Je fais moi aussi partie des déçus, pas de ceux qui ont été frustrés de ne pas y avoir trouvé de “bible” explicative de l’univers Alien, mais plutôt de ceux qui regrettent le défaut de certaines qualités cinématographiques, notamment narratives, qui font basculer le film dans la catégorie des séries commerciales à la production un peu trop présente, avec des objectifs mercantiles un peu trop évidents et qui, à mon sens, gâchent quelque peu le propos du film.
Pour faire court et reprendre ce que je dis dans le sujet des spoilers, on retrouve de manière frappante ce qui a fait la qualité et les défauts de Lost : le mystère omniprésent, la recherche du mythe et de ses clés, mais aussi les pistes balancées dans tous les sens, sans cohérence apparente, et qu’on espère voir se raccorder proprement à la fin de l’histoire sur la foi d’une promesse de l’auteur (“si si, vous allez voir”).
Ceci dit, parmi les pistes amorcées dans cette histoire, certaines trouveront certainement à s’épanouir de manière intéressante dans les films suivants. Je pense notamment à la question des androïdes chers à Scott, avec le corollaire de “qui m’a créé et pourquoi ?”, qui trouve un écho dans la quête des origines initiée par les explorateurs… humains et synthétiques face à la même question, mais avec une approche différente. Là, il y a certainement une histoire dans l’histoire.
Après, le film reste assez impressionnant par ses effets spéciaux (à part la 3D, mais bon, c’est pas comme si on ne le savait pas), mais je reste tout de même sur une drôle d’impression. J’ai du mal à l’exprimer comme ça, mais ça me fait penser à un truc : Shakespeare commençait ses pièces en demandant à ses spectateurs de bien vouloir lui accorder une crédulité toute temporaire pour faire fonctionner l’histoire qu’il s’apprêtait à présenter sur scène (“the willing suspension of disbelief”, il appelait ça). Ca permettait d’estomper les petits défauts de la narration, de pardonner de petits raccourcis pris au service de l’histoire… mais avec la certitude de voir la boucle se boucler en fin de spectacle, et de voir le sens enfin apparaître derrière l’artifice théâtral. Sauf que là, lorsque Ridley Scott me demande de maintenir cette crédulité carrément 1 an ou 2 jusqu’au prochain opus, je me demande s’il n’abuse pas un peu d’un “disbelief” que je rechigne de plus en plus à lui consentir.
Et malheureusement, une fois le film terminé, j’ai l’impression assez nette de m’être fait balader par un mec qui utilise la promesse de révélations à venir comme un appât pour vendre son prochain film, ni plus ni moins. On se dit qu’on a passé un bon moment devant l’écran, qu’il y a de l’ambition, du budget toussa, mais on reste frustré d’en retirer si peu au final par rapport aux questions que le film place comme centrales.
D’où ma relative déception, qui n’a rien à voir avec un éventuel passif de fanboy ou de hater, que ce soit d’Alien ou de Lost. C’est juste que je dois pas avoir le “disbelief” assez souple pour faire un grand écart aussi prolongé que celui demandé par M.Scott.