De vos lectures

Alors je lis un peu de SF et de Fantasy, et tu vois je ne connaissais ni Bradbury ni Le Guin. Je ne me considère certainement pas comme un mètre étalon de ce qui mérite d’être pérenne ou pas en littérature, mais en littérature fantasy/SF, je pense sans doute comme beaucoup qu’il y a les oeuvres fondatrices avec une grande postérité et sur lesquelles on continue d’écrire des bouquins après la mort de l’auteur, et c’est selon moi la seule aune qui permette vraiment de juger la résistance au temps qui passe (les bouquins sur lesquels on écrit des bouquins sont généralement, de fait, des bouquins devenus des références). Donc en gros à part Tolkien, Howard, Lovecraft, on a ensuite plein de grands auteurs, plein de chouettes auteurs, très talentueux, mais savoir s’ils vont résister au temps qui passe dépend de facteurs qui me semblent loin d’être évidents.
Quand on va en librairie aujourd’hui, je constate que les rayons fantasy/SF se sont considérablement réduits, et ceux qui restent sont les quelques grands noms évoqués ci-dessus, et ceux qui font vendre aujourd’hui: des autres en fantasy comme GRR Martin, Hobb, Jordan, Sanderson, Jarowski, Moorcock, et en SF par ex Silo, The Expanse, le problème à trois corps, Dan Simmons…
Tu parles du Trône de Fer ou the Expanse, et je pense que le fait que ce soit des oeuvres trans média (même si que sur de la série pour the Expanse) parle forcément en leur faveur.
Le trône de fer, on continue de produire des séries dessus, il y a eu des jeux de plateau, de carte, de rôle, de figurines… Je pense que cette oeuvre aura une postérité, même si ce ne sera pas celle de Tolkien.

Le Trône de Fer, c’était un peu de la provoc de ma part, mais je n’ai pas beaucoup de respect pour Martin. Ecrire des viols et des décapitations à chaque chapitre ou presque, ça crée de l’émotion mais c’est tellement facile. Et avec cette recette, il n’est même pas capable de finir son cycle, bref… Je vois que ça plaît et je reconnais qu’il y a une ampleur à son truc mais ça ne m’impressionne pas du tout en tant que lecteur. Mais je reconnais être une exception concernant le Trône de Fer.

Au départ, on parlait de la longueur des œuvres et de leur rythme. J’ai le sentiment que ce n’est pas dissociable de la manière dont leur publication était envisagée. Quand nos auteurs du XIXᵉ écrivent des feuilletons publiés en premier dans des journaux, ils ne faut pas s’étonner qu’ils tirent à la ligne et qu’on se retrouve avec des romans de mille pages et plus.

A contrario, Dick, Silverberg, et tant d’autres, publient des paperbacks. Pour manger, il faut qu’ils sortent des textes assez longs pour être publiés, et 200 pages suffisent. Je doute qu’ils étaient mieux payés si le roman faisait 400 pages. Leur intérêt était plutôt de consacrer leur énergie à écrire deux romans de 200 pages. D’ailleurs, quand Herbert essaie de faire publier Dune, il n’y arrive pas. Son roman est trop long (il sera finalement publié en 3 volumes) et trop compliqué pour l’époque.

Quant à Tolkien, il gagne sa vie autrement. Il écrit pour mettre son monde imaginaire sur le papier. Il est normal qu’il consacre beaucoup de pages à le décrire puisque ça ne se passe pas dans le monde réel.

Je dis tout cela sans être connaisseur de la question. S’il y a un éditeur ici, il me détrompera peut-être complètement.

Alors je me suis peut-être mal expliqué.
Je ne dis pas que ces auteurs (Tolkien ou vieille SF) sont dépassés mais que les standards actuels ont changés. Pour lire aujourd’hui un livre du début du 20ème siècle (ou avant), il faut bien se remettre dans le contexte et accepter que certains livres/sujets ne soient plus à propos. Et ce, spécifiquement pour la SF car certaines technologies qui pouvaient paraitre précurseurs paraissent désormais complètement has been.
Par contre, je pense aussi qu’il y avait beaucoup moins de choix il y a 100 ans et que ces textes passent donc plus facilement à la postérité. J’adore Philip K. Dick, il en reste néanmoins qu’un pan conséquent de ses ouvrages n’est pas quand même pas terrible, et pourtant ses textes dispensables sont toujours réédités.

En France peut-être.
Aux États-Unis, le rayon Fantaisie prend une place importante dans les librairies, notamment tiré par la romantic fantasy qui attirent de nouveaux lecteurs (et surtout lectrices !) dans le genre.

Pour la science-fiction, j’ai plus de mal à évaluer mais les rayons sont quand même bien présents avec quelques oeuvres qui sortent du lot. Difficile pour moi de tracer une tendance.

j’ai lu celle de Daniel Lauzon.

Pour le coup c’est un peu mon syndrome. J’ai enchaîné quelques lectures où on a un style clairement plus direct et un enchaînement de péripéties qui arrive à un rythme plutôt très soutenu (même peut-être trop).
Alors comparativement, j’ai eu beaucoup plus de mal à enchaîner avec Tolkien.

Ce que je vais écrire est peut-être une hérésie pour vous mais je ne suis pas sensible un instant à l’écriture de Tolkien sans doute aussi parce que j’ai vu les films avant et que j’ai pas mal de difficultés à m’en détacher. Ce serait peut-être différent si Peter Jackson n’était pas passé par là ! Mais aussi parce que les parties descriptives m’intéressent finalement assez peu. Finalement je dois attacher assez peu d’importance au style par rapport à l’intrigue (tout en essayant d’éviter les caricatures tout de même).

Je pense qu’il y a deux éléments à prendre en compte dans l’appréciation d’un livre. Je les avais évoqués plus haut, sans donner beaucoup de détails.

Premièrement, l’évolution du style. Un écrivain du XXIe siècle n’écrit pas comme un écrivain du XIXe ou même du XXe siècle. Prenons le fantastique, un style apparu au début du XIXe siècle.Frankenstein, de Shelley, date de 1818. Il est considéré comme un classique du genre, a eu droit à un paquet d’adaptations au cinéma et son personnage principale, la créature de Frankenstein, est un des archétypes du monstre dans la culture populaire. Pourtant, c’est pénible à lire. C’est long, c’est lent, c’est typique du récit gothique à tiroir. En fait, ce qui a marqué les esprits c’est juste quelques passages très brefs.
Je pense qu’à l’époque, c’était bien plus audacieux et totalement inédit. Le rythme des récits n’était pas du tout le même qu’aujourd’hui. Les histoires se déployaient lentement, avec plein de détails pour un dénouement tardif et rapide. Aujourd’hui, ça a pris un coup de vieux même si on trouve aussi des livres très “modernes” dans leur style. Je pense au Comte de Monte-Cristo. Là, vous allez avoir du rythme et des rebondissements incessants, mais c’est déjà le milieu du XIXe.

Deuxièmement, aujourd’hui, à cause du cinéma qui a imposé une autre “grammaire”, de la frénésie du monde moderne et de la pression sociale qui fait qu’il y a trop de choses et pas assez de temps, les lecteurs veulent du rythme, des rebondissements et que ça se lise vite et bien. Si les films durent de plus en plus longtemps, les livres me semblent de plus en plus courts, hors sagas en plusieurs volumes. Les lecteurs n’ont pas forcément la patience ou les prérequis culturels pour accepter de passer des heures dans un livre où il ne se passe pas grand-chose.

Cela a été dit plus haut : quelqu’un qui découvre aujourd’hui le Seigneur des anneaux risque d’être très déçu s’il a découvert l’oeuvre par les films. Ils sont denses, plein d’action, de scènes spectaculaires et visuellement épiques. Moi qui avait lu le livre des années avant de voir les films, j’étais ravi de voir certaines scènes prendre forme mais aussi un peu gavé par leur surenchère visuelle. La bataille devant Minas Tirith est un épouvantable carnage dans le film. Les mumakils sont quasiment invulnérables et massacrent des centaines de rohirrims. Ce n’est pas du tout l’impression que m’avait laissé la scène dans le livre.

C’est vraiment une affaire de générations de lecteurs, qui ont grandi dans des ambiances médiatiques et sociales différentes.

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C’est bizarre, tu n’as pas abordé les livres Star-Wars, en partie le côté Rébellion… :roll_eyes:

Bon je ne voulais pas finir sur un échec : j’ai donc terminé la lecture du Seigneur des anneaux : les deux tours de Tolkien. Je m’attendais à pire vu mon ressenti sur cette première partie et ce qui me restait à lire (tout le passage Frodo et Sam).
D’ailleurs si j’ai un vrai reproche à faire au livre au final c’est ce découpage très particulier : j’aurai préféré alterner les deux points de vue. Si je suis motivé je prendrai à la médiathèque Le retour du roi

On est en fin d’année du coup petite question : quelle est votre lecture la plus marquante de l’année ? ( ça me donnera des idées pour commencer 2026 ! :slight_smile: )

Les deux livrets de règles de Star Wars Rebellion. Je ne me lasse pas de les relire.

Sinon Oblomov de Gontcharov. Un superbe roman sur un type qui aime l’oisiveté à en souffrir.

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Je plussoie (encore une fois) Jer.
Oblomov est une merveille de subtilité et de sensibilité, soutenue par une très belle écriture.

J’ai pas lu grand chose cette année (les BDs prennent la place des bouquins…), mais la decalogie The Expanse, ce fut un sacré voyage dont je me rappellerais.

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Je n’ai pas beaucoup lu cette année, mais celui qui m’a marquée alors qu’il est à l’opposé des genres que je lis habituellement (Fantasy, Thriller, SF) c’est Les fabuleuses Tribulations d’Arthur Pepper de Phaedra Patrick. Du coup je te le conseille :slight_smile:

Je viens de terminer le premier tome des Rois Maudits de Druon (qui est en fait une série collective, ce que j’ignorais). Eh bien, c’est excellent. Extrêmement bien écrit, avec une intrigue magnifique (on comprend que ça ait inspiré G.R.R. Martin) et une visée didactique sur l’histoire qui passe crème (excellentes notes historiques grâce auxquelles on apprend plein de choses). Bref, je n’aurais pas cru, mais c’est bien supérieur à plein de romans historiques contemporains que j’ai pu lire : divertissant, enrichissant, satisfaisant littérairement. De la belle ouvrage.

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J’ai encore le dernier tome à lire, mais pour moi les Rois Maudits répond à la question :

Tout simplement passionnant !

Moi aussi, c’est The Expanse (mais je suis encore en plein dedans, il me reste < 100p du tome 6).

Sinon, j’ai bien aimé Homer’s Daughter de Robert Graves (écrit 1955). Pour ceux qui ont aimé Homère.

Je note The expanse et les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper.
Merci pour ces recommandations.

Oui je les ai lu en tout début d’année. Excellente lecture en effet.

Arf, il faut en parler sur le sujet d’à coté!!!

Je ne sais pas si vous avez vu la nouvelle collection en librairie : Collection Maîtres du Fantastique. Elle n’est pas nouvelle nouvelle car apparemment elle est déjà sortie en 2021, mais je ne l’avais pas vue.
Les 2 premiers livres pour 3.99€ (de mémoire), et ils sont vraiment beaux :

Je fais aussi la collection des livres minis de Jules Verne. C’est tout petit mais c’est largement lisible :

Cette collection n’est pas si nouvelle, et elle contient bien plus que deux titres. C’est une collection de l’éditeur espagnol RBA Coleccionables. On y trouve des textes français et des traductions françaises libres de droit pour pas très cher.

Pourrais-tu poster quelques photos de La Machine à explorer le temps, stp ? Je suis curieux de voir l’intérieur du livre.

On y trouve aussi les traductions de Sherlock Holmes par Éric Wittersheim, un anthropologue passionné de Sherlock Holmes qui a tout traduit. C’est mieux que les traductions vieilles d’un siècle qu’on trouve partout pour rien ou pas cher ; mais moins bien que les traductions les plus récentes mais néanmoins beaucoup plus chères. Un bon compromis. En revanche, ça peut être difficile d’identifier tous les titres de la série et de comprendre dans quel ordre les lire (en supposant qu’ils soient tous disponibles).