J’ai donné mon point de vue plus haut sur l’édito, que je trouvais juste par rapport aux « injonctions » du style : débrouillez vous avec le climat.
Je vais répondre à la caricature puisque tu en parles. Cela fait plus de 20 ans que je suis abonnée à Charlie et ils ont toujours bien expliqué ce qu’ils faisaient même à posteriori face aux incomprehensions.
Je pense qu’on peut critiquer cette caricature, tu as raison, on peut la trouver maladroite, ratée ou inutilement blessante, sans pour autant faire dire à Charlie Hebdo ce qu’il ne dit pas.
Le problème, c’est qu’on confond ici deux choses. L’effet produit par le dessin et l’intention politique. Oui, l’image fait grincer, parce qu’elle reprend une référence visuelle très chargée historiquement. Joséphine Baker
, la ceinture de bananes, l’imaginaire colonial, le spectacle du corps noir. On peut parfaitement estimer que ce choix est maladroit, voire qu’il brouille le message. Mais en conclure que Charlie Hebdo “fait des blagues racistes” ou “hurle avec les loups de l’extrême droite”, c’est un raccourci injuste.
La logique de Charlie, qu’on la trouve réussie ou non, n’est pas de se moquer d’une femme noire parce qu’elle est noire. Le dessin vise à dénoncer une posture politique, ils l’ont expliqué dans le numero suivant la caricature. Celle d’une personnalité que Charlie accuse de ridiculiser la laïcité française à l’étranger et de lui opposer une lecture plus « communautariste », inspirée du modèle « anglo-saxon ». La référence à Joséphine Baker peut se comprendre comme une « image » de scène, de show, de performance médiatique internationale. Elle renvoie aussi à une histoire où des clichés coloniaux ont été exhibés, parfois retournés, parfois subvertis. Est-ce que le procédé est clair ici ? Il est clair que non, je suis d’accord avec toi. Est-ce qu’il est risqué ? Oui. Est-ce qu’il peut être jugé raté ? Oui. Mais ce n’est pas la même chose que de dire que « l’intention est raciste. »
Et c’est justement là que le débat devient malhonnête, on ne critique plus un dessin, on plaque sur Charlie Hebdo une identité politique qui n’est pas la sienne. Charlie n’est pas un journal d’extrême droite. C’est un journal satirique, anticlérical, universaliste, souvent brutal, parfois excessif, parfois maladroit, mais dont l’obsession historique est plutôt la critique des « dogmes religieux », des pouvoirs et des assignations identitaires.
Dire que leur combat antireligieux les rend parfois aveugles à certaines sensibilités, ça peut s’entendre. Dire que ce dessin était mal choisi, ça s’entend aussi. Mais dire qu’ils « font des blagues racistes » ou qu’ils se rangent avec l’extrême droite, c’est autre chose. C’est transformer une critique discutable de la laïcité et du communautarisme en accusation morale définitive.
On peut défendre les minorités sans essentialiser les personnes. Et on peut défendre la liberté de caricature sans considérer que toute caricature est réussie. Dans ce cas précis, je dirais que c’est un dessin maladroit, voir raté en fait. La réaction est totalement compréhensive, mais l’accusation de racisme intentionnel est selon moi, très excessive.