fred henry dit :Concernant les tests j y vois plutôt des invitations a "essayer" le jeu une fois sa forme quasi définitive élaborée. Il n y a donc pas de problématique de légitimité puisque la seule mesure est subjective : le plaisir généré par le jeu. Et pour ce faire un Knizia ou un Wallace ne seraient pas plus légitimes que n importe qui d autre. Et concernant le processus éditorial il est exactement le même sur KS qu ailleur. La modalité de financement n impacte pas a priori le processus éditorial.
Oui c'est d'ailleurs intéressant, car un des phantasmes au début de l’émergence de KS et autres plate-formes était 'directement de l'auteur au joueur, et le joueur participe durant la campagne au développement du jeu'.
Dans la pratique ça ne marche pas pour plusieurs raisons :
- l'auteur n'est souvent pas un éditeur, ce sont des compétences différentes de créer/développer un jeu (auteur) et de l'habiller et d'en faire un produit (éditeur)
- créer/développer un jeu prend souvent de 6 à 36 mois, beaucoup plus longtemps que al durée de financement d'une campagne
- c'est difficile pour un auteur de gérer les retours des playtesteurs en cours de création. Généralement il teste en privé avec des testeurs proches, surtout au début, puis il élargit le cercle au fur et a mesure que le jeu mature. Après chaque séance de test il fait le tri entre les idées qui lui semblent pertinentes et celles qu'il désire écarter, et revient avec une nouvelle version, le procédé est itératif. En amenant cette phase sur internet, avec la publicité des débats, il devient beaucoup plus difficile pour l'auteur de conserver sa marge de manœuvre pour décider des apports pertinents ou non, il devra gérer aussi la communication et les déceptions, les grandes gueules, etc. Ça devient vite périlleux. Et s'il n'a pas la force d'esprit/l'intégrité de trancher et de veiller à l'intérêt du jeu, on se retrouve avec un truc 'créé par un comité' qui sera irrémédiablement bancal.
Du coup les plate-formes de souscription sont adaptées à des produits finis ou quasi-finis, mais pas à une création participative en temps réel.
Et c'est le même au niveau apports sur l'édition : l'éditeur qui arrive avec un projet qui n'en est qu'au début de la phase d'édition (genre avant même que les artworks finaux ou le thème et format ne soient 100% fixés) en espérant créer une dynamique participative sur ce volet se heurtera d'un côté aux 'mais il est même pas prêt ton produit' et de l'autre aux problèmes cités ci-dessus en termes de délai et de gestion des apports.
Il faut arriver avec un produit fini, mais modulable pour pouvoir donner quelques choix aux souscripteurs pour les inscrire dans la démarche et les faire s'approprier le produit... En gros 'voila le modèle d'auto qu'on vous a concocté, vous le préférez en vert, noir ou rouge' ?
Il y a naturellement quelques contre exemples ou les suggestions des souscripteurs ont permis de revoir et améliorer le produit, mais ca reste inhabituel.
C'est se priver de certains apports intéressants que le participatif peut avoir, mais les formats actuels ne permettent pas beaucoup de marge à ce niveau.