Les 10 droits imprescriptibles du joueur

Les 10 droits imprescriptibles du joueur

1. Le droit de ne pas jouer

Il y a à peu près autant de bonnes raisons de jouer que de ne pas jouer. Parce que vous êtes fatiguée, que vous n’avez ni le temps ni le goût pour ce jeu là. Parce que vous venez de l’acheter, mais attendez le moment opportun où vous saurez réunir autour de la table les joueurs adéquats. Même si toutes les conditions sont réunies personne n’a l’obligation de jouer. Libre à vous de ne pas jouer si l’humeur ne vous y incite pas. légitimement, il est de également bon ton de ne forcer personne à le faire. Vous avez le droit de ne pas jouer.

2. Le droit de jouer à n’importe quoi

Bien que certains aient remportés des prix et que d’autres s’achètent dans des stations-service, il n’y a pas d’échelle de valeur parmi les jeux. Qu’importe la complexité de la règle ou le nom de l’auteur chaque jeu est à sa place tant que les joueurs l’apprécie autour de la table. Libre à vous de faire une partie du dernier jeu à la mode, vendu par palette entière ou de sortir du fond du placard un jeu expert du siècle dernier. Vous avez le droit de jouer à n’importe quoi.

3. Le droit de jouer avec n’importe qui

En famille, au club ou en ligne vous pouvez jouer avec ou contre des joueuses de tout acabit. Avec votre grand-mère pour l’aider à maintenir sa mémoire ou contre votre petite nièce pour lui faire découvrir les jeux de votre enfance. Qu’ils soient vos adversaires ou partenaires, qu’ils habitent au bout de la rue ou au bout du monde tous les joueuses et joueurs peuvent partager votre table. Vous pouvez jouer contre le jeu ou juste contre vous-même, tentant de battre votre précédent score. Vous avez le droit de jouer avec n’importe qui.

4. Le droit de perdre

La victoire est votre objectif, mais parfois celle-ci vous échappe. Rien de grave à la défaite, elle ne rend la victoire que plus belle. Beaucoup d’appelées, peu d’élues, d’ailleurs hormis quelques jeux collaboratifs et jeux de duel, il y aura toujours plus de perdants que de gagnants. Personne ne vous jugera parce que vous avez perdu du moment que vous ayez chèrement vendu votre peau. Une défaite est simplement la promesse d’une nouvelle partie afin de prendre votre revanche. Vous avez le droit de perdre.

5. Le droit de changer les règles

Il fut un temps où chaque jeu avait ses variantes régionales. Il appartenait donc à la maitresse de maison avant même de commencer la partie de rappeler les règles en usage au cours de celle-ci. De la même manière, malgré tout le soin apporté par l’auteurice d’un jeu, il se peut que vous n’en appréciez pas toutes les mécaniques. Si d’un commun accord, vous décidez de supprimer telle carte parce que trop puissante à votre goût ou telle condition de victoire parce que trop abrupte pour la tablée, libre à vous. L’essentiel étant que chacune des personnes présentes joue avec les mêmes règles. Vous avez le droit de changer les règles.

6. Le droit de personnaliser

A l’instar de l’auteurice qui s’est appliqué à la rédaction des règles, l’éditeur a dû faire des choix. Savant équilibrage entre la qualité du matériel proposé et les potentielles ventes à un juste prix. Par conséquent il se peut que votre jeu ne satisfasse pas pleinement votre plaisir ludique. Qu’à cela ne tienne, vous pouvez peindre ces figurines jugées trop ternes, protéger ces cartes trop fragiles, remplacer ces pièces en carton par des espèces sonnantes et trébuchantes ou concevoir un organiseur pour ranger toute les fournitures. Libre à vous de profiter pleinement de votre jeu en adaptant le matériel à votre manière de jouer. Vous avez le droit de personnaliser.

7. Le droit de butiner

Telle l’abeille butinant de fleur en fleur, vous n’aimez rien tant que découvrir de nouveaux jeux, Parfait ! Rien ne vous oblige à refaire 10 parties de celui-ci pour savoir que vous l’aimez et nul besoin de faire 10 parties de celui-là pour savoir que vous ne l’appréciez pas. Si votre plaisir est de découvrir chaque jour de nouvelles contrées, faîtes le. Ouvrez de nouvelles boites, depunchez tout à loisir et repaissez-vous de règles jusqu’ici ignorées. Le monde des jeux est vaste, profitez-en ! Vous avez le droit de butiner.

8. Le droit de poncer

Qu’importe les nouveautés fourmillant sur les étals des ludicaires, vous avez trouvé votre jeu et vous n’avez pas l’intention d’en changer. Comme l’ébéniste ponçant inlassablement son bois avec des papiers aux grains de plus en plus fin, vous n’avez de cesse de remettre le coeur à l’ouvrage améliorant chaque fois votre compréhension et votre maitrise du jeu. Les autres peuvent bien se disperser, vous avez trouvé votre Graal. Le jour où vous en saisirez toutes les subtilités n’est pas encore venu, d’ici là, continuez votre exploration. Vous avez le droit de poncer.

9. Le droit de moubourrer

A chacun ses épiphanies. Parfois, il s’agit d’un jeu moultes fois pratiqué et d’autres d’une simple promesse aperçue au détour d’un article, mais vous ressentez l’irrépressible besoin d’en parler à tout le monde. Tel le prophète répandant la bonne parole vous bourrez le mou à qui veut l’entendre au sujet de votre découverte. Cherchant toujours à recruter plus d’adeptes prêts à partager leurs impressions sur ce jeu que vous l’ayez pratiqué ou que vous l’attendiez impatiemment. Vous avez le droit de moubourrer.

10. Le droit au Bovarysme

Fuyant la vie réelle, Madame Bovary se réfugiait dans les livres. De la même manière, libre à vous de vous évader de votre quotidien pour le monde des jeux. Vous serez tour à tour, explorateur traversant la jungle, chevalier conquérant des royaumes ou barbare parcourant des donjons. L’espace d’une partie, oubliez factures et rendez-vous, pour partir à la découverte d’autres planètes, préparer expéditions et potions, soyez cow-boy ou vikings. Quittez la terne réalité pour l’imaginaire des jeux. Vous avez le droit au Bovarysme.

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J’aime bien cette déclaration de liberté. Il manque peut-être un ou deux trucs au niveau de la partie elle-même ?
Vous avez le droit de mal jouer
Vous avez le droit de vous en f… totalement de gagner
Vous avez le droit de jouer à la vitesse qui vous convient…

Enfin, bon, vous avez le devoir de ne pas juger les comportements ludiques des autres…

Effectivement, il en manque peut-être un peu, j’ai du faire face à quelques dilemnes cornéliens pour n’en garder que 10… :slightly_frowning_face:

Tu as oublier :slight_smile:
Vous avez droit de vous tromper sur les règles sans qu’on vous incendie :upside_down_face::grin:

boarf, j’ai dit que c’était réglo tant que toute la table joue avec la même règle, c’est un peu la même chose. :grin:

1 « J'aime »

Cher Prosper Manganate,
J’adhère pleinement à votre Manifeste. Top ! :+1:

Sauf…le droit de changer de règles. :scream:
Çà je ne supporte pas quand des joueurs autour de la table (souvent des mauvais perdants :face_with_spiral_eyes:) commencent à dire : “Ben moi j’aurais bien fait comme ça ou comme ceci, etc”.
Je me dis qu’un auteur a passé beaucoup de temps à créer un jeu et je pense qu’il faut respecter son travail.
C’est comme si on changeait deux-trois phrases du Madame Bovary de Flaubert (lu quatre fois).
Tiens à propos d’Emma Bovary !

Attention sur la définition du “bovarysme”. Là je fais mon savant-intello.
Certes aujourd’hui on accepte de définir le “bovarysme” comme une tendance maladive à se réfugier dans l’imaginaire.
Moi, je répète, moi, le bovarysme je le conçois comme cela.
Emma (dont je suis amoureux, cela va de soi :heart:) est supérieure à la médiocrité des hommes qui l’entourent. Mais Emma aussi est inférieure à ses désirs.
Ce qui manque à Emma c’est une volonté à la hauteur de ses rêves, de ses ambitions.

Donc le “bovarysme” serait plutôt vouloir le ciel sans en être à la hauteur. Une frustration face à des illusions. Ce n’est pas nécessairement se réfugier dans les livres. Certes Emma est une grande lectrice du romantisme. Mais l’influence des livres je la vois surtout avec ce brave Don Quichotte.
Voilà c’était juste un p’tit cours de littérature. :crazy_face:
Bon c’était pour votre culture personnelle, bande d’ignares juste bons à mélanger des cartes, jeter des dés et poser des ouvriers. :rofl:

Allez, bons jeux à tous.

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ha ha, je savais bien que j’attirerai l’attention du littéraire de la bande, merci pour tes précisions.

Comme tu t’en doutes cette liste est librement inspirée des “droits imprescriptibles du lecteur” de D.Pennac développés dans son ouvrage “Comme un roman”. J’ai tenu à en garder “le droit de ne pas jouer” et le “le droit au Bovarysme” comme des échos aux droits originaux, et j’ai fait mien l’usage de D.Pennac qui défini le Bovarysme comme un état d’insatisfaction permanent qui pousse au refuge dans l’imaginaire…

En ce qui concerne “le droit de changer les règles” je ne trouve pas ça différent du “droit de sauter des pages” de la liste initiale qui s’affranchi du respect de l’auteur de la même manière…

Merci @krrro pour l’illustration, que j’avais initialement imaginé mais qui ne colle qu’à moitié : Droit et Commandement sont deux concepts bien différents.

En fait c’est comme pas mal de choses c’est une question de contexte et de dosage : oui je trouve également important de respecter les règles choisies par l’auteur et de prendre le temps de comprendre pourquoi telle ou telle règles mais dans certains contextes on peut aussi s’autoriser une petite souplesse par exemple certains erratas du Seigneur des Anneaux JCE ne font pas l’unanimité et certains joueurs font le choix de ne pas les appliquer et d’autres ne les connaissent tout simplement pas… Dans d’autres circonstances, une variante inventée par des joueurs devient quasi officielle comme par exemple le fait d’avoir 3 tuiles en main à Carcassonne. Dernièrement je me suis autorisé à ne pas respecter la règle d’Horreur à Arkham JCE qui dit qu’on n’a pas le droit de modifier son deck en cours de campagne… Je voyais bien les faiblesses de mon deck et comment l’améliorer mais si je respectais les règles à la lettre j’aurais du recommencer la campagne… Bref, je pense qu’un peu de liberté à ce niveau ne fait pas de mal tant qu’on ne tombe pas dans la paresse et la suffisance de vouloir tout de suite modifier telle ou telle règle sans avoir pris le temps d’essayer de comprendre vraiment le pourquoi de la ou les règles que l’on souhaite modifier. En gros essayer de conjuguer le respect de l’auteur et celui de sa propre liberté.

Oui en effet j’ai plus mis ça pour le côté blague, après n’hésite pas à modifier si tu trouves plus à ton goût ! :wink:

Bon, a partir du moment ou tous les joueurs autour de la table sont d’accord pour changer une régle qui ne leur convient pas ou pour appliquer une variante qu’ils préfèrent à la régle officielle, je ne vois pas ou est le problème.

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Je souscris à la plupart des propositions, qui rappellent que jouer doit être un plaisir et non une contrainte.
Mais, celle-ci, c’est la porte ouverte à toutes les dérives à base de NDG x>1.

Ah, et celle où on a le droit de changer les règles, ça risque d’entraîner des polémiques et des problèmes de consensus. Pour rappel, il existe actuellement 45.568 variantes des règles du UNO.

hey, j’ai volontairement dit “personnaliser” et non “goodifier” pour éviter ce genre de polémiques…

Bel exercice de style :slight_smile:

Je reviens juste sur l’article 1 : le droit de ne pas jouer.
Pourquoi ne pas l’associer à celui de jouer ? Un peu du genre :slight_smile:

Article 1 : Le droit de jouer.

Jouer fait entièrement partie de l’espace de liberté fondamentale qui est donné à chacun.
Cette liberté, comme toute autre ne peut être limitée que par l’intérêt commun et le respect des lois.

Ce droit est inaliénable et inaltérable : aucune autorité ne peut priver l’individu du droit de jouer, quelle que soit sa situation ou sa capacité.

1.1. Le consentement : Chacun peut exercer son droit de jouer ou de ne pas le faire. Aucune contrainte, sociale ou autoritaire, ne peut s’exercer.

1.2. Le choix du jeu : Chacun est libre de pratiquer le jeu qu’il souhaite, dans le respect des lois, sans aucune contrainte sociale ou religieuse. Ce choix ne peut être imposé et demande le consentement des autres participants.

1.3. Le choix des joueurs : Chacun est libre de pratiquer son droit à jouer avec les personnes de son choix. Les joueurs contractent ensembles le cadre dans lequel évoluera chaque partie ou chaque session de jeu.

1.4. La rétractation : Chacun est libre de se retirer d’une partie à tout moment sans avoir à motiver sa décision.

1.5. Le respect : Chaque joueur est tenu de respecter ses partenaires et de participer au déroulement serein de la partie ou de la session de jeu.

1.6. Règles dérogatoires : le jeu compétitif organisé dans le cadre de tournois par des fédérations officielles, des organisateurs référencés, peut déroger à certaines des règles ennoncées. Ces dérogations doivent faire l’objet d’un règlement écrit, publié officiellement et consultable par chacun. Il exige le consentement de chaque participant.

Bon, c’est du vite fait et ça fait moins manifeste que ce que tu as écrit et un peu plus juriste de salon :slight_smile:

Mais sinon, bravo, belle déclaration d’amour :slight_smile:

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Bonjour,
A-t-on le droit de gagner ?
A-t-on le droit de piquer une tuile ?

Hop !

merde, j’avais oublié.

10BIS. PAS le droit de piquer une tuile

Quand on joue contre @thierry-lefranc-0 il est absolument INTERDIT de piquer une tuile dont il s’est arrogé la propriété. Qui plus est si le-dit évènement… évènement, évènement que dis-je… attentat… crime de lèse-majesté, lui coûte la victoire. Si par le plus grand des hasards une telle chose arrivait par exemple, de la part de @humpfhumpf il serait condamné à laisser les meilleures tuiles à la victime de son avidité.

Snif, snif… Ça sent le loser par ici !
:smirk:

Joli :slight_smile:

bien formulé une question délicate et qui recoupe beaucoup de pratiques. J’ai un peu mis de l’eau dans mon vin sur ce sujet, faisant aussi mes petites variantes ( comme discuté récemment sur le choix de plateau à Ark Nova, ou les cartes de réserve visibles dans Wild venture). Le risque c’est surtout la variante trop rapide genre on fait 1 partie et on a l’impression que le jeu est déséquilibré et on change un truc (quitte d’ailleurs à refaire d’autres variantes quand les joueurs ont compris le jeu et que finalement la variante initiale apportée à déséquilibré le jeu). Autre risque : louper un peu l’intention de l’auteur qui peut avoir mis un truc bizarre mais qui avec la pratique prend tout son sens :thinking:.

Dans l’autre sens, il peut y avoir aussi l’influence de l’éditeur. Celui-ci peut faire des choix de règles pour diverses raisons (rendre le jeu plus rapide, plus accessible, plus ou moins interactif). Et que finalement la variante que souhaitent adopter les joueurs revient à remettre le jeu tel que l’avait pensé l’auteur :yum:

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Le droit de changer les règles, c’est deux choses : le droit de se tromper, et également une façon de s’approprier le jeu.
C’est évidemment un droit fondamental. Et qui fait partie de l’histoire du jeu. Même pour les échecs, j’en suis certain, @kibitzer

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Quand mon père m’a appris les échecs, je pouvais lors du premier coup avancer 2 pions de 1 case au lieu d’un pion de 2 cases… J’ai mis quelques années avant de comprendre que c’était une variante familiale

Quant au go, les règles officielles sont deja différentes aujourd’hui entre la Chine et le Japon.

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