Messeigneurs,
je remarque (peut-être à tort) ces derniers temps un florissement de nouveaux labels d’éditions de jeux et cela me fait m’interroger. Libellud,
Dagda, Ludonaute, Le Joueur, Pavillon Noir… j’en oublie sûrement.
* Sont-ce là des façons détournées de s’auto-éditer ou l’éditeur espère-t-il intégrer des auteurs déjà ‘en place’ pour les futures publications?
* Quelles peuvent être les chances de pérenniser le label, les concurrences ne sont’elles pas trop fortes?
* En somme, qu’est-ce qui justifie l’apparition de ces éditions nouvelles?
Des questions peut-être un peu bébettes (beaucoup?
) d’un Oscar profane qui observe tout cela d’un oeil étonné.
Bises
Cher oscardejarjayes,
De ma maigre expérience, je pense tout simplement que le désir de créer un jeu s’empare de plus en plus de joueurs “geek” par rapport à la tendance, d’il y a quelques années.
Devant cette déferlante de nouveaux prototypes, les éditeurs actuels bien implantés ne peuvent bien évidemment pas tout éditer.
Karis disait dans la radio des jeux avoir été intéressé par certains prototypes (comme Nefertiti par exemple) mais ne pas pouvoir les éditer finalement car trop proche d’un autre thème d’un jeu sorti récemment chez lui ou surcharge de planning de parutions (donc édition du jeu possible mais deux ou trois ans plus tard).
Tu peux aussi rajouter à ta liste Pygmoo même si la création de la société est un peu plus ancienne.
Pour répondre à tes questions, ce sont donc à mon avis d’abord un désir de voire leur bébé édité qui pousse ces créateurs à se transformer en éditeur.
Les nombreux prototypes qui circulent à leur portée leur laissent pour l’avenir l’assurance de pouvoir éditer des nouveaux qui ne seraient pas de leur création.
Quant à la pérennité de tous ces nouveaux éditeurs, il se produira ce qui se produit chaque fois lorsque trop de concurrents émergent en même temps sur un même secteur d’activité. Les sociétés qui auront les reins les plus solides et auront fait les meilleurs choix d’édition survivront. Les autres péricliteront, sauf à ce que le marché soit capable d’absorber tous leurs produits en même temps mais j’en doute.
Days of Wonder est riche d’enseignement à ce sujet. Alors même qu’Eric Hautemont n’y connaissait rien dans le secteur du jeu de plateau, il a réussi à monter une société prospère, tout simplement en faisant les bons choix au niveau humain (recrutement de salariés et relations avec les auteurs) et prototype et surtout en ayant une assise financière très importante.
C’est sur ce dernier point que les petits éditeurs vont avoir le plus de difficulté à mon avis. Il faut une trésorerie très importante pour amortir la sortie d’un jeu (sauf si c’est un gros succès immédiat).
Bonjour,
Pour ma propre expérience, je ne suis pas un geek ou joueur invétéré et je suis plus issu du jeu de rôles en fait (bah ouai, moi Croc je le connaissais surtout pour ses JdR et sa participation dans certains magazines ou il n’arrêtait pas de mettre des coups de poignards dans le dos des gens mais bon
)
Bref.
Quand j’ai monté Pygmoo, c’était pour lancer Faiseurs d’Univers qui a l’origine a été créé pour aider une association (Faiseurs d’Univers défendant le JdR Thoan, blablabla…) mais cette association a “coulée” entre temps et me suis retrouvé avec un jeu sur les bras complètement illustré.
C’est alors que j’ai lancé Pygmoo mais attention, Pygmoo ne gagne pas sa vie QUE avec les jeux de société en fait et c’est la notre grande différence. Nous sommes aussi créateurs de site web et mon acolyte est un professionnel qui a bossé 10 ans dans une société de création de sites. Je ne suis moi même pas salarié Pygmoo puisque je garde mon activité professionnelle a coté.
Il y a une grande profusion de nouveaux auteurs car la “qualité professionnelle” est pour moi devenue plus accessible. La mondialisation permets d’avoir de meilleurs prix et l’avènement d’Internet permets de faire croire a chacun a un nouvel Eldorado (qu’il soit dans le JdS ou autre part)
Je souhaite qu’un maximum réussisse mais il est vrai que moi même je me pose des questions sur cette profusion (dont je fais partie) car il est clair que tous ne survivrons pas, mais “c’est le jeu ma pauv’ lucette !”
A+
Nicolas
Merci pour vos témoignages fort instructifs! ![]()
Pour rebondir sur les propos de Nico, Pygmoo est un peu un cas à part, puisque l’activité JdS n’est pas l’unique source de revenus, comme il l’indique.
On pourrait tenter une comparaison dans tout ce qu’elle a de positive avec Ystari qui avait suivi le même parcours, me semble t-il, (boîte d’informatique reconverti en boîte de jeux de société) sauf que Pygmoo continue également son activité développement de site Web.
Oui l’experience de l’édition semble très compliqué et très très prenante!! Et comme le disais Thot, je pense qu’il ne suffit pas d’être passionné pour réussir, il faut aussi les reins solides, le pouvoir de ne dormir que 2 h par soir
, mais aussi une bonne assise financière.
J’espère que tout ceux qui se sont lancé dans cette aventure réussiront à tirer leur épingle du jeu en “imposant” leur patte.
On peut d’ailleurs aussi citer l’audacieux Krok Nik Douil et Le Ludonaute qui font du très bon boulot!
Hawkeye dit:
On peut d'ailleurs aussi citer l'audacieux Krok Nik Douil et Le Ludonaute qui font du très bon boulot!
Exact.
Gloire à eux
Tu peux rajouter Ludically dans la liste des jeunes éditeurs même si son cas est un peu à part puisqu’il y a déjà un “nom” d’auteur à la base dedans.
Sinon, je pense que le nombre de nouveaux éditeurs est proportionnel au développement du JdS en France et du nombre d’auteurs/protos grandissants.
Après reste à savoir si le marché suivra, espérons le pour nous tous. ![]()
astur dit:
Après reste à savoir si le marché suivra, espérons le pour nous tous.
C'est bien là le point sensible <=> L'offre et la demande.
Le problème majeur est qu'un petit éditeur qui se lance n'a pas assez de trésorerie pour assurer soit de gros jeux a forte rentabilité (oui comme exposé dans d'autres posts, la marge brute d'un jeu est proportionnelle a son cout - question de pourcentage-) soit plusieurs jeux a faible rentabilité.
Sur un jeu a 20euros en circuit classique (avec un distributeur -et dieu sait que ce rôle est utile-), il ne reste de 2 ou 3 euros par jeu en marge pour un éditeur. Si vous voulez d'un éditeur puisse avoir un salaire correcte (1600E net soyons fous) il faut donc compter sur 3200E/mois * 12 donc 38000 euros environ. Je vous laisse calculer le CA annuel qu'un micro éditeur doit faire pour dégager une telle somme en bénéfices !
Je n'ai pas un lourd bagage en marché du jeu mais par contre j'en ai un en gestion d'entreprise et analyse financiere et je sais qu'il est très compliqué de vivre du JdS et ainsi je tire mon chapeau a tout les acteurs du marché qui font un travail remarquable et qui travaille sans compter les heures pour développer des jeux et faire le bonheur de tous (en espérant leurs serrer la main un jour pour les remercier de tout ca)
A+
Nico
leghola dit: sa participation dans certains magazines ou il n'arrêtait pas de mettre des coups de poignards dans le dos des gens mais bon)
T'ain ça fait plus d'une décennie et j'ai encore des souvenirs émus du courrier des lecteurs de Backstab. C'était une gaterie que je me réservais lors d'un petit passage aux toilettes.
Heureusement maintenant y'a le Petit Pouic
astur dit:Après reste à savoir si le marché suivra, espérons le pour nous tous.
Justement, avec tous ces 'petits nouveaux' ne risque-t-il pas d'y avoir embouteillage ou dispersion ?
( Je rappelle que c'est un doamine où je ne connais rien!!)
oscardejarjayes dit:nouveaux labels d'éditions de jeux et cela me fait m'interroger...
Pavillon Noir...
Ils éditent quoi comme jeu Pavillon Noir? J'ai rien trouvé sur cet d'éditeur.
Mitsoukos dit:
Ils éditent quoi comme jeu Pavillon Noir? J'ai rien trouvé sur cet d'éditeur.
Bah si tu cliques sur le lien Accueil en haut à gauche de cette page tu auras ton info
Concernant le marché, je pense vraiment qu'il y a de quoi faire, le vrai problème c'est que peu d'acheteurs potentiels savent que de tels jeux existent, il faut donc trouver les moyens de les leur faire découvrir.
Mitsoukos dit:
T'ain ça fait plus d'une décennie et j'ai encore des souvenirs émus du courrier des lecteurs de Backstab. C'était une gaterie que je me réservais lors d'un petit passage aux toilettes.![]()
Ha ben moi j'ai toujours ca dans mes toilettes !! :p
Je regarde avec nostalgie des exemplaires ou "Elixir" était la nouvelle perle ludique qui renouvelait le JdS !
Après oui sur le marché, le tout est de bien réfléchir a sa stratégie qui ne se limite pas a une simple stratégie "marketing-commercial" mais une corrélation décisive entre cette stratégie et la stratégie de production.
Dans les années 90 dans l'économie dans laquelle je bosse en dehors de Pygmoo, on avait la chance de pouvoir dire "on produit le max possible, on vendra toujours", désormais ce n'est plus possible. On doit faire des productions (qualitativement et quantativement parlant) en corrélation directe avec le marché et là une chose est sure : celui qui connaitra le mieux le marché gagnera car il sera au plus proche de cette équation.
a+
Nicolas
astur dit:Mitsoukos dit:
Ils éditent quoi comme jeu Pavillon Noir? J'ai rien trouvé sur cet d'éditeur.
Bah si tu cliques sur le lien Accueil en haut à gauche de cette page tu auras ton info(du moins dans les jours à venir ^^)
Non non tout de suite
Comme avec "Pavillon Noir" ou + "éditeur" sur Google, je tombais toujours sur le JDR ou du jeu video, j'ai tapé "Pavillon noir Tric trac" me disant qu'on devait bien en parler quelque part et là hop je tombe sur la news
Je plussoie aux propos de Thot, et y ajouterai ceci :
Ce qui fera la différence entre ceux qui resteront et ceux qui dispraitront c’est la distribution.
A l’heure actuelle il est possible pour tout un chacun qui prenne le temps de ‘faire ses classes’ et de construire son projet de produire un jeu de société avec un matériel de qualité : les canaux de production sont multiples, et bien documentés.
Mais il ne suffit pas d’avoir 3000 boites du super-jeu-qui-tue dans son (grand) garage, il faut encore échanger ces boites contre des espèces sonnantes et trébuchantes.
Peu de détaillants vont acheter un jeu directement à un petit éditeur, il faut donc passer par un distributeur pour faciliter l’apparition en rayon de ces jeux. De plus il faudra convaincre le distributeur de l’intérêt de distribuer le jeu.
La consolidation en cours dans le secteur rend ce problème encore plus présent : Si le principal distributeur du pays n’est pas intéressé par votre jeu, bonne chance…
C’est sur ce point que se jouera le futur de nombreux jeunes éditeurs, à mon sens.
Moi, cette déferlante de nouveaux petits éditeurs me rappellent l’apogée du jeu de rôle papier juste avant son déclin: Le JDR était tendance (pour un marché de niche de geek, entendons-nous bien…
) et tout le monde y allait de sa petite création. Mais très vite, le consommateur n’a plus su où donner des yeux de la tête, trop d’offre tuant l’offre, et a fait ce qu’il se passe généralement dans ces cas-là: se concentrer sur les valeurs sûres.
Et ce qui devait se arriver arriva: Peu à peu, les créations originales ont disparu et on ne trouve dans les rayonnages JDR aujourd’hui que du DD4 et du World of Darkness (Vampire et consort). Bon, on assiste depuis peu à une petite reprise, je trouve, mais l’âge d’or du JDR, c’est fini!
Tout ça pour dire: je souhaite plein de succès à tous ces nouveaux éditeurs et j’espère pour eux qu’ils arriveront à se tailler une part du gâteau, mais je suis pessimiste quant à leur avenir… ![]()
Bonjour à toutes et tous,
étant nouveau sur le site, je le parcours avec grand plaisir et je suis tombé sur ce topic qui est fort intéressant.
Ayant l’intention de sortir un jeu (un jour ou l’autre j’espère) je me pose environ un million de question à la seconde. Car en effet on parle de stratégie de production, de vente, etc… Cela n’est pas sans risque financier bien entendu, quoique pour moi personnellement, j’ai réussi à dégager une marge qui ne me permettra pas de vivre mais là n’est pas mon but.
Mais cependant, c’est réellement possible de gagner (un peu) d’argent avec une création, une bonne capacité à d’analyste etc… Donc pour moi ce sera j’espère en complément, histoire d’arrondir mes fins de mois.
Gloomy, la ‘fin du jdr’ est en fait un poil plus complexe…
Il y a eu concomitance de divers facteurs :
- Comme au catch, le premier assaut est tombé du ciel : la déferlante Magic et JCC a ponctionné le temps et les portefeuilles du milieu de joueurs, en équipe avec les figurines (warhammer et clix, et DD miniatures pour les plus visibles)
- Certains éditeurs JDR ont joué la carte du ‘crowdsourcing’ pour augmenter la quantité de contenu généré autour de leur système. Le fer de lance était WOTC/Hasbro avec le système D20.
Cela a donné des résultats en matière de quantité, mais malheureusement la qualité était très inégale. Le marché a été submergé de produits dequalité extrèmement variable, tous présentés au même niveau, et certaines déceptions ont échaudé les consommateurs les plus aventureux.
- Embrayant dette euphorie productrice, des dizaines d’indépendants se sont lancés dans l’aventure, innondant le marché de productions amateur et semi-pro par divers canaux de distribution. Les sites de PDF tels que RPGnow sont représentatifs de cette tendance.
- Face a cette pléthore de produits disponibles, les consommateurs ont été noyés, et les prix ont fortement diminué : pourquoi acheter un supplément ‘officiel’ à 30€ alors qu’il existe des suppléments ‘indé’ en PDF tout aussi volumineux et parfois plus intéressants pour 5€ ?
- Cette pression des prix a coulé directement les boites aux reins les moins solides. Non seulement les consommateurs n’achetaient plus autant, mais les détaillants devenaient plus prudents sur l’état de leur stocks (ca coute cher de grder en rayons des bouquins qui ne se vendent pas).
- Autre clou dans le cercueil, certains producteurs ont commencé à jouer sur le renouvellement systématique de leur gamme et l’obsolescence programmée : DD2.5/3/3.5/4… cela a aussi eu un impact direct sur les détaillants (comment ca la moitié de mon stock est devenue obsolète ?) et sur les joueurs (Quoi, encore une nouvelle version ?)
- Pendant ce temps, quelques dommages collatéraux ont emporté les magazines spécialisés : casus belli en premier, les autres ensuite. (Tiens, quels autres ?
)
Bref, pendant les 5-10 dernieres années le paysage commercial du JDR est devenu une zone de guerre ou seuls certains bunkers ont survécu.
Maintenant la fumée commence a se dissiper. Au loin on apercoit quelques bastions qui ont résisté à la guerre (Wotc, White Wolf, …) et un peu partout des survivants rassemblent leurs affaires : quelques indés qui font du gratuit ou du payant, quelques petites structures qui ont survécu un peu par hasard, …
Difficile de dire ce que sera le futur du jeu de roles
En même temps, peut-être que c’est un passe-temps de vieux croûtons comme nous et qu’il est normal qu’après 30 ans de JDR la page se tourne pour laisser place à d’autres loisirs ? ![]()