grolapinos dit:ça veut dire quoi "bien jouer" ? Certains vont considérer qu'ils ont bien joué et que le hasard a ruiné leur superbe coup, alors qu'on peut considérer qu'ils ont fort mal joué parce qu'ils n'ont pas tenu compte du fait que la part de hasard pouvait tout mettre en l'air...
Très bonne question. La réponse a des implications lourdes, notamment sur la définition de ce qu'on considère être un bon jeu. On peut formuler la question autrement : est-ce forcément le joueur qui a le mieux joué durant la partie qui gagne ? Ou carrément partir du parti-pris inverse : le joueur qui a gagné est nécessairement celui qui a le mieux joué (la preuve : il a gagné). Mais dans ce dernier cas, ça pose un problème concernant les jeux de hasard.
Par exemple, est-ce qu'on peut dire que le joueur qui a gagné une partie du Jeu de l'oie a mieux joué qu'un autre ? Difficile de l'admettre étant donné qu'il n'a fait aucun choix. A la rigueur la seule chose qui a différencié son jeu du jeu d'un autre, c'est la façon dont il a lancé le dé. Mais est-ce qu'on peut admettre que le vainqueur d'une partie du Jeu de l'oie a gagné parce qu'il a mieux lancé le dé que l'autre ? Cela parait difficilement acceptable. On préfèrera sans doute dire qu'il a eu plus de chances. Conséquence directe : il est impossible de bien jouer ou de mal jouer au Jeu de l'oie. On joue au Jeu de l'oie et c'est tout. Le hasard détermine seul le gagnant.
Bien sûr le Jeu de l'oie est un exemple extrême. On peut partir de cette analyse pour se demander si le Jeu de l'oie est vraiment un jeu. On peut même se poser la question pour tous les "jeux" qui reposent intégralement sur le hasard. Maintenant on peut se demander si finalement le Jeu de l'oie est si radicalement différent des autres jeux qui reposent en partie sur le hasard.
Prenons l'exemple de Risk. Tout le monde sait à quel point la part de hasard y est importante. Mais le hasard n'est pas omnipotent. Il reste aux joueurs un certain nombre de décision à prendre pendant une partie. Quels territoires attaquer ? Avec combien de troupes attaquer ? Ce qui va distinguer le jeu d'un joueur du jeu d'un autre, outre la chance qu'il aura lors du tirage des cartes et du jet des dés, c'est la stratégie ou plus simplement la succession des choix qu'il aurait fait au cours d'une partie. On tient là quelque chose qui dépend du joueur. Il serait possible sur cette base de définir le joueur qui a le mieux joué. Le vainqueur serait donc celui qui a fait les meilleurs choix.
On n'a là une théorie hautement contestable, car elle ne tient pas compte du hasard. Le hasard n'est pas le même pour chacun et ceci a des conséquences sur son jeu. En effet, on n'a pas de mal à imaginer des parties où quelques soient ses choix, le manque de chance empêche un joueur de gagner. A Risk, un joueur a beau être le meilleur stratège du monde, s'il ne fait que des scores minables, il est dans l'incapacité de gagner la partie. En faisant les bons choix, il pourra au mieux optimiser ses résultats, mais pas gagner.
Le jeu d'un joueur c'est donc au moins l'association de deux composantes : sa chance et ses choix. Par chance, on entend en fait la succession de ses résultats aux jets de dés, de ses mains de carte, de ses tirages de tuiles, etc. Comme on vient de le voir, il y a évidemment des associations plus ou moins efficaces. Certains choix associés à certains chances produisent des résultats plus ou moins performants que d'autres. On tient là une définition beaucoup plus convaincante du "bien jouer". Bien jouer, c'est-à-dire faire les bons choix, consiste à faire les choix qui vont optimiser les résultats faisable avec la chance qu'on a. Mais le joueur qui a le plus optimisé ses résultats n'est pas forcément le vainqueur de la partie.
Le problème qui se pose ensuite est l'optimisation en elle-même. Le hasard étant par définition quelque chose d'imprévisible, comment faire les choix qui vont optimiser ce hasard ?