Tu m’étonnes qu’il y aurait pas mal de réserves à avoir comme souvent avec les etudes comportementalistes; c déjà le cas pour les adultes alors les enfants.
J’avais entrevu ce chiffre dans un livre et c’était resté dans ma mémoire mais voilà ce que j’ai pu retrouvé.
Effectivement, @aleph71 a raison, ca va plutôt dans le sens de l’entraide globalement.
la frontière entre la coopération simple (où tout le monde gagne) et l’altruisme pur (où l’enfant doit perdre quelque chose pour que l’autre gagne).
Chez les tout-petits, le partage “coûteux” est beaucoup plus rare et apparaît plus tard que l’aide instrumentale. Voici les études clés qui ont décortiqué ce comportement :
1. Blake et McAuliffe (2011) : L’aversion à l’inégalité
Cette étude a examiné comment les enfants réagissent face à une distribution inégale de bonbons.
- L’expérience : Deux enfants sont assis face à une machine qui distribue des bonbons. L’un des enfants a le pouvoir d’accepter ou de refuser la distribution pour les deux.
- Le résultat : * Inégalité défavorable : Dès 4 ans, les enfants rejettent une offre où ils reçoivent moins que l’autre (par exemple : 1 pour eux, 4 pour l’autre). Ils préfèrent que personne n’ait rien plutôt que d’être lésés.
- Inégalité avantageuse (le vrai coût) : Ce n’est que vers 8 ans que les enfants commencent à rejeter une offre où ils reçoivent plus que l’autre (par exemple : 4 pour eux, 1 pour l’autre).
- Conclusion : Le sacrifice personnel pour rétablir l’équité est une norme sociale qui prend des années à s’internaliser.
2. Ibbotson (2014) : Le coût de l’effort vs le coût de l’objet
Cette recherche montre que les enfants de 3 ans sont plus enclins à partager s’ils ont dû travailler ensemble pour obtenir la récompense.
- L’expérience : Deux enfants doivent tirer sur des cordes pour faire apparaître des autocollants.
- Le résultat : Si les autocollants apparaissent “par magie”, l’enfant qui en a le plus a tendance à tout garder. Mais si les deux enfants ont dû collaborer pour activer la machine, celui qui reçoit “trop” d’autocollants partage spontanément avec son partenaire pour égaliser les gains.
- Conclusion : Le partage coûteux est facilité par le sentiment de mérite partagé.
3. Chernyak et Kushnir (2013) : Le “Choix de donner”
Une étude fascinante sur la psychologie du don chez les enfants de 3-4 ans.
- L’expérience : On demande à un enfant de donner un autocollant à une marionnette triste.
- Groupe A : On l’oblige à donner.
- Groupe B : On lui laisse le choix (choix coûteux).
- Le résultat : Plus tard, on offre aux enfants une nouvelle occasion de partager. Ceux du Groupe B (qui ont choisi de donner librement la première fois) sont beaucoup plus généreux que ceux que l’on a forcés.
- Conclusion : Se voir comme une “personne qui partage” (identité pro-sociale) renforce l’altruisme coûteux futur. Le libre arbitre est la clé.
4. Silk et al. (2005) : La comparaison avec les chimpanzés
Pour comprendre si ce comportement est spécifiquement humain, les chercheurs ont comparé des enfants et des chimpanzés.
- L’expérience : Le sujet doit choisir entre deux leviers. Le levier 1 donne de la nourriture au sujet seul (1,0). Le levier 2 donne de la nourriture au sujet ET à un partenaire (1,1). Le coût est nul pour le sujet.
- Le résultat : Les chimpanzés choisissent souvent au hasard (ils se fichent que l’autre mange ou non). Les enfants humains, dès 3-4 ans, choisissent massivement l’option (1,1).
- Conclusion : L’humain possède une préférence intrinsèque pour le bien-être d’autrui, même quand cela ne lui rapporte rien de plus, contrairement à nos cousins primates.
Pourquoi le partage est-il si difficile à 2 ans ?
Les psychologues pointent deux obstacles majeurs :
- L’attachement à la possession : À 2 ans, l’objet fait partie du prolongement du “Soi”. Donner son doudou, c’est un peu perdre un morceau de soi-même.
- L’absence de perspective temporelle : Un tout-petit ne comprend pas forcément que s’il donne son jouet maintenant, il pourra le récupérer plus tard ou en recevoir un autre. Pour lui, le don est “définitif”.
Quant au chiffre de 17%
Le chiffre de 17 % ne correspond pas à une “nature humaine” fixe, mais il apparaît effectivement dans certaines études spécifiques sur le partage spontané et coûteux chez les très jeunes enfants.
Il ne s’agit pas d’une erreur, mais plutôt d’un résultat contextuel qu’il faut manipuler avec précaution pour éviter de conclure que 83 % des enfants sont “égoïstes”.
D’où vient probablement ce chiffre ?
Ce type de pourcentage (souvent situé entre 15 % et 20 %) ressort régulièrement dans les protocoles de Warneken et Tomasello ou de Dunfield, spécifiquement lorsqu’on teste le “partage d’un bien propre” (pro-social sharing) plutôt que “l’aide physique” (instrumental helping).
- L’aide (80-90 %) : Si un adulte fait tomber un objet, la grande majorité des bébés (environ 80 %) va aider. C’est “gratuit”.
- Le partage (15-20 %) : Si l’enfant possède des autocollants ou des biscuits et qu’il doit en donner un à un adulte qui exprime un besoin, le taux de réponse spontanée chute drastiquement aux alentours de 15 % à 20 % chez les enfants de 18 à 24 mois.
Pourquoi ce chiffre est-il si bas ?
Les chercheurs expliquent ce “17 %” par trois facteurs qui ne sont pas liés à un manque de moralité :
- Le coût personnel : À cet âge, la perte d’une ressource est vécue intensément. L’enfant peut être empathique (il voit que l’autre est triste) sans pour autant être prêt à se sacrifier.
- La compréhension de la requête : Souvent, l’enfant ne comprend pas que l’adulte veut l’objet. Il pense que l’adulte fait juste un constat (“Oh, je n’en ai plus”).
- L’inhibition : L’enfant peut être paralysé par la situation sociale ou attendre une permission explicite de ses parents pour donner.
Le basculement vers 3-4 ans
Si l’on reprend ce même test avec des enfants de 3 ou 4 ans, le chiffre remonte significativement. L’altruisme n’est pas une donnée binaire (on l’a ou on ne l’a pas), c’est une capacité cognitive qui se développe :
- Il faut d’abord reconnaître l’émotion de l’autre.
- Il faut comprendre que l’on possède quelque chose que l’autre n’a pas.
- Il faut réguler sa propre frustration de perdre l’objet.
En résumé : Le chiffre de 17 % est réaliste si l’on parle de partage spontané et coûteux chez les moins de 2 ans. Mais il grimpe en flèche dès que l’action est simple (aider à ramasser) ou que l’enfant grandit.