Il y a à peu près autant de bonnes raisons de jouer que de ne pas jouer. Parce que vous êtes fatiguée, que vous n’avez ni le temps ni le goût pour ce jeu là. Parce que vous venez de l’acheter, mais attendez le moment opportun où vous saurez réunir autour de la table les joueurs adéquats. Même si toutes les conditions sont réunies personne n’a l’obligation de jouer. Libre à vous de ne pas jouer si l’humeur ne vous y incite pas. légitimement, il est de également bon ton de ne forcer personne à le faire. Vous avez le droit de ne pas jouer.
Bien que certains aient remportés des prix et que d’autres s’achètent dans des stations-service, il n’y a pas d’échelle de valeur parmi les jeux. Qu’importe la complexité de la règle ou le nom de l’auteur chaque jeu est à sa place tant que les joueurs l’apprécie autour de la table. Libre à vous de faire une partie du dernier jeu à la mode, vendu par palette entière ou de sortir du fond du placard un jeu expert du siècle dernier. Vous avez le droit de jouer à n’importe quoi.
En famille, au club ou en ligne vous pouvez jouer avec ou contre des joueuses de tout acabit. Avec votre grand-mère pour l’aider à maintenir sa mémoire ou contre votre petite nièce pour lui faire découvrir les jeux de votre enfance. Qu’ils soient vos adversaires ou partenaires, qu’ils habitent au bout de la rue ou au bout du monde tous les joueuses et joueurs peuvent partager votre table. Vous pouvez jouer contre le jeu ou juste contre vous-même, tentant de battre votre précédent score. Vous avez le droit de jouer avec n’importe qui.
La victoire est votre objectif, mais parfois celle-ci vous échappe. Rien de grave à la défaite, elle ne rend la victoire que plus belle. Beaucoup d’appelées, peu d’élues, d’ailleurs hormis quelques jeux collaboratifs et jeux de duel, il y aura toujours plus de perdants que de gagnants. Personne ne vous jugera parce que vous avez perdu du moment que vous ayez chèrement vendu votre peau. Une défaite est simplement la promesse d’une nouvelle partie afin de prendre votre revanche. Vous avez le droit de perdre.
Il fut un temps où chaque jeu avait ses variantes régionales. Il appartenait donc à la maitresse de maison avant même de commencer la partie de rappeler les règles en usage au cours de celle-ci. De la même manière, malgré tout le soin apporté par l’auteurice d’un jeu, il se peut que vous n’en appréciez pas toutes les mécaniques. Si d’un commun accord, vous décidez de supprimer telle carte parce que trop puissante à votre goût ou telle condition de victoire parce que trop abrupte pour la tablée, libre à vous. L’essentiel étant que chacune des personnes présentes joue avec les mêmes règles. Vous avez le droit de changer les règles.
A l’instar de l’auteurice qui s’est appliqué à la rédaction des règles, l’éditeur a dû faire des choix. Savant équilibrage entre la qualité du matériel proposé et les potentielles ventes à un juste prix. Par conséquent il se peut que votre jeu ne satisfasse pas pleinement votre plaisir ludique. Qu’à cela ne tienne, vous pouvez peindre ces figurines jugées trop ternes, protéger ces cartes trop fragiles, remplacer ces pièces en carton par des espèces sonnantes et trébuchantes ou concevoir un organiseur pour ranger toute les fournitures. Libre à vous de profiter pleinement de votre jeu en adaptant le matériel à votre manière de jouer. Vous avez le droit de personnaliser.
Telle l’abeille butinant de fleur en fleur, vous n’aimez rien tant que découvrir de nouveaux jeux, Parfait ! Rien ne vous oblige à refaire 10 parties de celui-ci pour savoir que vous l’aimez et nul besoin de faire 10 parties de celui-là pour savoir que vous ne l’appréciez pas. Si votre plaisir est de découvrir chaque jour de nouvelles contrées, faîtes le. Ouvrez de nouvelles boites, depunchez tout à loisir et repaissez-vous de règles jusqu’ici ignorées. Le monde des jeux est vaste, profitez-en ! Vous avez le droit de butiner.
Qu’importe les nouveautés fourmillant sur les étals des ludicaires, vous avez trouvé votre jeu et vous n’avez pas l’intention d’en changer. Comme l’ébéniste ponçant inlassablement son bois avec des papiers aux grains de plus en plus fin, vous n’avez de cesse de remettre le coeur à l’ouvrage améliorant chaque fois votre compréhension et votre maitrise du jeu. Les autres peuvent bien se disperser, vous avez trouvé votre Graal. Le jour où vous en saisirez toutes les subtilités n’est pas encore venu, d’ici là, continuez votre exploration. Vous avez le droit de poncer.
A chacun ses épiphanies. Parfois, il s’agit d’un jeu moultes fois pratiqué et d’autres d’une simple promesse aperçue au détour d’un article, mais vous ressentez l’irrépressible besoin d’en parler à tout le monde. Tel le prophète répandant la bonne parole vous bourrez le mou à qui veut l’entendre au sujet de votre découverte. Cherchant toujours à recruter plus d’adeptes prêts à partager leurs impressions sur ce jeu que vous l’ayez pratiqué ou que vous l’attendiez impatiemment. Vous avez le droit de moubourrer.
Fuyant la vie réelle, Madame Bovary se réfugiait dans les livres. De la même manière, libre à vous de vous évader de votre quotidien pour le monde des jeux. Vous serez tour à tour, explorateur traversant la jungle, chevalier conquérant des royaumes ou barbare parcourant des donjons. L’espace d’une partie, oubliez factures et rendez-vous, pour partir à la découverte d’autres planètes, préparer expéditions et potions, soyez cow-boy ou vikings. Quittez la terne réalité pour l’imaginaire des jeux. Vous avez le droit au Bovarysme.