Jones dit:soze dit:
3) Les négociations sur la flexibilité de l'emploi sont passées comme une lettre à la poste pendant que tout monde s'excitait sur le mariage gay. Autre exemple de diversion montée en épingle.
Ok, je vais élargir le débat au moins sur ce point puisque je le connais.
J'ai ma propre boite, je me développe mais pas trop, pourquoi ? Parce que je ne veux pas embaucher sur un secteur économique vacillant. Et pourquoi ça ? Parce ce que si le marché se retourne complètement, je licencie et je coule la boite pour payer le licenciement. Parce que si je ne suis pas trop con, je lis mes chiffres, je licencie avant le mur, sauf qu'en France, on peut pas. Certains de mes clients ont licencié avant d'être dans le mur, deux ans après, il paient encore les licenciements et peinent à s'en sortir et maintenir les emplois existants.
Et voilà comment, parce que des grosses boites abusent (et encore, je pense qu'on exagère grandement, ce sont des cas extrêmes qui ne représentent certainement pas la majorité), on freine l'économie artisanale, interne, par une sur protection des salariés, et ça, c'est très français. Ce qui est très bien dans le cas de groupes internationaux qui abusent ouvertement, mais l'est nettement moins dans 90% des cas.
Sauf que ça, pour s'en rendre compte, faut avoir sa boite. Quand j'étais salarié, je ne pouvais pas comprendre, impossible, "tous des cons ces patrons".
Mouaih. Je comprend tes arguments. Sauf que la PME et le petit artisan c'est souvent l'argument qui est évoqué pour faire passer des lois sur la flexibilité et faire baisser les charges sociales. Sauf que cela pose plusieurs problèmes à mon sens.
1) C'est appliqué à toutes les entreprises, avec parfois des dérives vraiment dégueulasses. Genre travail en sous-effectif.
2) La flexibilité existe déjà . ("En 2011, sur 20,7 millions d’embauches hors intérim enregistrées, 84% ont été des CDD et à peine 16% concernent des CDI, note l’Acoss, l’organisme collecteur des cotisations Urssaf." lit-on sur Slate). Sauf que l'idée j'ai l'impression c'est que le coût de cette flexibilité passe des entreprises (prime d'interim, prime de précarité du CDD) à l'état et aux salariés.
2 bis) Est-ce qu'on est bien sûr que plus de flexibilité créerait plus d'emploi ? Pour moi c'est une vaste blague. Ou est-ce que le mal n'est pas plus profond ? C'est à dire qu'il n'y a tout simplement plus assez d'emploi pour tout le monde ? Non, la flexibilité est, amha, là pour augmenter les profits. Point. On parie que quand ce sera fait, et que ça ne marchera pas, c'est le salaire minimum qui sera remis en cause ? Dans ton exemple, ce n'est pas le salariat qui est en cause, mais plutôt le fait que le marché est vacillant. Il y a plusieurs analystes qui vont dans ce sens.
3) Est-ce que ce n'est pas une manière de reporter une partie du risque entreprenarial sur l'état qui devra gérer les périodes entre l'emploi ? On est dans une logique d'efficience maximale. Un salarié ne devrait pas coûter trop cher et être dans des positions où il est pressuré à fond n'ayant une utilité que quand il produit à fond. Il n'est intéressant que quand il produit.
4) Le problème à mon sens dans le fait de faciliter les licenciement n'est pas dans ceux qui sont licenciés mais sur la pression que cela va produire sur ceux qui restent, et ce que cela va les conduire à accepter. En tout cas, c'est mon mode de lecture de dispositifs actuels qui conjuguent la rupture conventionnelle de contrat / l'évaluation du personnel et qui sont très pervers.
5) Cela est corrélé au débat sur l'allongement de durée de cotisation pour la retraite. Le problème ce n'est pas qu'on ait à travailler tard ( on vit plus longtemps, on travaille plus longtemps, j'adhère, sauf pour des professions éprouvantes), comme on l'entend souvent. Le problème c'est que l'on tend vers des carrières de plus en plus découpées. La facilité de licenciement va toucher qui ? Les cadres en pleines bourre entre 25 et 45 ans ? Ou alors les marges ? Dès lors, comment on finance les retraites ? La sécurité sociale ? On augmente les impôts ?
6) L'idée de fond, la philosophie sous-jacente est toujours un peu la même: face à un problème structurel trouver des marges des manœuvre (TVA, flexibilité, recours à la facilité d'endettement, prise en charge par l'état du coût des licenciement et des fluctuations du marché, baisse des charges sociales, exonérations, etc.) sur la masse. Alors que dans le même temps, on constate que la richesse produite augmente mais est captée par une fraction de plus en plus faible de la population qui n'est que peu ou pas taxée.
7) Et le problème c'est que quand tu dis qu'il faudrait prendre l'argent là où il est, que le risque devrait être plus partagé, tu passe au mieux pour un rêveur dans un monde mondialisé. Renvoyer dos à dos patron et ouvriers, c'est un peu facile. Alors que le vrai problème à mon sens c'est la taxation de la rente, de la spéculation, et de tout ce qui n'est pas directement lié à production. J'avais lu un truc sur le fait que de moins en moins de salariés vont être nécessaire pour produire de plus en plus de richesses. Le problème n'est pas que les salariés coûtent moins cher, c'est un problème de redistribution, non ?
Je ne parle pas des cons de patrons, je dis juste qu'à un moment on va avoir un problème (par exemple, si les CDD augmentent et que l'accès au logement est très largement conditionné au CDI, à moins d'être le fils de Fabius). Et si la population se précarise de plus en plus, comment on va augmenter la consommation et donc l'emploi (si l'on suit la logique actuelle) ? Par le recours à l'endetement ? Par l'intervention de l'état ? Par l'augmentation des impôts ? Sans rire ? Est-ce qu'à un moment cela ne va pas nous péter à la gueule l'argent qui a été injecté de manière massive pour favoriser des prêts sur 25 ans pour l'accès au logement (une subvention qui au final profite surtout aux banques et aux promoteurs, mais sont à double tranchant pour les pékins de base) et la construction des Robien, etc. ? Genre un deuxième effet kiss cool comme on assiste pour la prime à la casse automobile ? Là encore, c'est la masse qui a financé l'enrichissement des patrons automobiles sous couvert de maintenir l'activité et l'emploi. Avec le résultat que l'on sait.
On assiste quand même à un mouvement de déconstruction assez massif. Mais en fait, ce qui me dérangeait, ce n'est pas tellement ça, c'est plutôt la place massive accordée au mariage pour tous aux dépens des vrais questions. C'est vraiment amusant comme un gouvernement de gauche peut faire passer des réformes qui feraient hurler s'il était de droite. Tout ça parce qu'ils ont agité un sujet bien clivant. Ça c'est vraiment beurk. Fin de la parenthèse.