même si une partie du travail a normalement déjà été faite pour le jeu de base…

Meci à qui pourra prendre le temps de me lire et de répondre à ces petites interrogations indiscrètes :mrgreen:

Je ne peux pas répondre à tout, mais de ma maigre expérience dans la fabrication de jeux de cartes, j’ai pu tirer ceci :

Avant impression définitive des cartes, on reçoit des planches de “Bon A Tirer”, des impressions sur planches de papier censées être fidèles aux fichiers que tu as envoyé à l’imprimeur, et donc au résultat final que donnera l’impression. C’est le moment où tu dois vérifier que les couleurs correspondent bien à ce que tu souhaites, car une fois signées, ces planches sont un point de “non-retour”, cela signifie que les couleurs te conviennent et qu’en cas de différence une fois les cartes imprimées tu n’auras aucun recours.

Pour avoir travaillé avec France Cartes et Carta Mundi, généralement les cartiers font bien leur boulot, mais il y a malgré tout un certain nombre de variables qui peuvent créer cette légère différence d’une impression à l’autre, et ce même si les fichiers utilisés (pour le verso de cartes par exemple) sont les mêmes. Déjà, la planche de BAT est imprimée sur papier rigide, certes, mais pas forcément de finition identique à ce que seront les cartes : le vernis appliqué, par exemple, n’est pas le même, le carton non plus, et déjà cela peut légèrement influer sur le rendu final. Ensuite, il y a aussi la composante matérielle : les imprimeurs pratiquent des étalonnages sur leurs machines, mais il suffit d’un réglage légèrement différent pour que la saturation soit différente - on peut le constater sur le verso des cartes Magic, par exemple, où d’une extension à l’autre il semble plus “pâle” ou plus contrasté - pourtant, à mon avis les gars de WotC sont pointilleux sur leurs contrôles. Au final on ne peut qu’espérer un rendu parfaitement identique, mais il y a des impondérables… minimes, mais présents…

Enfin, il y a peut être aussi une variable de temps à prendre en compte. Parfois les délais sont assez courts et si on veut sortir à telle date, on a pas forcément le temps de faire des aller-retours de contrôle en renvoyant des fichiers à l’imprimeur qui vous renvoie des BAT etc… donc on fait au mieux. Pourtant, un imprimeur fait de son mieux pour restituer les couleurs, mais à moins d’utiliser des encres à tons catalogués type Pantone… et encore, elles ne sont utilisables que lorsque les visuels s’y prêtent, puisqu’elles ne sont pas destinées à être mélangées, il faut donc que ton visuel soit composé uniquement d’a-plats, et vu qu’elles coûtent cher, mieux vaut ne pas en utiliser 36 différentes^^. Bref, c’est pas gagné pour être pile poil en accord avec ce que tu voulais - d’autant que même avec un écran calibré, des teintes sur écran ont toujours un rendu légèrement différent de celles imprimées - et faire une sortie laser avant pour se rendre compte n’est pas plus utile, les imprimantes personnelles ou de bureau ont toujours tendance à trop saturer les couleurs. Le plus fidèle entre l’écran et le rendu imprimé, c’est vraiment un imprimeur, et donc même là, on a parfois des surprises…

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Pour complèter ce qui a déjà été dit, il n’est pas rare non plus que les éditeurs change de fabricant et donc les cartons, les papiers, le bois et les peinture ne seront pas forcément les même. Qui plus est, afin de réduire les coûts de fabrication, on essaye d’harmoniser tout cela (notamment au niveau des tailles des cartes). Avec des tailles différentes, on a autant de jeu de carte à produire que de taille différentes donc le prix s’en ressent forcément. Idem pour les pions, les boîtes (cela explique aussi pourquoi les éditeurs essayent de conserver le même format de boîte d’un jeu sur l’autre. Bref tout ça n’est pas simple à gérer.

Globalement tout a été dit par mes collègues.

De nos jours, même si la chaine d’impression fait largement appel au numérique, il est impossible d’assurer une parfaite ressemblance entre deux cartes, un peu comme pour le papier peint, pour lequel il est recommandé de prendre des rouleaux provenant du même bain.

Ainsi, à qualité équivalente on peut se retrouver avec un carton légèrement plus clair ou plus foncé. C’est très peu, mais l’oeil humain est une machine formidable ! De même un imprimeur peut très légèrement changer un paramètre et ainsi la saturation d’une carte…

Après distinguer sa joute, n’est pas un avantage formidable, et on peut aussi jouer fair play en l’ignorant superbement ;)

Enfin pour ce qui est de l’uniformisation des formats, tu as répondu à la question toi même. Impossible de multiplier les formats dans la boîte, donc la solution a été de réimprimer les cartes originales au format Sylla, ce qui a au moins le mérite de’offir au joueur un paquet de carte tout neuf ;)