popoff dit :Moi, si j'ai une question pour Sir Louinet, histoire de s'occuper en attendant l'atterrissage des boîtes…
J'ai pas beaucoup lu de nouvelles de l’Ultime Barbare, hormis le recueil « Les clous rouges », et j'ai eu l'impression qu'un des procédés d'Howard, pour distinguer Conan de tous les autres personnages (sachant qu'il reste le pj principal sans être toujours l'actant majeur) est que l’on n’entre jamais dans sa tête.
Je veux dire que le récit nous apprend souvent ce que pensent et ressentent les personnages secondaires (notamment les femmes, à travers une gamme d’émotions qui, pour la plupart, correspondent aux clichés de l’époque : peur, désarroi, désir…). Alors que pour Conan, ça se limite au domaine animal et sensoriel : ce qu’il voit, sent, entend, etc. + quelques motivations principales (genre trouver le trésor, buter le sorcier) qui se seraient de toute manière facilement déduites du contexte.
Du coup, ça fait de lui un personnage + monolithique et qui paraît invulnérable, supérieur à tous ceux qui l’entourent, lesquels nous sont cependant + proches, parce que l’on a accès à leurs pensées et que l’on peut plus facilement éprouver de l’empathie. Le barbare, lui, paraît appartenir à une autre espèce, dont les pensées restent opaques à nous autres, faibles quidams. Ce qui explique la fascination qu’il exerce encore aujourd’hui, alors que c’est un personnage au fond assez plat, que ses qualités athlétiques et sa brutalité suffisent à définir (avec son manque total de sens de l’humour ;)
NB avant qu’on m’envoie une volée de bois vert : j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture des nouvelles, et c’est pas parce qu’un personnage est plat qu’il est raté, suffit de regarder Star Wars pour s’en convaincre…et autres smileys "pas taper".
Et du coup je me demande si c’est un procédé avéré, ou si c’est moi qui spécule et délire…
Hello Mr. Popoff,
c'est une assez bonne analyse dans l'ensemble! :) Mais je vais évidemment la nuancer.
Déjà, la différence entre actant majeur et perso principal est effectivement ultra importante, voir notamment "Une Sorcière viendra au Monde", où Conan fait quasiment tout, mais en coulisses.
Conan est effectivement un personnage monolithique, mais nouvelle par nouvelle, pas au niveau de l'ensemble des textes (il n'est pas le même d'une nouvelle à l'autre, mais il est toujours le même à l'intérieur d'un même texte, selon ce que veut raconter Howard). Pas d'humour? Rhooh, l'aut". Quand il jette la fille qui l'a trahi dans la fosse à purin au lieu de la tuer, c'est quand même une vengeance drôle.
Tout ceci ne veut pas dire qu'il n'évolue pas au sens "plat", mais qu'il n'a pas vocation à évoluer. Il est ce que les anglo-saxons appellent un "given": un James Bond, un Dirty Harry, etc. là encore des perso principaux qui ne sont pas le centre d'intérêt de l'histoire. Conan étant ce qu'il est, il force, ainsi que tu le notes, les autres personnages à se définir vis à vis de lui. Il est un révélateur et un catalyseur.
Quand tu parles du côté invulnérable, c'est exactement ça. Regarde dans "Au-dela de la Rivière Noire": Conan y est quasi-invulnérable, mais lorsqu'il entraîne les colons dans un raid, tous vont crever du fait de son mauvais jugement. Tout sauf lui. Et après ce sera au tour des autres. Il est en fait pareil aux Pictes, ce qui fait que nous autres lecteurs nous identifions bien vite à Balthus, aux colons, etc.
Tout ça avant le café du matin!