Ça fait longtemps que je n’ai pas posté ici, donc je viens parler de ma partie d’hier soir, une découverte de Tempus à quatre joueurs, un jeu semblait être tombé dans les limbes de l’oubli. Y compris par moi-même d’ailleurs, puisque je possède le jeu depuis la fin du mois de septembre, quand je l’avais directement ramené des États-Unis, profitant d’un voyage professionnel dans la ville de Providence, capitale d’un des plus petits états du pays : Rhode Island. En cherchant après une boutique de jeux locale, je m’étais directement retrouvé dans la boutique de l’éditeur Face 2 Face games, le même qui nous a ramenés Moaï à Essen cette année. La politique de prix de la boutique était d’ailleurs la même que celle de l’éditeur, et le jeu était un peu cher, malgré le cours avantageux du dollar. J’ai cependant profité de l’occasion, m’étant laissé dire que l’édition anglaise de Café Games était de meilleure qualité que l’allemande Pro Ludo (je n’ai pas pu vérifier par moi-même, sauf en ce qui concerne l’illustration de la boîte). Bref.
Pas de grande surprise en ouvrant la boîte, si ce n’est que je peux un peu confirmer ce qui a été dit concernant le matériel : bon dans l’ensemble, mais les terrains sont difficiles à discerner, surtout sur les cartes, elles-mêmes plutôt mal illustrées. Difficile aussi de distinguer le bleu du violet/bleu nuit et du noir. Ceci dit, en cours de partie, ça ne pose aucun problème, puisqu’il n’est quand même pas difficile de savoir où se situent nos propres pions et villes…
En ce qui concerne le jeu lui même, on retrouve un peu d’Evo (il faut rejoindre des cases spécifiques à chaque tour) et de Civilisation (pour la construction des villes qui “bloquent” une case), voire de Vinci, mais là il faut vraiment chercher un peu. Les règles sont très simples, surtout pour un Wallace qui nous avait habitués à du plus lourd. Il suffit de 20 minutes pour lire et expliquer la règle simultanément (d’habitude, j’évite soigneusement cette situation). La partie a été très longue, mais on ne peut pas vraiment en blâmer le jeu, vu que la partie a été interrompue à de nombreuses reprises par des récits de vacances, des débats politiques, des détails sur la construction d’une maison dans tel patelin ou sur l’éducation d’une petite fille entre 0 et 2 ans, gestion des entrées et sorties et des clés de la MJC, entraînant perte de concentration, absence de réflexion pendant le tour des autres joueurs. Bref, à nouveau.
La réflexion est d’ailleurs loin d’être inutile ici, l’absence de dés (mais de l’incertitude reste pendant les - peu nombreux - combats par le tirage de cartes, un peu plus prévisible), la relativement grand nombre d’options de jeu et la subtilité du placement, assez stable et que l’on peut donc envisager plusieurs tours à l’avance, rendant le jeu finalement assez stratégique. Le système d’évolution est plutôt bien pensé (même si on aurait évidemment préféré une évolution indépendante pour chaque civilisation, “à la Vinci”, mais l’échelle temporelle du jeu, de la préhistoire à nos jours, va bien au delà de cela, et une évolution indépendante aurait été assez peu pertinente d’un point de vue thématique). Par contre, toujours thématiquement, on se demande pourquoi on inventera l’imprimerie en premier parce que notre civilisation se trouve positionnée sur des régions de collines plutôt que dans des champs. Bon. Maintenant, plutôt amateur de jeux à l’allemande, je ne suis pas du tout du genre à être rebuté par ce genre de considérations (et personne à la table ne l’était), donc je passe bien volontiers.
Concernant la partie d’hier soir : personne ne connaît le jeu, donc on se place un peu au hasard, en essayant toutefois de ne pas se trouver dans des zones trop proches de ses adversaires, et en évitant également les régions trop montagneuses (il y a une grosse chaîne de montagnes au centre du plateau). Les montagnes ne permettent pas de construire de villes et ne rapportent pas de points en fin de partie. Le premier tour est assez anecdotique : tout le monde fait à peu près la même chose, à savoir un déplacement, une naissance et une pioche de cartes, sans vraiment boulverser l’équilibre du plateau. Par contre, dès le deuxième tour, où il faut essayer de rejoindre des forêts, un joueur se place directement sur une forêt convoitée par son voisin, ce dernier déclenchant le premier conflit du jeu, qu’il perd (le défenseur gagne les égalités, rendant les attaques difficiles, surtout en début de partie). Il ne s’en remettra pas ('faut dire que l’attaque n’était pas indispensable et que ses coups des deux-trois tours suivants seront joués de manière assez calamiteuse). Le troisième tour voit l’apparition des premières villes. C’était peut être un peu prématuré (surtout quand on a déjà perdu un pion en combat…), puisque les villes bloquent des régions, et les régions intéressantes (les plaines qui permettent les naissances surtout) sont bien rares. Le joueur déjà affaibli se bloque ainsi ses rares cases permettant les naissances et ne verra plus le jour de la partie et trouvera le temps un peu long… (Pourtant, c’est lui, démobilisé, qui mettra le plus de temps à jouer à chaque tour !)
Arrivé vers la fin de la partie, j’ai un peu d’avance avec le contrôle d’un petit tiers de la carte, de régions assez riches et du plus grand nombre de villes. Je subis alors plusieurs attaques. Même si j’en perds peu (je ne perds finalement qu’une ville il faut dire mal défendue), je me vide de mes cartes, qui m’auraient pourtant valu trois points de victoire en fin de partie (mais perdre les combats m’auraient aussi fait perdre des points, donc bon…)
Au final, je termine deuxième avec 20 points. Le premier a 23 points, le troisième 19 et le dernier 13. Sans me faire attaquer au dernier tour, je finissais sans doute premier. Ceci dit, je n’ai pas essayé de négocier, et les attaques, même si elles avaient un petit relent de kingmaking, étaient plutôt dans la logique du jeu (le deuxième attaque le premier, le troisième aussi pour profiter de ma main affaiblie et espérer de me reléguer en troisième place).
Dans l’ensemble, je suis plutôt enthousiaste, mais pas au point d’intégrer Tempus à mes incontournables. Par contre, comme d’ailleurs Vinci ou Evo, il ressortira en son temps, probablement sans jamais lasser si la fréquence de sortie n’est pas trop élevée (je prédis du deux fois par an…)