Pour rebondir sur un commentaire de brève de Shadowcat_76 concernant la sortie d’Atomic Business, je lance le débat :
Un jeu peut-il / doit-il être politique ou idéologique ?
Je ne vois pas pourquoi un jeu serait déconnecté de la réalité. Après tout, dans les jeux de “société”, il y a : échanges, négociations, gestion économique, adversaires, majorités, faits et personnages historiques…
Pas de politique possible dans les jeux renforcerait la thèse de ceux pour qui le jeu est inutile, inoffensif, puéril, hors de la réalité, évasion pure…
Le fait qu’un éditeur s’appuie sur un jeu pour créer du contenu politique et une rhétorique, ça montre finalement l’impact de la pratique ludique. Et puis le jeu politique, ça ne date pas d’hier : Monopoly, Anti-Monopoly, Destins, etc. proposent une idéologie, une vision de la société, non ?
Par ailleurs, si les échecs sont le “jeu des rois” et une métaphore de la guerre, voilà donc un jeu bien politique ! Voir aussi l’affrontement Est/Ouest par échiquiers interposés au temps de la guerre froide… Les exemples abondent !
Houla ! A des années lumières de cette relation, j’utilise le jeu comme exultoire.
Donc ; mon comportement, mes préférences, ma moral n’ont rien à voir entre la vraie vie et le jeu.
Et d’ailleurs je fuierai comme la peste un jeu qui me rappelle le boulot ou mes combats idéologiques.
La vie est bien trop sérieuse…
Richard dit: Et d'ailleurs je fuierai comme la peste un jeu qui me rappelle le boulot ou mes combats idéologiques.
Et le fait qu'un jeu puisse interpeller les gens, les faire réfléchir sur un problème écologique/social/économique/etc., ça te laisse indifférent ?
Ca peut-être un bon outil. Un outil bien plus convivial et actif que la télé ou la presse, non ?
A part dans les jeux les plus abstraits (et encore) on peut toujours trouver des semblants d’idéologies et de politiques.
Le jeu est une mise en situation, des expériences de la vie reproductibles sans conséquences. C’est ce qui permet de tester et en un sens de s’évaluer. Le jeu de plateau ne doit pas faire exception, au contraire.
Tant qu’on arrive pas dans des extrêmes avec des jeux de propagande (républicaine, fasciste, capitaliste etc …) rien n’empêche qu’on puisse aborder certains thèmes.
Le jeu richesses du monde est un bel exemple (encore plus flagrant que le Monopoly) de l’apologie ludique du capitalisme. Ca ne reste qu’un jeu et pouvoir tester (toute proportion gardée) un aspect de notre réalité le temps d’un moment ludique, moi ça ne me choque pas (et pourtant je suis pas un admirateur des grandes théories classiques économiques
)
shix dit: Le jeu richesses du monde est un bel exemple (encore plus flagrant que le Monopoly) de l'apologie ludique du capitalisme.
Apologie, je ne sais pas. Volonté de reflet du monde réel, sans doute. Oui, les jeux "capitalistes" (le + riche gagne) ou "impérialistes" (le + fort ou le + gros gagne) sont l'écrasante majorité. Mais il y a d'autres mécanismes qui peuvent mener à la victoire : la déduction, la logique, le dernier mot (je pose ma dernière carte !), la culture (Trivial et consorts), etc.
Le seul choix des conditions de victoire par le créateur du jeu est déjà un mini-choix idéologique. Pour moi, le jeu est aussi un espace de liberté, un mini-monde parallèle où l'on peut éventuellement "changer les règles", (par exemple, abolir le hasard ou le rendre tout-puissant).
Soyons honnête, pouvoir révéler ses pires instincts dans un jeu c’est bien souvent jouissif. Pourquoi plein de jeu de conquête plaisent ? Parce q’au fond de nous, la domination et écraser son prochain sont des penchants que nos interdit refoulent mais qu’on aimerait exprimer parfois. Je préfère qu’ils s’expriment à travers un jeu d’ailleurs.
Le jeu comme exultoire à nos frustrations engendrées par les interdits de nos sociétés occidentales ?
Oui et non ! Un jeu de pervers sexuel qui permettrait à certains dérangés de soulager leur pulsion n’existe aps encore (qui me parle de sex toys à gogo ?
)
Sans aller jusque là, qui ne s’est jamais pris pour un grand conquérant un poil sanguinaire qui manoeuvre ses sujets comme des pions pour asseoir son autorité sur une carte du monde ?
Pas vous ?
Vous avez jamais joué à Risk ? Et vous voulez me faire croire ça ?! ![]()
Tout à fait d’accord. On critique souvent des jeux n’étant pas “à thème”, mais le fait même d’inclure un thème dans un jeu sous-entend uen allusion à la réalité, qu’elle soit politique ou autre. Or, c’est cette ressemblance à la réalité qui fait l’essence d’un jeu dans bien des cas ; de plus, il n’est pas interdit d’inclure de l’humour dans un jeu, et c’est tout à fait, à priori, le cas d’Atomic Business ou encore de Big Kini. L’auteur peut très bien nous faire passer son idéologie, quand on lit une autobiographie, c’est tout à fait ce qu’il se passe.
Dans l’absolu, c’est tout à fait ce à quoi on a droit dans un jeu, et comme le disait shix, cette sorte de “réalité virtuelle” permet d’instaurer un peu de distance avec le quotidien, une sorte de second degré (même si le jeu ne présente à priori pas d’humour). Si on se réfère à la thématique de Puerto Rico, sommet ludique pourtant incontestable, c’est contraire aux fondements même de la démocratie : une apologie, même à demis-mots de l’esclavage dans un jeu ? Eh bien moi, je pense qu’on peut être capable d’en faire abstraction et que le thème des îles est au contraire quelque chose d’attirant.
Pour sortir du quotidien, le jeu reste incontestablement un bon moyen. Mais la puissance intellectuelle, notamment dans les gros jeux, n’est jamais aussi bien simulée que quand on “corromp le prévôt” (Caylus) ou quand on “trahit son allié” (Diplo). Le travail du joueur est de savoir prendre du recul.
Le propre du jeu, c’est donc de permettre d’aborder un thème éludé volontairement par la société pour le transposer en un vecteur d’amusement.
Sylvano dit:Richard dit: Et d'ailleurs je fuierai comme la peste un jeu qui me rappelle le boulot ou mes combats idéologiques.
Et le fait qu'un jeu puisse interpeller les gens, les faire réfléchir sur un problème écologique/social/économique/etc., ça te laisse indifférent ?
Ca peut-être un bon outil. Un outil bien plus convivial et actif que la télé ou la presse, non ?
Pour ma tite fille, je privilégie les éditions BiOVIDA : des jeux en commerce équitable, etc...
Maintenant ça s'arrête là.
D'un naturel plutôt anti-capitaliste, j'aime par dessus tout le poker et les jeux de putes.
Alors...!!!
Sylvano dit:Un jeu peut-il / doit-il être politique ou idéologique ?
peut-il ? : pourquoi pas, rien n'est interdit. On peut rire de tout, alors pourquoi ne pourrait-on pas se jouer de tout ?
doit-il ? : je ne vois pas pourquoi. On doit aussi pouvoir jouer sans sens, pour ne rien dire.
Peut-être faudrait-il cerner plus précisément le sens d'un jeu politique.
- Le seul de pouvoir écraser ses adversaires dans un jeu ne signifie pas à mon sens qu'il soit politique, même s'il simule les décisions d'un chef de guerre. C'est juste une incarnation de la "volonté de puissance". Après, que ce soit en déversant ses Panzer sur le voisin ou en l'envoyant à la guillotine, en bouffant ses dinos ou ses amibes, c'est juste un habillage.
- Un jeu qui dénonce ou éclaire un fait (pollution, corruption, etc.) et qui permet aux joueurs d'évoluer dans ce cadre me semble plus éducationnel/citoyen/militant que politique, dans le sens où une fois accepté le cadre de référence du jeu, on n peut rien y changer. L'appellation "jeu militant" est peut-être celle qui conviendrait le mieux (même si c'est un gros mot pour certains).
- Pour moi, un jeu politique impliquerait des options limitées par une idéologie d'une part (que l'on assume ou pas personnellement, ça n'a rien à voir), des ressources économiques et temporelles de l'autre. Ca devient politique parce qu'on doit arbitrer en temps limités sur des ressources limitées selon un cadre de pensée assez précisément défini : "gouverner c'est choisir" - et accessoirement en subir les conséquences. J'ai essayé de reproduire ça dans des règles optionnelles sur Junta, et d'ailleurs d'ajouter de nouvelles cartes politiques tirées d'événements réels, malheureusement pas encore eu le temps de tester les "alignements politiques" pour voir si ça fonctionne bien.
Maintenant, ce n'est pas parce que c'est politique que ça doit être sérieux ou rasoir...
Y que viva la revolucion
La formule 1, c’est des milliards balancés dans ce que l’homme moderne adule plus que le vital : sa voiture !
Des litres et des litres d’essence qui viennent un peu plus polluer notre atmosphère et nos écrans télé le dimanche et qui font concurrence, ô blasphème, à Drucker sur la 2 !
Et malgré ça, il m’arrive de faire des parties de Formule dé sans problème de disonnance cognitive …
Donc, à priori oui, le joueur met naturellement une distance entre le jeu et la réalité.
Parce qu’à l’inverse, je n’ai fais du karting qu’une seule et unique fois et me refuse à en refaire à cause de certains principes énoncés plus haut. Car là ce n’est plus du jeu et ça créerais de grands déséquilibres cognitifs que j’aurais du mal à combler par quelques prétextes (oui mais ce n’est pas 15 tours de karting qui vont agraer les maladies respiratoires des gamins de Mexico …)
Après, je fais confiance à Mireille Dumas pour nous trouver quelques joueurs qui ne sont plus capables de faire la différence entre le jeu et la réalité. Notamment dans l’univers vidéo-ludique. Ben quoi, faut bien que ça gagne sa vie les fouilles-m…
Pardon, je crois que je me suis un peu emballé dans ce post ![]()
shix dit:
...
Pardon, je crois que je me suis un peu emballé dans ce post
nan nan
Merci, ça fait plaisir de voir que certains ne crient pas au scandale pour si peu !
T’inquiète, pour moi non plus le terme militant n’est pas un gros mot, bien au contraire … je le vois plus comme une qualité citoyenne.
Mais c’est vrai aussi que ce n’est pas l’endroit pour en parler … ![]()
El comandante dit: Peut-être faudrait-il cerner plus précisément le sens d'un jeu politique.
Mais tout jeu n'est-il pas, qque part, "politique" (au sens large, pas spécifiquement idéologique) ? Dans la mesure où c'est tjrs une interprétation / réécriture du monde réel, même dans les jeux abstraits. Pour moi, on ne peut pas "séparer" réel et jeu : le jeu est né (depuis le fond des âges) du réel, de la société, de la communauté humaine. Il a forcément un rapport avec la réalité, qu'il la commente, la rejette, la symbolise, la modifie, l'amplifie, etc. Ce n'est pas une activité entièrement hors du réel : on y apprend des choses (sur soi, entre autres), on y implique sa psychologie et son tempérament, les rapports humains peuvent en sortir altérés, etc. Je ne dis pas qu'un amateur de Warhammer y tranche des têtes comme dans la vraie vie, bien sûr, mais il peut y imiter des stratégies de sa vie quotidienne : défendre plutôt qu'attaquer, prendre + ou - de risques, etc.
Sylvano dit:El comandante dit: Peut-être faudrait-il cerner plus précisément le sens d'un jeu politique.
Mais tout jeu n'est-il pas, qque part, "politique"
Espèce de trotskyste
Sylvano dit:Ce n'est pas une activité entièrement hors du réel : on y apprend des choses (sur soi, entre autres), on y implique sa psychologie et son tempérament, les rapports humains peuvent en sortir altérés, etc. Je ne
Perso, je trouve cette approche trop large pour définir un jeu comme étant "politique".
Mais bon, pas de quoi rassembler le peloton d'exécution
Lecture de ces posts me fait apparaître toute la difficulté de définir la portée ou l’identité politique d’un jeu.
Même en prenant le terme politique au sens large.
En y réfléchissant, je crois qu’on peut distinguer 3 catégories :
Les jeu qui prennent la politique pour thème mais n’en font pas vraiment
On pourrait citer “Election USA” par exemple qui est un simple jeu de majorité. En gros les jeux qui utilisent des thématiques politiques et/ou idéologiques, mais n’engendre ni réflexion réelle ni pratique sur les sujets abordés.
Les jeux qui font pratiquer la politique
Tous les jeux dans lesquels on est amené à simuler, ou pratiquer une expression de la vie politique, sans nécessairement que cela en soit le thème.
A titre d’exemple ou pourrait citer :
“Democrazy”, “Diplomacy”, “Junta”, “Die Macher”, etc…
Les jeux qui font réfléchir à l’idée politique,
Là le champ est encore plus large. Tous les jeux dans lesquels un soupçon de réflexion sur l’organisation des sociétés.
On a cité “Puerto Rico”, “Mull & Money”, “Terra”, “TI3”, etc…
Kadotori dit:Lecture de ces posts me fait apparaître toute la difficulté de définir la portée ou l'identité politique d'un jeu.
Même en prenant le terme politique au sens large.
En y réfléchissant, je crois qu'on peut distinguer 3 catégories :
Pour affiner la proposition de Kadotori - et en écartant volontairement les jeux qui n'ont la politique que comme décorum, qui sont à mon avis hors-sujet, et les jeux "militants" :
- jeux de diplomatie (Diplomacy) axé sur le gain territorial;
- jeux de politique "politicienne" (Junta) axé sur le maintien des positions de force;
- jeux de gestion (Puerto Rico) axé sur l'économie (gestion de la rareté);
Les jeux de conquête "globaux" (TI3) nécessitant un dosage des trois.
Mais c’est qu’on aurait peut être un tableau, là :
------------------------Simulation/Action--------------------------Reflexion
Diplomatie
|
|
Politique
|
|
Gestion
On peut peut-être inclure aussi les wargames, qui sont par définition une simulation de la réalité militaire, et souvent sur le thème de la seconde guerre mondiale, sans être nécessairement des jeux d’alliance ou de conquête.
On retombe sur les questions de catégorisation des jeux… Un Grand Ancien devrait rapidement sortir de la vase pour nous renvoyer au “post” adéquat des années précédentes
Ami.
Bon, tu le remplis ton tableau ? Parce que si on veut retomber sur nos pieds rapport au sujet initial, il faudrait que l’on puisse coller des noms de jeux et que chacun évalue ce qui lui plaît un peu/beaucoup/pas du tout. Et pouvoir répondre à la question initiale un peu modifiée “un jeu peut-il / doit-il être politique …pour me plaire” ? ![]()