À quel prix ?

Bonjour,
Suite à la question du prix annoncé du jeu Crossing dans le sujet qui lui est consacré, je me permets d’ouvrir ce sujet.
Il semble que beaucoup de personnes, dont je fais partie, ont été surprises du prix annoncé de 30 euros. Je précise tout de suite que je n’ai jamais pensé que les éditeurs voulaient exagérer ce prix de vente pour gagner plus d’argent. J’ai, tout simplement, été très étonné. Pourquoi ?
Malgré l’argumentaire proposé, le prix d’un jeu, du point de vue de l’acheteur, est principalement lié à son contenu. Lorsque l’on nous annonce Crossing dans le même ordre de prix que, par exemple, Loony quest, Cash n’ guns, Colt express ou encore À la carte, on peut trouver cela curieux au regard du matériel proposé dans ces jeux par rapport à Crossing.
On parle alors de durée de développement. Mais cela ne concerne en rien le consommateur que je suis. Elysium qui vient de sortir est vendu 10 Euros de plus. Dois-je comprendre qu’il a été à peine plus compliqué de développer ce jeu ?
Prenons la gamme des petits jeux en boite métal édité par la société Cocktail games. Ils sont bien tous au même prix, non ? Pourtant, je ne pense pas qu’ils tous demandé le même temps de développement. Au niveau graphisme, par exemple, il y a eu forcément moins de travail sur Hanabi que sur les très nombreux dessins qu’il a fallu réaliser pour Speech.
Ou bien alors, il y a eu une erreur d’évaluation du coût par rapport à son prix de vente public. J’ai déjà vu ici certains éditeurs écrire que tel jeu proposé par un auteur n’était pas éditable car il serait, au final, trop cher à la vente. Le prix de vente étant bien, au bout du compte, directement lié à son coût de fabrication. Skull est vendu moins de 15 euros ; j’ai pourtant cru comprendre que son auteur a réfléchi plusieurs années sur ce jeu…
On le voit également sur un jeu, non encore disponible, concernant un certain barbare. Comment a-t-on attiré le client ? Par le matériel. Et si vous dépensez plus, vous aurez plus de matériel. Et si vous dépensez encore plus, vous aurez encore plus de matériel.
Maintenant ce n’est que mon petit avis. Si ces éditeurs sont persuadés de la valeur de leur produit, c’est, naturellement, leur choix de le vendre au prix qu’ils estiment être le bon. Au final, c’est le client qui juge.
« Cela va faire un carton, j’en suis sûr ! », « On verra… » réponds sagement Marc.

Cordialement.
Thierry

Là dessus il n’y a qu’une seule vérité, la vérité commerciale.
On a des jeux très chers qui se vendent très bien (Conan, déjà …). D’autres qui à mon avis pourraient se vendre autant s’ils étaient plus chers (Colt Express me vient à l’esprit).
J’imagine que le raisonnement se fait simplement comme ça : si je vends mon jeu avec une marge de 10 au lieu de 5, c’est que j’aurais deux fois moins de client ? Si c’est non alors il faut vendre à 10. C’est aussi con que ça (mais évidemment c’est pas facile à anticiper).

Il existe également une notion de prix spycologique.
C’est pour ça qu’on arrive à voir des Dobble à 19€ (soit le double d’un jeu poche de cocktail game pour le même matos) malgré la quantité à laquelle ils sont produits.
C’est aussi pour cette raison, à l’inverse, que des jeux comme Korrigans ne sont qu’à 37€ malgrés la quantité de matériel et le coût des moules pour les figurines qu’il a généré. Parce que les joueurs sont prèt à mettre bien plus cher lorsque c’est un jeu pour eux (adulte, voir les KS) mais pas si c’est pour jouer avec leurs enfants :-).

Pourquoi ne pas raisonner en terme de durée de vie ?
Y avait eu la question posée lors du débat sur le plagiat, évidemment qu’il y a la rémunération de l’idée mais mes gens regarderont toujours le matos du jeu quoiqu’il arrive et la qualité .
Le graphisme c’est autre chose , c’est un parti pris , le plus beau jeu du monde sera critique si le carton et le papier sont de mauvaise qualité.

Nous sommes aussi sur un forum de passionnés, et nous sommes pour beaucoup d’entre nous de gros acheteurs de jeux. On écume souvent les boutiques depuis quelques années.
Au final, avec “l’expérience”, rien qu’en regardant le genre de jeux et son matériel, on sait déjà dans quelle “catégorie” de prix il se situe: moins de 20€, plus vers 30€, au delà de 40€, proche des 80€, …
Forcément, dès qu’un jeu sort un peu de cette “norme”, il y a interrogation: pourquoi ce jeu est il si peu/trop cher par rapport à ce que les autres jeux de la même gamme proposent?

salut
C’est pas pour répondre sur la question de base, c-à-d le prix de Crossing (parce que je n’ai pas assez d’éléments pour me faire un avis), mais juste pour répondre sur un point de ton post, parce que c’est quelque chose qui revient souvent et que je ne trouve pas justifié.

Thierry Lefranc dit:Malgré l’argumentaire proposé, le prix d’un jeu, du point de vue de l’acheteur, est principalement lié à son contenu.
[…]
On parle alors de durée de développement. Mais cela ne concerne en rien le consommateur que je suis.

Bien sûr que si, m’enfin ! Quand tu achètes un jeu, tu ne payes pas juste des pions / plateaux / autres, tu es aussi concerné et intéressé par le boulot qu’il y a eu derrière, parce que ça fait partie de la qualité du jeu. Je pense que c’est le cas d’à peu près tout le monde ici, sauf celles et ceux qui sont fans de figurines et pour qui cet aspect a parfois plus d’importance que le jeu en lui-même (mécanisme, immersion, rejouabilité, etc.).
Après, libre à toi de penser que même en tenant compte du travail de développement, le jeu aurait pu être vendu moins cher. Je sais pas si c’est le cas, mais à mon avis il faut faire attention à ne pas raccourcir en disant “seul le matos doit être pris en compte pour fixer le prix”.

Il est quand même plus délicat de chiffrer le coût de développement “intellectuel” d’un jeu (désolé je trouve pas le terme adéquat :mrgreen: ) que son coût de production, car là, il y a un véritable coût de la matière première et du processus qui s’ensuit.
De plus, à mon sens (mais je me trompe peut être), si le coût de développement était si valorisé, certains jeux originaux se seraient vendus bien plus chers que leurs prix actuels.

Un autre point pas abordé ici est la pérennité de l’éditeur. Dans le wargame nous sommes bien plus habitués à acheter, souvent cher, quelques planches de pions en carton et une carte en papier. Les joueurs de plateau crieraient bien entendu immédiatement au scandale. Il se fait que dans ce hobby en particulier, l’effet de niche et donc le peu d’exemplaires de jeux vendus oblige à des prix plus élevés, ne serait-ce pour que l’éditeur puisse dégager une marge, aussi faible soit-elle, et puisse continuer son travail.
Il n’y a donc pas que des effets de matériel ou de “développement” (surtout que pour beaucoup les auteurs n’en vivent pas, il n’y a donc pas d’“amortissement” à prévoir sur des coups de développement).
Je rejoins également un commentaire précédent: si une planche de pions et une carte en papier m’offrent des centaines d’heures de jeu pour 60€ et bien pourquoi pas, ça reste bien moins cher qu’un gros jeu de plateau avec 200 figurines qui ne coutera “que” 150€ mais que je ne vais jouer qu’une fois…

Petite réponse rapide:
- Gemmes de bonne qualité (plus cher)
- Gemmes = plastique (plus cher)
- Gemmes = moule (plus cher)
- Plastique = China, donc on paie en dollars
- Rate Euro / Dollars en chute de 22% depuis début décembre (donc plus cher)
- 3 éditeurs = Donc on doit avoir une marge un peu superieure à la normal (donc plus cher)
- Le jeu n’est pas arrivé dans une boite aux lettres, mais a était découvert pendant le Tokyo Game Market, encore des frais.
- De belles illustrations, croyez moi c’est cher.
- Une belle boite en métal, plus cher, mais la différence de prix avec du carton et ridicule.
Et en plus on viens de baisser le prix à 25€. Et comme le dis Matthieu, on perd de l’argent sur le premier tirage. Et sur les suivants, pour info, je gagne BCP moins sur une boite de Crossing que sur un Marina ou Green Valley (à 12€), je vous laisse imaginer le truc.
Donc non un jeu ce n’est pas qu’une addition de ce qu’on voit, mais il y a pleins de parametres, dont pleins d’autres que je n’ai pas cité ici.
Certains jeux coute BCP en développement et pourtant au final ils ont le même matos qu’un jeu 30% moins cher.
Ce n’est pas toujours comme dans un jeu, on plante des cube vert et jaune pour en gagner des orange et bleu. Ce n’est pas si simple. Et puis les royalties des auteurs Japonais c’est autre choses aussi. AU final, c’est lui qui gagne le plus :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
Voilà voilà, je retourne à ma soirée +++

fafa dit:salut
C'est pas pour répondre sur la question de base, c-à-d le prix de Crossing (parce que je n'ai pas assez d'éléments pour me faire un avis), mais juste pour répondre sur un point de ton post, parce que c'est quelque chose qui revient souvent et que je ne trouve pas justifié.
Thierry Lefranc dit:Malgré l’argumentaire proposé, le prix d’un jeu, du point de vue de l’acheteur, est principalement lié à son contenu.
[...]
On parle alors de durée de développement. Mais cela ne concerne en rien le consommateur que je suis.

Bien sûr que si, m'enfin ! Quand tu achètes un jeu, tu ne payes pas juste des pions / plateaux / autres, tu es aussi concerné et intéressé par le boulot qu'il y a eu derrière, parce que ça fait partie de la qualité du jeu. Je pense que c'est le cas d'à peu près tout le monde ici, sauf celles et ceux qui sont fans de figurines et pour qui cet aspect a parfois plus d'importance que le jeu en lui-même (mécanisme, immersion, rejouabilité, etc.).
Après, libre à toi de penser que même en tenant compte du travail de développement, le jeu aurait pu être vendu moins cher. Je sais pas si c'est le cas, mais à mon avis il faut faire attention à ne pas raccourcir en disant "seul le matos doit être pris en compte pour fixer le prix".

Mouai enfin qu'elles sont les éditeurs qui "paient le prix de développement d'un jeu au temps passé par son auteur ?". (doit pas y en avoir des caisses)
Si le fait que machin qui a passé 10 ans à peaufiner son jeu fait qu'il prend plus de bénéfice sur chaque boite que machin qui a passé 6 mois sur son dernier jeu, une différence de prix sur ce genre de critère se comprendrait, mais ce n'est pas le cas.
Shindulus dit:
Si le fait que machin qui a passé 10 ans à peaufiner son jeu fait qu'il prend plus de bénéfice sur chaque boite que machin qui a passé 6 mois sur son dernier jeu, une différence de prix sur ce genre de critère se comprendrait, mais ce n'est pas le cas.

Bah le développement ca coute, encore une fois il y a plein de parametres, par exemple lorsque Moonster Games développe un jeu, il y a à prendre en compte:
- Cout découverte (salon étranger ou pas, rémuneration intermédiaire, etc.)
- Cout PAO, je travaille avec un studio extérieur pour cela.
- Cout Design, je travail aussi avec un studio extérieur pour cela (ian).
- Tests, soit environ 100 à 200 parties. On invite des gens, on paie des verres, on fais des protos couteux, on envois des protos, etc...
Bref encore une fois, lorsqu'on part de zero sur un jeu, cela peux chiffrer très vite.
Manu
Kong dit: Et puis les royalties des auteurs Japonais c'est autre choses aussi.

Il y a tant de différences que ça avec la France ?

Je ne pense pas qu’on parlait de la même chose, perso je ne remet pas en cause les coûts une fois qu’un éditeur se met à chiffrer ce que lui coute un jeu.
Je parlais de la “valorisation” du développement du jeu par l’auteur au sens décrit par les intervenants précédents. Et cette valorisation à moins qu’elle ne soit directement prise en charge par l’éditeur ne peut pas rentrer dans le coût d’un jeu. Quels sont les éditeurs qui peuvent prendre le risque d’intégrer un tel coût dans leurs productions ou qui ont ne serait que les moyens d’intégrer de tels coûts ? (à la limite pour un auteur vedette mais ce n’est pas “généralisable”) Quels éditeurs paient des auteurs à passer du temps dans leur “bureau” pour imaginer un jeu ? Quels éditeurs paient plus chère un jeu parce que l’auteur leur dit qu’il a passé 6 ans à élaborer le proto qu’on vient leur présenter…

Cher Monsieur,
Il ne faut pas perdre de vu que lorsque l’on parle du coût du matériel, à la base, ceux qui fabriquent les pions factures aussi des trucs incroyables comme le temps des ouvriers, le prix des machines, l’entreprise de nettoyage qui lave le sol de l’usine, les gardiens la nuit, les comptables, le loyer, la lumière, le coût de dev des machineries… Des fous en sommes qui s’en mettent plein les fouilles :lol:
Ceci étant, c’est un débat philosophie complexe et intéressant. Qu’est ce qui fait un prix ? Qu’est ce que l’on mets comme acte dans l’achat d’un objet, d’un service… Matérialisé ou pas… L’impact d’une normalité et l’effet hors norme… Un “Smallwordl” à 350€ c’est dingue, et pourtant, à la vue de la vidéo nombreux sont ceux qui ont regretté de ne pas avoir craqué… Monsieur Guido, notre allemande de service, nous expliquait que dans son pays, celui qui a inventé le LIDL et ALDI, les gens sont à la recherche en permanence du prix le plus bas, quitte à manger moins bien, à s’habiller moins bien et, forcément à jouer moins bien.
Il nous disait, en caricaturant légèrement, que si vous proposez à un allemand 2 jeux, l’un pas terrible, voire pas bon, à 10€, et de l’autre un jeu excellent, exceptionnel, l’un des meilleurs du monde mais à 12€, la majorité des gens prendrait celui à 10€ parce qu’ils auront économisés 2€. Les allemands font cela pour la nourriture, d’où, comme je le disais, la prolifération de hard-discount dans leur pays… Alors que chez nous, on n’hésite pas une seconde, on prend le jeu à 12€… Parce que pour 2€ de plus, on a celui qui est très bon… Ce sont des paramètres à prendre en compte quand on cherche le juste prix…
Bien à vous
Monsieur Phal

Je n’avais pas du tout cette vision de l’allemand (BMW, Mercedes, etc.) je dis sans ironie, hein, vraiment je n’avais pas cette vision (j’ai fais espagnol en lv2).

Le prix final d’un jeu est calculé par la prise en compte des coùts variables (coùt de fabrication, de licence, droits d’auteur) et des coùts fixes (illustrations, moulles des figurines, outillage, transport, comm’, développement) à amortir sur un ou deux tirages (prise de risque de l’éditeur).
Comme je le disais précédemment il y a aussi un prix spycologique. C’est à dire le prix qu’est prèt à mettre un joueur pour un certain type de jeu : taille de boite (gros = cher, petit = pas cher), matériel (carte = pas cher, figs = cher), type de public (core = cher, enfant = pas cher), durée de partie (courte= pas cher, longue = cher).
Ce prix spycologique va donner une sorte de cahier des charges de fabrication du jeu pour que le jeu devienne éditable (c’est à dire commercialisable) ou non. Par exemple, si incorporer un gadget sympatique dans la boite fait que le prix du jeu dépasse le seuil spycologique la question va se poser de savoir si on garde le gadget parce que c’est lui qui fait tout l’attrait du jeu, ou si on l’enlève parce que l’essentiel du jeu est ailleurs.
Tout ça ce sont des choix éditoriaux et à la fin, comme l’a dit Reixou c’est le marché qui dit si le prix était le bon ou non.

Monsieur Phal dit:
Il nous disait, en caricaturant légèrement, que si vous proposez à un allemand 2 jeux, l'un pas terrible, voire pas bon, à 10€, et de l'autre un jeu excellent, exceptionnel, l'un des meilleurs du monde mais à 12€, la majorité des gens prendrait celui à 10€ parce qu'ils auront économisés 2€. Les allemands font cela pour la nourriture, d'où, comme je le disais, la prolifération de hard-discount dans leur pays... Alors que chez nous, on n'hésite pas une seconde, on prend le jeu à 12€... Parce que pour 2€ de plus, on a celui qui est très bon... Ce sont des paramètres à prendre en compte quand on cherche le juste prix...

Monsieur Phal, il n'était point besoin de dépeindre l'allemand comme un pingre pour faire passer le propos, présenter le français comme un matérialiste aimant montrer ce à quoi il dépense son argent aurait été tout aussi efficace :D.
Par exemple le français n'aime pas utiliser les doggy bag, parce que ce n'est pas très classe, non, il préfère savoir que le restaurateur jette ses restes aux ordures.
Quand Guido dit cela c'est surement avec un peu cet esprit moqueur là derrière, mais bon le français est bien assez fière le nez pointé vers le ciel pour ne pas voir la subtile remarque ;).
Monsieur Phal dit:Il nous disait, en caricaturant légèrement, que si vous proposez à un allemand 2 jeux, l'un pas terrible, voire pas bon, à 10€, et de l'autre un jeu excellent, exceptionnel, l'un des meilleurs du monde mais à 12€, la majorité des gens prendrait celui à 10€ parce qu'ils auront économisés 2€.

Ah bin d'accord, on a enfin la réponse, c'est donc pour ça qu'ils ne se font jamais chier avec les illustrations ! :mrgreen:
Monsieur Phal dit: Monsieur Guido, notre allemande de service

Vindieu ! :D

Ilopeli bosse sur un jeu à base de dyslexie ? huhu