Laïcité scolaire : cadre protecteur ou discrimination?

Je comprends que tu dises ne pas faire d’alignement automatique, mais dans les faits ton raisonnement revient quand même à dire que, sur le voile, l’abaya ou certaines caricatures, Charlie arriverait au même endroit que l’extrême droite. C’est précisément ce que je conteste.

Même cible apparente ne veut pas dire même logiciel politique. L’extrême droite vise souvent les musulmans comme groupe. Charlie Hebdo, lui, part d’une tradition anticléricale, anti-dogmes, anti-religions, y compris quand cela vise l’Église, le judaïsme, l’islam ou le catholicisme réactionnaire. On peut trouver certains dessins lourds, brutaux, maladroits ou injustes, mais cela ne suffit pas à en faire un discours d’extrême droite.

Sur le fond, je comprends la critique quand une règle devient une police du vêtement… le maillot, l’abaya, le voile dans le sport, etc… Oui, cela peut devenir discriminatoire, humiliant et absurde, surtout si cela cible concrètement certaines jeunes filles musulmanes. Mais il faut aussi regarder les situations précisément. En piscine, par exemple, les règlements reposent souvent sur des questions d’hygiène et de sécurité, l’interdiction des shorts longs, des vêtements amples, obligation d’un maillot adapté, parfois une pièce, etc… Tout règlement n’est donc pas automatiquement une discrimination déguisée.

La vraie question, c’est, est-ce que la règle est générale, claire, sanitaire et applicable à tous ? Ou devient-elle un prétexte pour viser certaines filles ? Dans le second cas, oui et c’est gravissime, je suis complètement d’accord avec toi.

Même chose pour le voile dans le sport ou à l’école. Une interdiction générale peut exclure des femmes ou des filles, et c’est un vrai problème. Mais faire comme si le voile était toujours un simple choix individuel neutre me paraît tout aussi insuffisant. Dans certains contextes, il devient aussi un marqueur entre les “bonnes” croyantes et les autres, entre les filles jugées “pures” et celles jugées trop visibles, trop libres ou pas assez conformes. Et là encore, ce sont mes collégiennes qui subissaient la pression.

C’est pourquoi l’école, le sport scolaire et les espaces collectifs doivent aussi protéger la liberté de conscience. La loi de 2004, et le débat sur l’abaya, s’inscrivent dans cette logique. Éviter que des signes religieux ostensibles deviennent des marqueurs de séparation ou de pression.

Sur la caricature de l’étudiante voilée à l’UNEF, je peux entendre qu’elle soit vécue comme humiliante ou injuste. Mais dire “une femme voilée ne devrait pas avoir de responsabilités syndicales”, ce serait discriminatoire. En revanche, interroger par la satire la tension entre un syndicat historiquement progressiste, féministe, laïque, et un signe religieux associé dans beaucoup de contextes au contrôle du corps des femmes, ce n’est pas exactement la même chose il me semble…

Donc oui, une interdiction peut être mal appliquée et devenir discriminatoire. Oui, certaines caricatures de Charlie peuvent être acides, lourdes ou ratées. Mais refuser de voir les pressions religieuses ou sociales qui pèsent aussi sur certaines filles, c’est abandonner une partie du problème.

Et transformer cette critique des signes religieux ou du voile en “Charlie hurle avec les loups de l’extrême droite”, ça reste pour moi un raccourci excessif. Une satire maladroite n’est pas automatiquement une adhésion idéologique.

*Ancienne professeure d’EPS en REP+, dans une ville gérée par… l’extrême droite. (Désastreuses pour les droits des citoyens). Je connais bien les problématiques des cycles Natation…

On devrait ouvrir un autre fil de discussion que ça n’a plus grand chose à voir avec le climat désormais.

Je pense qu’il est tard et que demain, c’est lundi.

Je pense aussi que ces débats, c’est quand même un sacré luxe que nous avons et sans doute tant mieux, on peut encore se le permettre. Pour le moment.

Y’a pas de blanc seing, pour Charlie. On sait bien ce qu’on va trouver dedans. Le très léger souci, il me semble, c’est de s’arrêter aux caricatures. Charlie, ce n’est pas une bande dessinée… par contre je pense qu’ils ont payé cher leur droit à la provocation.

Pour en revenir au voile et ça tombe bien car c’est pas mal efficace de placer des store bane au dessus des fenêtres pour éviter le rayonnement solaire, je suis qui pour décider aux femmes ce qu’elles doivent porter ? Faut que je devine les intentions derrière ? Pendant longtemps, on a interdit socialement aux femmes de porter le pantalon. Et puis, chez les chrétiens, y’avait aussi le port du foulard et même à l’école le code Soleil y allait de ses commentaires sur la bienséance des jeunes maîtresses.

Bon, on a eu Mai 68 pour se libérer un peu n’importe nawak de ce questionnement faussement moral.

Mais, pour en revenir à la stigmatisation, n’est elle pas absolument contre productive et ne renforce t elle pas une réaction communautariste ?

L’affirmation d’une identité, d’une fierté de faire partie d’une communauté, n’est elle pas en partie lié au rejet a priori de pratiques sociales qui, sur le territoire français, peuvent s’exprimer parmi d’autres, quels que soient les dogmes ? On a la loi de 1905 quand même.

Le tout est de ne pas être naïf. On a les moyens de se prémunir contre les tentatives de déstabilisation.

Mais pour le reste, foutons la paix aux femmes, voilées ou non.

1 « J'aime »

Là il est tard (ou tôt, c’est selon), je me suis juste levé pour fermer les fenêtres car l’orage arrive…
Mais demain, toute la disxussion Charlie et politique française va migrer sur un autre sujet.

1 « J'aime »

Sauf que des pressions il y en a de partout : par exemple une fille qui n’en a rien à cirer du maquillage et qui va se maquiller pour faire comme les copines et pourtant on ne va pas interdire le maquillage… Pour prendre des exemples plus sérieux et problématiques tu peux avoir des incitations de certains groupe à prendre des drogues dangereuses, à avoir des relations sexuelles sans se protéger, à rejeter telle ou telle personne ou groupe de personne voir à être violent physiquement avec ces personnes, à conduire saoûl, etc… et qu’est ce qui fonctionne le mieux à ce niveau ? A priori la prévention et l’éducation… Mais ça n’empêche pas certain de faire des choix qu’ils vont peut être regretter amèrement… Mais c’est comme ça… N’empêche que des filles qui se prennent une porte à l’école parce qu’elles portent une abaya ou un voile c’est violent, injuste, discriminatoire et pas du tout dans l’esprit de la loi de 1905 sur la laïcité qui garantit le droit de chacun d’avoir ou non une religion et qui sépare l’église de l’Etat, or des collégiens ne représentent pas l’Etat… Les lois qui sont arrivés après sur le port du voile et compagnie sont des lois discriminatoires à dénoncer comme telle et c’est personnellement ce que j’attends des caricaturistes et soi disant trublions… A mon centre de loisirs (quartier REP également) les enfants savent très bien qui est musulman et qui ne l’est pas qu’il s’agisse des enfants ou des adultes, il suffit de regarder qui mange de la viande et qui mange sans viande, il y a parfois un peu de pedagogie à faire sur ces sujets dans un sens ou dans l’autre mais globalement ça se passe bien, c’est exactement ça la laïcité, c’est le vivre ensemble, la liberté de croire ou non et de s’habiller comme on le souhaite et certainement pas les injonctions de trop d’hommes politiques et de Charlie Hebdo… Comme le dit Menestrel foutons la paix aux femmes !

1 « J'aime »

Je pense que ta lecture de la laïcité scolaire est trop limitée à 1905. La loi de 1905 garantit la liberté de conscience et sépare les Églises de l’État. Mais l’école publique a un cadre spécifique depuis 2004. On n’est pas seulement dans « chacun s’habille comme il veut », on est aussi dans la protection de la liberté de conscience des élèves.

Et c’est là que l’analogie avec le maquillage ou le rouge à lèvres me paraît faible. Bien sûr qu’il existe des pressions sociales partout. Mais toutes les pressions ne se valent pas et ne relèvent pas du même registre. Le maquillage peut être une norme sociale pénible, mais toutefois interdit dans le règlement intérieur. Mais un signe religieux ostensible, dans un établissement scolaire, peut aussi devenir un marqueur collectif, croyante/non-croyante, pure/impure, conforme/pas conforme. Ce n’est pas exactement la même portée symbolique.

D’ailleurs, l’école ne répond pas seulement par « prévention et pédagogie » parce qu’on en fait tout les jours. L’école pose aussi des interdits. On interdit les drogues, la violence, certaines tenues inadaptées (règlement intérieur encore une fois), les comportements dangereux, les pressions sur les autres. Éduquer n’a jamais voulu dire renoncer à tout cadre.

Sur l’abaya ou le voile, je comprends qu’une application brutale puisse être vécue comme violente ou discriminatoire. Et si une règle sert à cibler uniquement des jeunes filles musulmanes, oui, c’est grave. Mais dire que toute limitation d’un signe religieux ostensible serait forcément contraire à la laïcité, c’est oublier l’esprit de la loi de 2004 qui cherche à protéger l’espace scolaire commun où les élèves ne sont pas renvoyés en permanence à leur appartenance religieuse.

Et vu ce qu’on a vécu avec Samuel Paty, on ne peut pas non plus faire comme si « l’instrumentalisation de la religion » contre l’école, les enseignants et les symboles républicains était une abstraction. Évidemment, ça ne doit pas servir à suspecter tous les élèves musulmans, on est bien d’accord ! Mais ça rappelle que l’école doit protéger les enfants, les enseignants et la liberté de conscience contre les pressions religieuses comme contre les discriminations.

Donc oui, foutons la paix aux femmes. Mais foutre la paix aux femmes, ce n’est pas seulement les protéger de l’État ou des règlements absurdes. C’est aussi les protéger des pressions familiales, religieuses, sociales ou communautaires qui peuvent peser sur elles. La difficulté est précisément là

Et là je ne parle pas en théorie, je l’ai vécu comme prof d’EPS en collège. J’ai vu des collégiennes subir des pressions, y compris à l’école, parce qu’elles ne portaient pas de signe religieux, elles étaient considérées comme impures, accusées de ne pas faire honneur à leur famille, de vouloir attirer les garçons ou de “mal s’habiller”. Pressions des frères, des cousins, des amis.

Et ça, pour moi, ce n’est pas comparable à une pression sociale autour de la tenue vestimentaire ou du rouge à lèvres. On touche à la liberté de conscience, au rapport au corps, à la honte, à la famille, à la religion et au contrôle des filles. C’est vraiment plus lourd. Plus grave.

Oui bon, j’ai mis juste après des exemples plus sérieux avec des conséquences tout autant sérieuses : drogues (risque de devenir toxico), sexe non protegé (risque de choper le sida et où grossesse non desirée), violence symboliques et ou physiques, conduite sous alcool (risque de mort ou de donner la mort involontairement)… Et tu penses qu’interdire le voile va faire que comme par magie les proche de cette fille vont arrêter les pressions ? Non si l’entourage est à fond cette jeune fille risque juste d’être déscolarisée et si le but c’est de la “protéger” d’une certaine radicalité ça donne au contraire des arguments à ceux qui sont les plus à fond vu qu’en faisant cela on la discrimine… Et puis pour l’abaya c’est du grand n’importe quoi vu que celle ci n’a même pas de connotation religieuse…

A quoi la “bêtise intelligente” (selon Ragg Sorr) de Charlie Hebdo répond ceci :

Niveau amalgame douteux Zemmour n’aurait pas fait pire… Mais bref…

1 « J'aime »

Désolé que tu sois vexé très fort. :person_shrugging:
Je ne pensais pas du tout à toi mais tu tiens en effet très exactement les discours que j’ai dénoncé, en tentant de revenir au macro là où tu reste dans le micro, malgré les explications de plusieurs personnes.
Tu restes sur ton axe qui peut être légitime mais tu ignores ostensiblement les explications qui t’expliquent que d’autres axes paraissent plus légitimes.

Je pourrais t’opposer plein de couvertures (puisqu’on ne parle que des couvertures de Charlie, à priori) qui défoncent l’extrême droite et celles qui vont à 200% dans le sens de l’extrême gauche mais on n’est pas dans un tennis à se renvoyer la balle et compter les points. Tant que tu effectues une sélection dans les couvertures problématiques de Charlie pour défendre ton propos, tu n’entendra aucun des arguments que certains d’entre nous essayons de t’exposer.

Elles sont toutes, absolument toutes problématiques, selon l’axe de vue que tu retiens. C’est sensé être ça qui nous fait comprendre que du coup ils ne sont réellement “coupables” d’aucun “isme” à moins d’accepter qu’il le sont de tous. Et c’est leur cheval de bataille, justement. Pour voir l’intelligence de leur bêtise, il faut se forcer à faire un zoom arrière et regarder globalement, ce que tu refuses de faire obstinément.

Après, tu as aussi le droit de simplement ne pas être d’accord. :pray:
Juste, nous aussi :slight_smile:

Je ne suis pas “vexé très fort” je suis en désaccord et je te remercie d’éviter ce genre de foutage de gueule condescendant à l’avenir qui n’apporte rien du tout je ne suis ni ton enfant qui fait “gros caprice”, ni ton pote…

Je sais pertinemment que Charlie Hebdo s’en prend régulièrement à l’extrême droite et cela de longue date et ça ne les empêche malheureusement pas d’avoir les mêmes réflexes qu’eux sur les questions de religion musulmane, j’ai amplement détaillé plus haut… Ce ne sont malheureusement pas les seuls et ça fait des années que l’ED essaime à ce niveau. Et faire leur perroquet sur ces questions est pour moi à la fois dangereux et pas du tout là où j’attends les humoristes provocateurs : je suis par exemple en phase avec Pierre Emmanuel Barré qui me fait beaucoup rire au contraire de Charlie Hebdo version 2026. Mais bref chacun voit midi à sa porte…

Je suis également fan d’Emmanuel Barré même si lui aussi, parfois, mérite quelques critiques :slight_smile:

Concernant ça, je vais rester en phase avec Charlie en t’expliquant poliment et avec le plus grand respect du monde que ta susceptibilité est le dernier de mes soucis.

Oui sauf qu’on est sur un forum et qu’on a pas trait les vaches ensembles mais bref… :roll_eyes:

Je crois qu’on peut peut-être se rejoindre sur un point, l’école ne règle pas toutes les pressions sociales, familiales ou religieuses. Mais elle peut être un sanctuaire de liberté. Même temporairement.

Je pense être profondément humaniste, donc plutôt en phase avec les valeurs de la gauche, et quand il s’agit de protéger l’enfance, même imparfaitement, même temporairement, je prends. Pour moi, l’école est justement « le » lieu où l’élève vient d’abord comme élève, pas comme représentant de sa famille, de sa religion, de son quartier ou de son groupe. C’est une chance, pas une oppression. Un espace commun face à tous les obscurantismes, d’où qu’ils viennent !

Sur tes exemples de drogues, de la sexualité, des violences, de l’alcool, justement… l’école ne se contente pas de « laisser faire » au nom de la liberté individuelle. Elle éduque, elle prévient, elle encadre. L’infirmière propose des préservatifs, fait de l’éducation à la sexualité (vie affective), on parle de consentement, de prévention, de risques, alors même que des parents, de tous bords politiques ou religieux, nous font parfois comprendre qu’on n’aurait pas à s’occuper de ça. Et pourtant on continue de le faire, parce que protéger les enfants, c’est aussi parfois les sortir temporairement des injonctions familiales, de tous bords. Et on ne cède pas à cette pression, à contre courant d’une bonne partie de la société.

Donc non, interdire un signe religieux ostensible ne fait pas disparaître les pressions comme par magie. Là-dessus on est bien d’accord et tu as raison. Mais l’inverse n’est pas vrai non plus, laisser entrer tous les marqueurs religieux à l’école ne protège pas les filles pour autant.

Sur l’abaya, dire « ce n’est qu’un vêtement traditionnel » ne suffit pas. Oui, un vêtement peut ne pas être religieux par nature et devenir, dans un contexte scolaire précis, un signe d’appartenance religieuse ou identitaire. Ce n’est pas seulement le tissu qui compte, c’est la manière dont il est porté, revendiqué, perçu, utilisé dans les interactions entre élèves. Je tiens le même discours sur les crèches dites « traditionnelles » ou les fêtes de noël dans les écoles.

Et là, oui, je te rejoins sur un point important, certains responsables politiques instrumentalisent clairement ces sujets. L’abaya, le voile, la laïcité, tout cela devient parfois un théâtre de communication cynique pour flatter un électorat identitaire ou sécuritaire. C’est une réalité, et elle me dérange profondément. Des politiques utilisent la laïcité non pas pour protéger les élèves, mais pour envoyer des signaux à l’électorat d’extrême droite. C’est détestable.

Mais l’instrumentalisation politique d’un principe ne suffit pas à rendre ce principe illégitime. Ce n’est pas parce que des responsables politiques se servent mal de la laïcité qu’il faut abandonner l’idée d’un cadre scolaire protecteur. Sinon, on laisse justement les pires récupérations définir le sens du débat.

Et je suis d’accord, si une élève est humiliée, ciblée, exclue brutalement ou déscolarisée, on a raté l’objectif. En règle générale avec le dialogue on évite ça, et l’application reste intelligente et comprise. Mais dire que toute limitation serait forcément discriminatoire, c’est trop simple. Le cadre protège aussi celles qui n’ont pas envie d’être assignées, comparées, jugées ou ramenées à une norme religieuse. Et cette protection-là est moins visible, parce que quand le cadre fonctionne, on ne voit pas toujours les pressions qu’il évite.

Si je devais résumer, la liberté, ce n’est pas seulement pouvoir porter un signe. C’est aussi pouvoir ne pas le porter sans être jugée. Au fond, je pense que nous sommes d’accord. La différence, c’est que j’interroge les limites de la liberté. Pour être pleinement vécue, elle a parfois besoin d’un cadre, même fort. D’autant plus à l’école… protéger les enfants. L’innocence.

Sauf que ces exemples je les ai pris en parlant de “problématiques plus sérieuses”, tu te rends compte qu’on en est à comparer la prise de drogues et l’adhésion à une religion… Alors qu’il y a plein de degré de la pratique la plus soft à la plus radicale et même chez les radicaux tu n’auras qu’une extrême minorité qui peux potentiellement complètement pêter les plombs. Et on part toujours du principe qu’il y a eu des pressions en oubliant toutes celles qui ont choisit complètement librement de porter un voile… A l’adolescence chacun se cherche : certains vont se trouver une passion pour la religion, d’autres pour le métal, d’autres pour la politique, d’autres pour le cannabis… Bref il n’y a qu’un seul cas où on va interdire de le montrer c’est sur la religion… Tu peux te promener avec ton tee shirts de métal et des tifs de metalleux personne ne viendra te dire que tu n’as pas le droit et pourtant peut être que t’es dans le métal néo nazi et que ton tee shirt fait référence à un groupe néo nazi, tant qu’il n’y a pas une grosse croix gammée dessus, ça passera crème… Et dans le cas de vrais problèmes familiaux qui touche à la sécurité affective, il y a la protection de l’enfance (qui fait ce qu’elle peut mais qui a le mérite d’exister…). Donc encore une fois : laissons les filles s’habiller comme elle le désire et j’apprecierai que Charlie Hebdo arrêtent de les faire passer pour des idiotes manipulées tout comme ceux qui les défendent…


Je trouve ta réponse assez paradoxale. Tu dénonces les “comparaisons hasardeuses”, mais c’est toi qui as ouvert la porte aux comparaisons avec la drogue, puis maintenant avec le métal, la politique ou les goûts musicaux. Or, je pense que tout ne se vaut pas.

Une religion n’est pas un simple “goût personnel” comme aimer le métal. C’est une croyance intime, mais aussi un cadre familial, communautaire, moral, vestimentaire et normatif. C’est précisément pour cela que l’école publique pose une règle commune. Non pas pour humilier les élèves, mais pour créer un espace où l’élève existe d’abord comme élève, avant d’être assigné à une appartenance. Tu comprends ce que je veux dire ?

Et non, ce n’est pas vrai qu’on laisserait tout passer sauf la religion. Un tee-shirt à connotation néonazie, politique ou discriminatoire ne "passerait pas crème”. Dans les établissements où j’ai travaillé cela a déjà été sanctionné. La liberté d’expression des élèves existe, mais elle n’est pas absolue, elle s’exerce dans un cadre collectif, avec neutralité, pluralisme et respect des autres, normalement ! (Si l’équipe éducative fait bien son travail, et c’est généralement le cas).

Sur le voile chez les adolescentes, je trouve aussi dangereux de parler de “choix complètement libre” comme si une mineure se construisait “hors sol”. Bien sûr qu’il faut écouter leur parole. Mais écouter une adolescente ne signifie pas sacraliser immédiatement son “choix” comme s’il était totalement autonome, parfaitement formé, imperméable aux attentes familiales, religieuses ou sociales. C’est justement parce que la liberté de conscience est en construction que l’école doit protéger un espace de respiration. Ce que tu vois comme “Interdiction” est pour moi, un espace où les enfants sont “préservés” pour les aider à se construire et construire leurs convictions personnelles.

Et dénoncer, notamment dans les caricatures de Charlie, ce n’est justement pas traiter les filles voilées “d’idiotes” selon mon interprétation, évidemment… C’est refuser deux simplifications faciles, à savoir :

“Elles sont toutes manipulées” d’un côté, "Elles choisissent toutes librement” de l’autre.

La réalité est il me semble plus complexe. Certaines sont sincères, certaines subissent, certaines intériorisent des normes, certaines oscillent entre les deux. L’école n’a pas à trancher dans l’intime. Elle pose une règle commune, lisible, qui protège aussi celles qui ne veulent pas porter de signe religieux visible. Rassures moi, on peut quand même demander à un élève de mettre entre parenthèses, le temps scolaire, une tenue à connotation religieuse ostensible, non ? On ne lui demande pas de renoncer à sa foi, mais de respecter un cadre commun dans un espace particulier : l’école publique.
Et ce cadre n’est crédible que s’il vaut pour tout le monde, sinon on tombe dans l’arbitraire permanent…

Quant à Charlie Hebdo, on peut critiquer certaines unes, leur lourdeur ou leur effet humiliant. Mais dénoncer une pression religieuse ou une norme imposée au corps des filles, ce n’est pas automatiquement dire que ces filles sont idiotes. On peut défendre leur dignité sans faire semblant que toutes les contraintes sociales disparaissent dès qu’une adolescente dit “je l’ai choisi”.

Là, tu me sembles peut-être dans un biais de confirmation. Tu sélectionnes certaines unes, tu les interprètes toujours dans le même sens, puis tu t’en sers pour valider une conclusion dont tu es déjà intimement convaincu.

Pas si simple, tout ça, hein ? En gros, on dit presque la même chose et évidemment c’est sur le presque qu’on discute, qu’on argumente et aussi qu’on a du mal à composer avec des interprétations différentes. C’est si grave que ça ?

Alors oui, il y a une sorte d’effet tunnel quand on détaille une information alors qu’il y a tout un contexte autour, qu’on ne conteste pas mais dont on interprète l’intention.

Charlie, c’est l’humour bête mais peut être moins que nous. C’est aussi des enquêtes et des révélations. Ça tape un peu dans tous les sens mais plus souvent sur la droite. C’est du poil à gratter et c’est surtout drôle pour ceux qui n’en ont pas dans le dos.

On va pas s’échauffer pour ça, vous êtes des intervenants respectables et vos avis ont de quoi faire réfléchir. C’est juste dommage que l’autorité s’en fiche complètement et ne répond qu’au doigt mouillé dans le sens du vent.

1 « J'aime »

Sauf que si on prend de la distance et qu’on regarde du côté des defenseurs des droits humains à l’international, Amnesty International est inquiet des successions de lois islamophobe en France sur ces 20 dernières années :

les mesures prises depuis ces 20 dernières années au nom de la laïcité, et tout particulièrement les mesures visant à interdire le port de signes religieux, ont un impact négatif sur la jouissance des droits humains des femmes et des filles musulmanes. À travers ces mesures, l’État français viole son obligation de respecter, protéger et réaliser les droits humains des femmes et des filles musulmanes, et notamment leurs droits à la non-discrimination, à la santé et à l’égalité, entre autres droits humains. Par ailleurs, ces mesures ne répondent pas aux critères édictés par le droit international relatif aux droits humains pour instaurer des restrictions à la liberté de conscience.

Le rapport complet :

Mais bref on ne tombera pas d’accord

Tu es en train de reprocher à Charlie Hebdo d’être anticlérical et de ne pas traiter différemment catholiques, juifs et musulmans.
Pourquoi la religion musulmane devrait elle être ménagée ? Parce qu’elle est ciblée par l’extrême droite ? Parce qu’elle est ménagée par LFI ? Ou simplement parce qu’on n’a pas envie de traiter le problème que ses excès posent ?

J’entends très bien les difficultés que rencontrent les enseignants. J’entends surtout leur manque de soutien de la part de l’administration (au sens très large).

Charlie n’est pas un organe de recherche de consensus, c’est un organe de dénonciation des dysfonctionnements par la caricature et l’humour. Sans nuance.

Dans une société qui se repli de plus en plus dans le communautarisme et, par la même, perd toute cohésion sociale, toutes valeurs commune, Charlie Hebdo fait son travail, nécessaire.

Je pense aussi qu’il y a toute une éducation à faire, refaire ou défaire pour les garçons en ce qui concerne leurs vision des femmes.

Et ça concerne bien entendu tous les garçons, quelle que soit leur religion et même s’ils n’en ont pas.

1 « J'aime »

Oui. C’est un rapport qui fait réfléchir sur la neutralité de l’intégration à la française.

1 « J'aime »

Je ne leur reproche pas d’être anticléricaux je leur reproche de taper sur les discriminés au lieu de taper sur ceux qui discriminent.

Mais si ! Je suis d’accord avec Amnesty, il existe bien en France une stigmatisation réelle des femmes et filles musulmanes, surtout quand le débat public instrumentalise la laïcité.

Mais me lis-tu vraiment ? Tu ne réponds pas à mes questions, je vais essayer de résumer, même si ça édulcore mon propos :

  • Préserver la liberté de conscience des enfants,

  • Les aider à construire leurs choix, et rappeler que la religion n’est pas un simple goût personnel.

Rassure-moi, on peut quand même demander à un élève de mettre entre parenthèses, juste le temps scolaire, une tenue religieuse ostensible, sans lui demander de renoncer à sa foi ?