L'inclusion des neuroatypiques dans le jeu de société

Vous en avez sans doute parlé mais je n’ai pas retrouvé le fil de référence sur ce sujet alors désolé si c’était le cas.

Pourquoi j’en parle ? Vous devinerez bien sur que je suis particulièrement sensibilisé là dessus. Par mon histoire, celle de ma famille proche et les rencontres de la vie.

Je me suis posé la question du pourquoi je n’ai pas rencontré le monde du JdS plus tôt dans ma vie. Cela fait un an que la passion m’a pris par surprise alors que j’ai 62 ans.

Oui, je connaissais des jeux de plateau, je jouais de temps en temps dans le cadre familial élargi. Une activité récréative sans prise de tête. Mais pas autant que cette année. Pas avec autant de curiosité et d’entrain.

Mais pas de club, pas de salons bruyants. Mes quelques tentatives ont été des échecs parce qu’il est difficile pour moi de m’adapter et pourtant j’en fais, des efforts. Mais à de rares exceptions près, il n’y avait pas beaucoup de tentatives des joueurs réguliers pour m’intégrer.

Les raisons m’importent peu. J’avais le sentiment de déranger. Alors je m’éclipsais plutôt que de dramatiser.

Je suis enseignant. Oui, c’est étonnant mais malgré tous mes problèmes d’organisation, j’ai réussi à surpasser les difficultés. Bon, ça devient plus difficile maintenant à cause d’une immense fatigue qui s’est installée et que le public a changé en quelques années. J’ai encore deux ans à tenir.

Et le JdS, c’est devenu une sorte de thérapie. Et ça fait du bien :slight_smile:

Mais des échanges récents sur ce forum m’interrogent sur la capacité à accueillir de façon bienveillante ceux qui arrivent et qui ont un trouble dans l’adaptation. Vous avez vos habitudes, vos routines de fonctionnement. C’est sympa, y’a de l’humour, y’a un bon esprit, du partage et de la confrontation d’idées. C’est super.

Mais on ne peut pas expliquer à un TDAH, un DYS ou un autiste qu’il faut prendre de la distance avec la critique. Il le sait, il n’en fait pas exprès et il fait des efforts incroyables déjà.

Alors, est ce qu’il faut prendre des gants ? Pas nécessairement mais il faut repérer les signes dans les réponses et se poser la question du trouble du comportement plutôt que de juger négativement un intervenant.

Personne n’est parfait et les maladresses involontaires, ça arrive tous les jours de chaque côté.

Certains ici reconnaissent ces maladresses et prennent le temps d’expliquer et c’est génial. Mais d’autres s’enferment dans une certaine mauvaise foi.

Je n’ai pas envie de citer des noms mais j’ai pris beaucoup de temps à lire les interventions de pas mal de membres pour me faire une idée imparfaite de leur caractère.

Je ne donne pas de leçons de morale, j’apporte juste un témoignage. Mais je n’ai pas de réponses toutes cuites et toutes faites.

Après, vous en faites ce que vous voulez et vous croyez ce que vous voulez sur mes intentions.

Je vous laisse un lien que je trouve interessant. Il renvoie à d’autres liens.

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Bonjour Monsieur,

Êtes vous professionnel de santé pour diagnostiquer les personnes comme TDAH, DYS, autiste ou autre ?

Je comprends bien ton message et je pense qu’on peut le résumé en juste un mot : Bienveillance.
Bienveillance de celui qui a voulu faire du second degré et qui s est fait mal comprendre et doit donc se justifier plus explicitement. Bienveillance de celui qui a mal compris le trait d humour et qui s est un peu emporté rapidement.
La difficulté vient du langage écrit où n’apparait ni le ton ni l’expression du visage d’où l’utilisation des smileys ce qui n’est pas évident pour tout le monde. Bien sûr s’ajoute la complexité des codes ou des usages du lieu où on écrit ainsi que de la connaissance des utilisateurs. Tout ces facteurs sont déjà pas faciles à gérer pour un sujet lambda et donc encore bien plus pour un neuroatypique. Mais avec patience et bienveillance je pense qu on peut y arriver.
Petit témoignage personnel sur WhatsApp et le fameux groupe “Famille” avec mes parents, frères et sœurs ainsi que neveux et nièces. Je ne fonctionne qu’au second degré avec une forte proportion au chambrage et utilisation scabreuse de jeux de mots bref un calvaire pour mon neveu neuroatypique. Au départ il y a eu quelques réponses décalées de mon neveu sur mes interventions se voulant humouristiques.(ce qui était pour le coup drôle mais un peu à ses dépens) Il a rapidement compris qu’il ne fallait pas réagir de suite à mes messages et il s’est adapté donc à ma personne. J’ai pris pour habitude de rajouter un smiley si nécessaire et la semaine dernière il a répondu de manière très drôle avec du second degré à un de mes messages ce qui à énormément surpris (et rendue heureuse) ma sœur. Bien évidemment que tout le travail a été fait de son côté et que je n’ai rien fait de spécial pour m’adapter à lui à part un smiley mais avec patience et bienveillance on se sent bien dans notre WhatsApp familial. Cela est beaucoup plus dure à mettre en place dans un forum mais je pense que c’est largement possible d’ailleurs suivant certains pseudonymes on ne surréagit pas car on a appris par hasard ou par confession certains troubles.
Ne perdons pas de vue non plus que comme dans toutes les familles, Tric trac a des membres qui aiment bien se chahuter régulièrement sur différents sujets .

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Au passage j’en appelle @weis ou tout autre modérateur pour déplacer le sujet dans la section adéquate(comme Sheila ou Britney Spears) Merci.

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Mais du coup, pour une meilleure inclusivité et pour aider à aller dans ce sens, pourquoi ne pas le dire cash en assumant (dans la limite du possible selon les personnes ) son trouble au détour d’un message ? Genre “je suis désolé mais en tant que TDAH ta réponse me semble (…)” plutôt qu’attendre que les interlocuteurs devinent un potentiel trouble derrière une prose ?
Je n’ai pas de soucis a essayer d’être plus empathique, tolérant, de travailler mes compétences psycho-sociales, mais on ne peut pas être omniscient, encore moins derrière un écran, donc un p’tit coup de pouce peut aider (et on peut postuler que ça sensibilise l’auditoire, à long terme).

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Oui, tu as raison.

Mais déjà, il y a une certaine pudeur chez certains et une crainte chez d’autres d’être rejetés en avouant leur handicap.

Je n’ai pas la solution.

Pour répondre à un autre message plus haut, je ne suis pas docteur en médecine. Je ne peux pas faire de diagnostique. Je suis juste enseignant. J’ai environ 40 ans d’expérience et j’ai vu passer beaucoup d’enfants dont on pouvait se demander s’il y avait un problème particulier. Il y a des signes, plus ou moins visibles. Alors il faut orienter les parents vers les professionnels qualifiés pour mettre un nom sur les problèmes et commencer une prise en charge.

Le jds, s’il est bien adapté, est une source très réconfortante pour une raison essentielle : le code est le même pour tous.

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Hello, j’avoue que je me sens un peu visé vu les échanges sur Illustrateur disponible - #7 par jules.renoir.75019 , qui ont probablement motivé ton message, bien qu’en me relisant, je ne pense pas avoir été méchant.

Cependant, ce topic me parait éclairant, et me parait d’exprimer non pas un malaise, mais une difficulté à me positionner.

Nous avons une personne qui arrive, se présente, et se vexe suite à un propos quelconque.
J’interviens, nous en discutons tranquillement et respectueusement, et quand je lui indique que je pense qu’elle a mal compris ce qui lui a été dit, la personne me répond :

Je ne rebondis pas. La personne à l’origine des propos mal compris par le membre hypersensible et bipolaire s’en explique calmement, ce qui a pour effet d’apaiser la situation, et la personne qui s’est sentie attaqué de répondre :

Happy end pour ce mauvais départ.

Sauf que ça met quand même en lumière un schéma :

  • Un membre arrive, et démarre rapidement ce qui peut être perçu comme un drama (“tu m’as mal parlé, tu dois t’excuser !”)
  • Elle explique ensuite qu’elle est hypersensible et bipolaire et donc perçois très bien les gens méprisant à son égard
  • La personne mal comprise s’explique et tout va finalement pour le mieux

Ca m’évoque deux réflexions :

  • Peut être qu’être hypersensible et bipolaire, contrairement à ce qu’a dit la personne qui en est atteinte, ne permet pas de correctement comprendre les propos et intentions de son interlocuteur? (quelques répides recherches semblent indiquer que c’est le cas)
  • A partir du moment où quelqu’un se vexe ou ne se comporte pas forcément très bien, et que nous n’avons aucun indice du trouble de la personne, comment faire pour deviner que c’est le cas? On demande au tout venant de supposer un diagnostic que les professionnels de santés eux-même mettent entre quelques heures à plusieurs mois pour poser, et d’en tenir compte.

Ca me parait très très compliqué. Et une partie de moi ne peut pas s’empêcher de dire que quand on sait qu’on est atteint d’un trouble qui nous empêche de correctement comprendre l’intention de son interlocuteur, on essaye aussi d’en tenir compte, même si j’entend bien que c’est difficile, puisque le dit trouble consiste justement à mal comprendre et interpréter ce genre de truc. Pas simple :frowning:

Ca relance pour moi ce petit débat intérieur que je n’ai jamais réussi à trancher, entre : est-ce que le monde doit s’adapter à tout le monde? Est-ce qu’il le peut? Est-ce que s’il s’adapte aux moins nombreux, il ne devient pas inadapté aux plus nombreux? Est-ce souhaitable? Ce sont des questions auxquelles j’ai du mal à répondre quand je pense macro, et pas micro.

Ceci étant dit, je suis pour la prise en compte de son prochain, la bienveillance systématique, comme l’indique @kaiser-sauze , mais on ne peut pas demander à des gens quelque chose qu’il leur est impossible de deviner en l’état.

Je sors d’entrée de jeu mon totem d’immunité pour ceux qui voudraient m’accuser d’incompréhension et de vile absence d’empathie : je suis fils d’handicapé (plus que visible), et père d’handicapée (invisible), je suis donc quand même très sensible au regard des autres, aux souffrances de chacun, et promeut l’inclusivité et la bienveillance autant que possible. Et je ne pense pas non plus qu’il soit souhaitable que les personnes qui souffrent d’un trouble invisible se baladent avec une pancarte pour le dire à tout le monde.

Bref, situation compliquée qui me parait “insolvable” de façon parfaite en l’état. Et quand je regarde encore une fois le fil récent que j’ai pris comme exemple, je pense que le dialogue a été bon, les réactions n’ont pas été disproportionnées ce qui a justement permis un aplanissement rapide de la situation.

Quand au reste du forum, avec parfois moultes disputes et incompréhensions, la majorité a pour source des problèmes d’égo, l’effet Dunning-Kruger et l’ultracrépidarianisme dont nous sommes tous atteints, à des degrés divers, et que le dialogue écrit sans se connaître à priori amplifie malheureusement :frowning:

Le jeu de société IRL me parait, comme le jeu de rôle, excellent pour aider aux relations et interactions sociales, mais je comprend que c’est bien plus simple dans un cercle amical/familial que de se rendre dans une association dont on ne connait personne. C’est déjà difficile pour quelqu’un de non neuroatypique, je n’imagine même pas la difficulté que ça doit représenter pour eux :frowning:

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J’ai perdu cette mauvaise habitude de distribuer les bons points :wink:

Ragg Sor, tes interventions me semblent toujours pertinentes. Mais tu vois, tu te sentais un peu visé par ce que je disais alors que non. Ça montre à quel point il est difficile de s’exprimer à l’écrit.

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En effet ! Disons que ton message arrivait le lendemain d’un échange où le sujet s’est fait sentir, du coup je me suis demandé s’il y avait un lien.
Ce sujet et cet échange avait néanmoins provoqué cette réflexion en moi, que j’ai voulu partager :slight_smile:

le langage verbal ne permet pas de passer les 2nd degré / nuances / “clin d’oeil”
les smiley aident un peu, mais même un :wink: peut être ressenti de travers (genre “tu vois où je veux en venir”)

de mon expérience professionnelle où on échange énormément de mails :
c’est quasiment toujours la pire interprétation qui sera ressentie par l’interlocuteur

probable qu’on a des radars de défense en permanence, partant du principe à priori, que l’Autre est malveillant

mais heureusement , ici c’est pas X/Twitter ni reddit : il y a très peu de trollisme

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Merci pour ton analyse développée de la situation et je la comprends complètement.

Je suis pour l’inclusion des personnes neuro-atypiques pour leur permettre d’accéder à des opportunités d’activités professionnelles rémunérées, même si au niveau relationnel avec un public et un client ça peut être difficile parfois… Il faut que chacun puisse faire des efforts d’adaptation, d’indulgence et de remise en question par rapport à l’autre, même si parfois cela peut-être compliqué.

Et je confirme à 100% ce que Xil a dit: dans un dialogue par écrit, un neuroatypique et même une personne lambda pourra avoir des malentendus ou des conflits avec son interlocuteur régulièrement car on ne comprend et ne perçoit pas forcément tout de suite les émotions, le ton, les nuances, le second degré malgré les émoticones et autres smiley… C’est pour ça que je pense qu’il faut privilégier un échange de visu (en réel ou par webcam) ou au moins au téléphone (car la voix et le ton rassure et aide plus facilement à la compréhension des propos) si c’est possible la plupart du temps pour éviter les problèmes relationnels. :wink:

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Je me sens personnellement invisibilisé par cette remarque. C’est honteux.

Désolé c’est plus fort que moi. Le sujet est intéressant, et moi aussi il me touche à différents niveaux. Dans ma pratique ludique je joue très souvent avec des amis TDAH ou TSA. L’inclusion elle se construit toute seule, par la familiarité et les moments partagés, mais uniquement à une échelle “micro” comme évoqué au dessus. Dans la vie réelle comme sur un forum, il faut cependant réussir à dépasser les incompréhensions initiales qui existent nécessairement, y compris entre “neurotypiques”.