La semaine du Pouic #127 : la possibilité d'une Ile

Difficile de faire une intro qui ne parle pas de la canicule. L’année scolaire se termine, avec les derniers jours d’école, les dernières épreuves pour ceux qui en ont, les vacances qui se préparent… c’est un peu la course dans tous les sens, et ça ne s’arrange pas avec cette Semaine du Pouic que je rédige un dimanche soir à minuit.

Photo par Marinca Liviu, sur Pexels.

Donc voilà, service minimum cette semaine. C’est physiologique, je crains le chaud, et je perds 10% d’efficacité rédactionnelle par degré au-dessus de 28°C. Faites le calcul, et vous comprendrez que rédiger ces lignes est déjà un effort surhumain, et je suis clairement trop cuit pour faire une intro digne de ce nom.

Passons donc directement à la suite, et voyons-voir d’où vient le titre de cette semaine…

:newspaper: Dans l’actu cette semaine

  • Cuits, ils l’étaient eux aussi, les 14 000 visiteurs de Paris est Ludique. Le salon, qui vient de fermer ses portes, a connu une petite chute de fréquentation (19 000 l’an dernier). On comprend aisément pourquoi, réputé qu’il est déjà en temps normal pour ses grandes chaleurs. On salue les courageux bénévoles, de PEL et des autres festivals des derniers week-ends, qui ont assuré comme des bêtes sous le cagnard pour faire tourner ces évènements, bravo à eux.

  • Moins drôle comme nouvelle, le distributeur Atalia nous apprend via ses réseaux (ici Facebook) qu’ils traversent une période financièrement très difficile, et que leur stand à Paris Est Ludique a dû être annulé ; Cesare Mainardi étant tout de même venu au festival à titre personnel. Temps difficile pour les petits distributeurs indépendants, on croise les doigts en espérant que passe la vague.

  • Pendant ce temps, Rio Grande Game annonce une … 14ème (!) extension pour Dominion, ce vieux papy toujours vaillant. Sobrement appelée “Arcana” elle propose 500 cartes à explorer avec une nouvelle mécanique d’évolution. Alléchant, mais pas encore d’annonce pour une version française. Je le dis sans malice, mais il est certain qu’avoir un “long seller” inoxydable, ça aide un peu.

:hot_pepper: Les sujets chauds du forum

Pfiouuu oui, c’est sans doute la chaleur, mais cette section n’a jamais aussi bien porté son titre. Si vous voulez lire des trucs, vous pouvez faire un tour dans la section “Vous dites ?” du forum. En effet, il y a de la lecture cette semaine, ça poste comme des pièces de Tetris au niveau 50. C’est chimique, la chaleur accélère la vitesse de réaction et diminue la vigilance à tourner 7 fois ses doigts sur son clavier avant de poster…

Cela dit, l’ami @prosper_manganate nous a tout de même posté un manifeste intéressant : les 10 droits imprescriptibles du joueur, avec un savant mélange de sujets sérieux réhaussé de quelques traits d’humour, et forcément ça déclenche des débats :

:spider_web: Ailleurs sur la toile

On arrive à la nouvelle qui a donné le titre à cette Semaine du Pouic. Il y a du mouvement, voire un sacré raz-de-marée pour Spirit Island, un des meilleurs jeux solo/duo de tous les temps (en théorie ça se joue jusqu’à 6, il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…).


Oui, il y en a qui ont vraiment tenté ! Photo Hugo Cruz Montt sur BGG.

Ainsi, une longue lettre de son créateur R. Eric Reuss repostée sur BGG laisse entrevoir de gros changements à venir dans l’édition de ce jeu déjà culte.

Pour la faire courte :

  • l’éditeur du jeu Greater Than Games a fermé ses portes, sur décision de la maison-mère : Flat River Group, qui a viré tout le monde.
  • R. Eric Reuss est parti avec son bébé, mais Flat River Group en conserve une partie de la propriété (ah, les petites lignes des contrats…).
  • Les deux parties ne s’entendent pas aujourd’hui, et l’auteur a refusé de payer la somme demandée par l’éditeur (trop élevée selon lui) pour récupérer illustrations et charte graphique. Ça arrive malheureusement lorsqu’on a pour interlocuteur des avocats qui pensent avoir un bout de poule aux œufs d’or.

Ainsi, Spirit Island va continuer à exister, mais chez un autre éditeur encore non défini, et sans les illustrations ni l’iconographie actuelle. Le projet à terme est donc une espèce de V2 avec nouvelles illustrations et iconographie. Seulement, tout ça n’est pas encore prêt, l’auteur travaillant actuellement sur la dernière grosse extension des “Dahans”, et qui sera très certainement commercialisée avant cette v2 globale.
Il réfléchit donc à un pack d’upgrade avec a minima les cartes du jeu et extensions actuelles mises à jour (pour avoir des dos de carte identiques).
On pense un peu à 7 Wonders qui a également connu une version 2 mise à jour graphiquement avec les extensions futures uniquement en v2…

Tout ça laisse songeur sur les détails de propriété intellectuelle dans le monde ludique, et ce qui se passe lorsqu’un auteur “change d’auberge” pour son jeu. En principe, et c’est le cas ici, les contrats et autres documents légaux comportent tous les détails. Mais ça peut mener à une telle situation où un auteur doit faire une croix sur toute une partie de son jeu (ici, les assets graphiques, qui ne seront plus commercialisés en l’état) s’il veut continuer à le développer.
Le cas présent va être intéressant à suivre, mais vu le succès (100 fois mérité) du jeu, je ne me fais pas trop de soucis.

:drum: Le meme de la semaine

Ça vous avait peut-être échappé, les soldes ont démarré, avec quelques bonnes affaires, qui sont très souvent en stocks bien limités. L’ami @prosper_manganate était au taquet, et @erlin illustre ça de bien belle manière :

De mon côté, j’ai pu pêcher un Pirates de Maracaibo soldé à 15€ juste avant qu’il ne passe hors stock. Mais le jour même : plusieurs annonces d’occasion pour ce titre sont arrivée sur un site d’occasion bien connu, au prix judicieusement augmenté de 10€. Coincidence ? Hmmm, l’humain me surprendra toujours…
En tous les cas, l’ami @prosper_manganate (encore lui !) s’est fait plaisir comme le montre si bien l’ami @erlin avec son image…

:game_die: Et znokiss, il joue à quoi ?

Plusieurs petits jeux de carte ici et là :

SAN, un deckbuilding en duo avec 3 conditions de victoire immédiate à surveiller, comme sur un 7 Wonders Duel. Le jeu est assez rapidement expliqué (pour peu qu’on gère les bases de ce gameplay), et finalement rapidement joué, la monté en puissance est explosive. Très plaisant.
J’ai également pu m’adonner à quelques parties de Chouineurs, boite aimablement parachutée par @le-zeptien à qui je ne manquerai pas de faire un retour plus détaillé cette semaine.

Mais sinon, ça joue relativement peu, pour des raisons météorologiques déjà évoquées ci-bas, favorisant plutôt chez moi une sorte de léthargie peu déclencheuse de folies ludiques.
Il semble que ça fraîchisse très légèrement, l’occasion de réussir à nouveau à sortir quelques grosses boites…

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Oui, bravo à eux, mais c’est dommage en effet. :sweat:
14 000 visiteurs, c’est ce que fait Sortons jouer à Montpel’, mais sur deux jours dans un lieu couvert néanmoins, si bien que je me dis “Hé…on se débrouille pas mal ici !” Peut-être aurons-nous un jour l’honneur de voir des membres du CNRL nous accorder quelques attentions, peut-être pour le prochain festival… après tout, quand on peut aller à Cannes, on peut venir à Montpel’ aussi hein…(pouic qui sifflote).
Bon et bien, j’attends de voir le sieur Znokiss chouiner…je prépare mon mouchoir, je suis un garçon très sensible… :grin:

Le Pel dont on felicite les bénévoles, mais dont on peut aussi feliciter les animateurs même s ils sont payés. On ne parlera pas de tous ceux, celles qui se plaignent, souffrent, qui se demandent pourquoi ils sont la, la cause a cette installation caduque, de tentes plastiques sur sol de beton. Chaleur, canicule, vent qui retournent les tentes. Cette année pire encore. Oui, continuez mais pitié…ailleurs


Tiens il y a un pigeon ! Mr Goodies est passé dans le coins ?
:wink:

j’y connais rien sur le jds,
mais sur l’oeuvre littéraire, l’auteur (s’il n’a pas profité d’une “plume” payé par l’éditeur ) reste indéfiniment seul propriétaire de son oeuvre : l’éditeur n’a qu’un “copyright”, un droit d’imprimer et diffuser, selon des conditions limitées
par contre, comme l’affaire Grasset l’a mis en lumière, le contrat lie l’auteur à son éditeur, tant qu’il respecte les clauses, il est seul détenteur de ce copyright, quand bien même l’auteur est fâché
…mais à partir du moment où l’oeuvre passe en “arrêt définitif de commercialisation”, l’éditeur viole ce contrat, ce qui advient en moins de 10 ans en général

dans le jds, si j’ai compris ce que je lis dans les retours d’expérience de ceux qui ont été édités, l’éditeur de jeu est quasiment un co-auteur :

  • il crée toute la D.A. et finance l’infographie (ce qui est elle-même une propriété intellectuelle à part entière) ;
  • il dirige des changement d’univers du jeu / de règles / de gameplay : en cela il ressemble à un co-auteur
  • il rédige les livrets de règles, avec les illustrations : il est ici carrément auteur du livret

c’est chaud dans ces conditions, pour l’auteur, de conserver quelque chose de son bébé !!
[et là j’aimerais beaucoup lire des retours de gens qui sont dans l’édition de JDS ! ]

moi je trouve géniale la démarche des Fryxelius :
le type a tout créé en famille, y compris sa maison d’édition, pour conserver toute la P.I. en propre et la liberté de décliner son TFM ; mais il a signé ensuite avec des éditeurs des droits d’adaptation & diffusion dans différents pays
→ dans un montage comme ça il pouvait même accepter aux éditeurs locaux de redesigner / modifier son produit tout en conservant toute la P.I. ; ou une politique de licence de P.I. avec droits d’adaptation & déclinaison
c’est vraiment le meilleur des mondes : diffusion mondiale ; partage des marges pour les éditeurs ; et conservation de la P.I. pour les Fryxelius

« Petite chute » à -26%, gentil tu es :slightly_smiling_face:

Le festival a l’air désert, c’est dingue !

Desert…c est le mot :grin:

La faute au marchand de sable ?

Je me permets d’ajouter que le fait de ne pas récupérer les illustrations n’est pas une malice de petite ligne de contrat (sauf si l’auteur est également l’illustrateur) : les illustrations relèvent donc du contrat signé entre l’illustrateur et l’éditeur.
Un auteur ne récupère pas les droits sur “son jeu” il récupère les droits sur son travail, probablement donc uniquement la mécanique. En admettant que le contrat le permette.
Ce n’est pas spécifique aux Etats Unis, c’est à peu près partout pareil, même si les contrats et droits peuvent être eux très différents d’un pays à l’autre : chacun négocie sur la partie qui lui revient, c’est à dire la partie sur laquelle il a travaillé.

oui : c’est ce que je détaillais
la P.I. appartient à celui qui la conçoit
(et pas celui qui le fabrique, nuance : le graphiste ou le pigiste payé au cachet abandonne sa P.I sur son travail)

du coup, comme des mécaniques de jeux et des gameplay ne sont PAS protégeables, franchement, je me demande quelle portion il reste à l’auteur / inventeur du jeu , une fois qu’il est passé entre les rouages de l’éditeur ?

même le nom du jeu peut être une marque déposée par l’éditeur !

au pire, il lui reste à faire une copycat sous un autre nom , genre “island war” où il faut tout refaire : les dessins, les formes, les livrets, le marketing, la fabrication & diffusion

probable par contre que l’éditeur perde son droit de copyright si le contrat editeur-auteur est rompu , mais c’est probablement parceque tout ça a été prévu dans les lignes du contrat

mais là, j’écris “en théorie” car je ne l’ai pas vécu et je ne travaille pas dans un éditeur de jds

Alors ça ce n’est plus tout à fait vrai du moins en France, du fait d’un certain nombre de jurisprudences et de l’évolution des statuts.

ah ? vas-y ça m’intéresse, t’as + d’infos ?

J’ai pas tout en tête, il faudrait refaire quelques recherches.

Il me semblait qu’il y a qq années un éditeur (j’arrive pas à me rappeler le nom) avait déposé son système de billes pour les actions, des billes qui se mettaient dans des rails inclinés, je crois que ça avait fait un flop. L’édit Rice venait pas mal sur TT…

Monte Cristo chez filosofia ? De @nono (Arnaud Urbon)

Gigamic!