WINGSPAN FAN GIRL ?
Il est bon de commencer par une mise en contexte.
Petit historique donc, je découvre Wingspan en 2020, pas à sa sortie mais sur l’étagère de vente de jeux d’occasion de ma boutique. J’ai fait cette boîte mienne en me disant « on verra… ». Depuis, elle est bien ancrée sur nos étagères. 58 parties jouées dans toutes les configurations : solo, duo, trio, quarto, sur la face bleue ou verte des objectifs, sur plateau ou en digital, pure ou avec extensions (que j’ai toutes achetées, même le fan art pack, si si !).
D’ailleurs en parlant des extensions voici un petit florilège rapide de mes avis sur chacune d’elle.
Mais juste avant je vous explique comment chez nous on joue à Wingpsan avec ses extensions. Déjà on ne les joue qu’en duo. A plus, on joue sur la version de base, ce qui suffit à nos ludipotes. A deux donc, on choisit sur quel continent on veut voyager et on ne joue qu’avec le deck de cette partie du monde, pas de mélange de cartes avec la boîte de base. Par exemple, si on embarque pour l’Asie ce n’est qu’avec ses cartes respectives et sur le plateau de base, vous verrez le pourquoi en lisant la suite.
Donc je reprends. Mes avis sur les extensions :
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Europe : la nouveauté est l’arrivée des effets de fin de manche. Dans l’ensemble les activations sont classiques même si quelques cartes se tentent à l’originalité. Oubliez le fait que cette extension serait mieux pour les amateurs d’interaction qui en reprochent le manque dans Wingspan. Oui, il y a bien quelques cartes qui se testent à ce créneau (du vol de ressources principalement) mais ce n’est pas dans l’âme du jeu de base. Pas de magie avec Europe, Wingspan reste Wingspan.
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Océanie : ici, c’est l’arrivée des objectifs de fin de partie et surtout le nectar (ressource qui à la particularité d’être éphémère) qui font la nouveauté. Les oiseaux colorés apportent un petit vent d’exotisme et avec eux des pouvoirs qui se tentent encore plus à l’originalité. Pareil pour les objectifs de fin de manche, de la nouveauté, de la fraîcheur qui fait du bien au jeu. Sur cette extension je regrette néanmoins la place trop importante donnée au nectar, du moins la double récompense qui va avec son utilisation. Cette ressource est rare et le joueur qui arrive à s’en procurer sera doublement récompensé puisqu’il a ainsi accès à la majorité de fin de partie. Pauvre joueur qui verra les dés au symbole rose disparaître un à un avant qu’il ne puisse jouer et qui aura une main d’actions ne générant pas le divin. Un effet win-to-win qui, je trouve, dénature le Wingspan qu’on aime. Mais on apprécie ses cartes et le nectar éphémère, donc on joue à Océanie mais sur le plateau de base.
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Asie : un standalone pour jouer à deux, vite essayé, vite mis de côté… mais un coup de cœur sur les effets des cartes où on retrouve tous les types d’activation avec ce brin d’originalité le tout sacrément bien dosé. Ici aussi donc quand on part pour l’Asie c’est avec son deck mais sur le plateau de base.
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Pack Fan Art : absolument dispensable, mais quand même certains artistes-joueurs ont de belles idées.
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Fan-Made Packs (sortie VF prévue en juin) : ils apportent une nouvelle possibilité, celle de jouer avec son propre deck comme sa propre pioche, en plus de la commune, et ça s’est quelque chose qui nous a bien plu.
Peut-être que l’étiquette de Wingspan fan girl peut m’être attribuée dans le sens où j’aime ce jeu, que je suis son actualité, que chaque extension est achetée le jour de sa sortie, voire en VO, que j’en fais un article sur TricTrac, mais mon avis n’est pas aussi rose pétant qu’un flamant après hyperphagie de crevettes.
WINGSPAN PART #7 - AMERIQUES
Stonemaier a déjà annoncé qu’il prévoit de faire une extension par continent et des projets de boosters thématiques (ex. les oiseaux disparus) sont régulièrement mentionnés dans la newsletter de l’éditeur. C’est donc en décembre dernier qu’il y dévoile le nouveau continent à explorer, les Amériques, et en janvier est précisé la nouvelle mécanique, celle des colibris.
La sortie VF est prévue pour le 8 mai et vous y trouverez :
- Des cartes en plus
Bien évidemment « nouveaux oiseaux » veut dire « nouvelles cartes » et le travail d’originalité des pouvoirs se poursuit. Les actions sont moins standard, ça renouvelle les sensations de jeu, ça crée de nouveaux enchaînements d’activation. Voici quelques exemples qui m’ont bien plu.
Entre deux tours : immédiatement après qu’un joueur ait relancé les dés de la mangeoire, s’il y a au moins une baie de disponible gagnez une baie de la réserve.
Fin de manche : choisissez sur votre plateau jusqu’à 3 oiseaux nécessitant au moins 1 baie dans leurs ressources de pose, y stocker un jeton baie depuis la réserve.
Activation : copiez une carte activation d’un oiseau de la forêt depuis le plateau d’un autre joueur.
Activation : piochez une carte, si l’oiseau a du blé dans son coût mettez la carte sous cet oiseau. Sinon, défaussez-là et gagnez un blé de la réserve.
- Les colibris
Ils sont le cœur de la nouveauté.
Désormais à la fin de l’activation d’une ligne (forêt, prairie, marais) le cube se pose en dernière action sur une case colibri. Si celle-ci est vide on fait venir un de ces oiseaux-mouches depuis le plateau jardin tropical. A chaque fois, cinq oiseaux -mouches sont disponibles. Observer ces colibris est une chance, alors ils apportent avec eux un bonus immédiat, un boost bienvenu (un nectar / un oeuf / une carte / une activation de la ligne/une montée sur les pistes colibris). A l’inverse, si la case est déjà occupée par une carte colibri alors celui-ci retourne dans le jardin. Il rejoint ses congénères et nous fait profiter d’une avancée sur l’une des pistes des groupes de colibris. Pistes ? Donc scoring supplémentaire ? Oui, tout à fait ! Un scoring final par piste vient se rajouter au calcul de fin de partie. Ca ne réinvente pas la roue, mais c’est une nouveauté dans Wingspan. Les colibris sont classés en cinq sous-catégories, en observer rapporte des points crescendo. A l’inverse ne pas avoir fait monter son curseur sur la piste fait perdre des points en fin de partie. Du basique, du classique. Ce qui devient intéressant avec ces pistes c’est lorsqu’on en inclut deux (parmi les cinq) dans les objectifs de fin de manche. Ca oblige le joueur à réfléchir ses enchaînements de colibris pour maximiser ses points en cours de partie tout en gardant en ligne de mire le scoring final.
Les colibris apparaissent dans le jardin tropical, ils font des allers-retours sur nos plateaux d’observation, parfois leur passage est furtif. C’est étonnant ce bal, comme un papillonnement, et ce n’est pas sans rappeler le mouvement vif et incessant propre à ces oiseaux.
- Le retour du nectar
En voilà une chouette idée : réemployer la ressource d’une extension dans une mécanique repensée ! Elizabeth Hargrave reprend le principe du nectar qui est à la fois une ressource et un joker. La nouveauté réside dans le fait que cette ressource n’est plus éphémère, elle se conserve d’une manche à l’autre, et surtout elle s’obtient non plus par le hasard des dés mais par l’action bonus immédiat de faire venir un colibri sur une case vide notre plateau. Plus de malchance aux dés, les colibris porteurs de nectar arriveront dans le jardin tropical, il suffit juste d’être patient et opportuniste. A mon sens Amériques corrige les biais de la ressource nectar apparue avec Océanie.
UN WINGSPAN AMELIORÉ ?
Est-ce que, à l’instar du nectar, cette extension corrige les défauts du jeu ?
Dans les critiques négatives, on trouve souvent le trop peu de contrôle sur les ressources et les cartes. C’est vrai que la mangeoire peut être rude et la pioche hasardeuse. Qu’on se le dise Les Amériques ne gomme pas la bonne ou mauvaise fortune mais l’action bonus de l’arrivée des oiseaux-mouches sur notre plateau booste la récolte des ressources. Des colibris offrent du nectar, d’autres donnent une carte de la pioche, et certains proposent une réactivation de l’action où ils se sont posés. Le choix du colibri se fait donc sur l’action immédiate d’arrivée pour propulser le stock de cartes, oeufs et nourritures. Pour autant, le critère de la catégorie des oiseaux-mouches n’est pas mise de côté car prendre une icone “abeille” s’assure de pouvoir monter sur cette piste au retour du colibri dans son jardin, surtout s’il venait à ce qu’il n’y en ait plus d’autres à cet instant précis.
Pour les nouvelles cartes oiseaux, c’est un peu la même chose, ils sont nombreux à offrir des ressources et/ou cartes par des tours de passe-passe. Pendant nos parties on a constaté que la gestion de la nourriture et des cartes était moins tendue. Parfois même on finissait par être plutôt à l’aise si on avait bien maximisé nos actions et nos colibris. Pas d’effet de facilité non plus, il a fallu réfléchir à nos enchaînements.
J’ai aussi parfois lu que le jeu n’était pas un véritable jeu à moteur, que les combos espérés n’arrivaient jamais. Ce à quoi j’adhère totalement puisque Wingspan n’est pas un de ces jeux. Ce n’est pas un Res Arcana, ni un Splendor, ni un It’s a Wonderful World ni un Earth. C’est « un jeu compétitif d’optimisation et de collection d’oiseaux pour 1 à 5 joueurs » et c’est rappelé sur la première page du livret de règles. Qu’on ne s’y trompe pas ! Amériques restent donc sur la même lignée. Vous aimerez cette extension si déjà vous appréciez le jeu de base. Sinon passez votre chemin ! Mais en vrai, on le sait, vous ne comptiez pas vous y arrêtez ! ![]()
Pour les amateurs d’interaction pas de miracle en vue ! Chacun son tableau, chacun ses oiseaux, chacun ses œufs. Cette interaction ne nous dérange pas et on a l’habitude de jouer sur le scoring bleu, celui où vous marquez des points selon votre plateau et non pas au regard des autres. C’est dire comme l’interaction avec Wingspan on la cherche entre nous joueurs autour de la table, pas au travers du jeu.
ET DONC AU FINAL ?
Après plusieurs parties, six pour les curieux, je crois que ce qui me séduit ici c’est l’arrivée des colibris et de leurs petits coups d’ailes, d’aides, ainsi que la mécanique du nectar v.2. Mais soyons clairs, Wingpsan - Amériques n’est pas un game-breaker, il ne brise pas le cœur du jeu, non, il offre aux amateurs de la gamme, de la fraîcheur, un peu de renouveau et surtout la possibilité de débloquer quelques verrous usuels pour un jeu qui se joue avec un peu plus d’aisance tactique.
Est-ce que cette extension est pour moi la plus réussie de la gamme ? Oui, clairement !
Au point d’envisager jouer avec à chaque partie ? Heeeeyyyy… pas loin. Nos dernières cinq parties de Wingspan n’ont été qu’avec Amériques. A voir sur la durée la fréquence de son apparition sur notre table.
A sortir sous toutes les configurations ? Deux ou trois joueurs me semble le maximum. Déjà qu’à cinq joueurs le Wingspan classique peut-être long alors y ajouter la petite réflexion du choix du colibri à chaque fin d’activation de ligne, ça ne semble pas des plus judicieux.
En attendant la sortie d’un “Wingspan Express” pour cet été, est-ce que Amériques ne donnent pas envie de s’intéresser à ces colibris ? Leurs variétés, leurs couleurs, leurs particularités etc… Si si, Wingpsan garde son âme jeu sur la nature, jeu avec un peu de culture. Allez on regarde ça, par ici !




