Sherinford dit:Xbug-pirate dit:Pour la BD, je reste bloqué sur la grosse vingtaine d'auteurs que je juge incontournables (même si rien ne les empêche de pondre un truc banal de temps à autre...), et j'ai cessé d'être à l'affût. C'est un travers qu'on pourra choisir d'appeler snobisme que celui du passionné qui tire son plaisir de la rareté, de sa quête personnelle de l'excellence dans un secteur encore mal défriché. J'ai un ami qui a laissé mourir sa passion pour la japanime parce qu'à son époque, choper des infos et se faire importer des VHS (qu'il fallait se farcir en vost anglais) était une galère sans nom, et que désormais, son plaisir lui est enlevé par le fait que le premier "gros noob" qui a une connexion Internet s'autoproclame expert en la matière et que le marché qui alimente sa passion est de moins en moins lisible.
Je trouve ce genre de remarque un peu bizarre. On peut difficilement être expert dans ce qui n'est finalement qu'un loisir.
J'ai pour ma part une vision assez systématique lorsque je m'intéresse à un sujet comme la BD, les jeux, etc. J'essaie beaucoup de choses, et je n'en retiens au final qu'un nombre très limité, que j'apprécie particulièrement. C'est évidemment 100% subjectif: ça correspond à mes goûts d'adulte fan de Sf et de littérature décalée... Ca ne fait évidemment pas de moi un expert, mais ça ne m'empêche pas de communiquer sur ce que j'aime.
Comme toi, j'ai eu mes auteurs fétiches, bien sûr, mais avec le recul, j'en viens à regarder leurs oeuvres de façon plus critique: finalement, tout ce qu'a fait tel ou tel auteur n'est pas nécessairement bon. On a tous nos hauts et nos bas.
De la même façon, il y a plein de trucs sympas à découvrir. Souvent, c'est pas la publicité qui t'informe, mais le bouche à oreille.
Je pense donc qu'il faut rester ouvert, à l'affut des bonnes idées, qu'elles soient neuves ou anciennes, d'ailleurs. C'est dommage parfois de constater que de très bons jeux tombent dans l'oubli alors qu'ils étaient vraiment très originaux et qu'ils ont loupé leur cible...
Pour le terme expert, je retranscrivais principalement le sentiment de mon ami mangageek, histoire de faire sentir comment, pour certains, la facilité d'accès pouvait détériorer le plaisir. L'ensemble de mon post était plus modéré que cela, et principalement et sciemment placé dans un registre émotionnel.
Sinon... Oui, il faut être à l'affût. C'est pourquoi je dis, avec amertume, "j'ai cessé d'être à l'affût"... J'épaissis mon propos par un nouvel exemple : lorsque sont arrivés les fondateurs français de ce que, faute de mieux, on appellera "la nouvelle bande dessinée", on a vécu une période assez exaltante d'expérimentations débridées et de grande liberté éditoriale. Les médias intellos s'en sont emparés, et la BD a acquis sa "respectabilité". On a vu alors débarquer des milliers de petit clones nous servant des pages au graphisme inintéressant, déroulant de laborieuses petites autofictions sur des vies elles-mêmes dénuées d'intérêt. Une esthétique ou un genre peuvent être complètement bouffés par une mode, mode qui pousse le marché à les saturer... Et alors bon, mauvais, la question ne se pose plus forcément en ces termes. Il reste, principalement, une espèce de dégoût. Si Trondheim fait du
futile un objet narratif digne d'intérêt, il y aura plein de petits suiveurs décérébrés pour faire, et c'est vraiment autre chose,
l'éloge du futile. Ça n'est pas juste une
nouvelle proposition, c'est un affadissement du truc de départ, sans apport de nouveauté. Et il se généralise. Et tant que le médium n'a pas vu naître une paire de génies qui osent re-révolutionner le genre, on essaye de se réchauffer en attendant avec de la soupe...
Bon. Cela n'a que peu de rapport avec le jeu car l'intérêt d'un jeu, pour l'esprit, "s'use" moins vite que celui d'une fiction. Mais je pense que si trois tonnes de descendants de Caylus, par exemple, en pillent les bonnes idées mais sans parvenir à sa richesse et à sa profondeur, alors l'intérêt pour Caylus même pourrait s'étioler ou, en tous cas, le goût pour la recherche active de la nouvelle perle.
Mais là ou je vais un peu dans un sens que tu suggères, c'est qu'effectivement le dégoût pour une discipline dont l'offre me semble trop importante provoque souvent chez moi la volonté d'un "retour aux fondamentaux", la (re)découverte d'anciennes perles qui ont inspiré la suite.