Ah oui tiens, c’est déjà l’heure de la rétrospective…
Le monde ludique tremble à l’énoncé de mon précieux verdict, suivant les 4 catégories inaugurées avec panache et sous les bravi l’an dernier déjà.
Ne cherchez pas, lesdites catégories sont très vaguement arbitraires, et je décerne moult prix et accessits au gré de mes envies, de toute façon la valeur de tout ceci est largement négligeable 
(pour confirmer que le billet n’a ni queue ni tête), voici la citation du jour
Si vous n’aimez pas la mer,
si vous n’aimez pas la montagne,
si vous n’aimez pas la ville…
Les tijeux
Dans cette sémillante catégorie des jeux légers, où l’on ne réfléchit pas trop mais pour passer un bon moment, le granvainqueur est :
Flip 7
Certes certes, rien d’original (ni dans le jeu lui-même ni dans mon verdict) et, facteur aggravant, même pour la d*****e ce n’est pas mon style de jeu. Mais c’est incontestablement réussi, simple à appréhender et un peu malin, fédérateur, jubilatoire dans son déroulement. On n’ira évidemment pas jusqu’à confirmer que c’est “Le meilleur jeu de cartes de tous les temps” mais c’est quand même diablement efficace. Dans cette catégorie, il ne souffre d’aucune contestation - mais pas grande concurrence non plus.
Des accessits quand même pour
- Krach 29 : le jeu a des failles évidentes (les cartes bonus sont clairement déséquilibrées, et c’est un peu long pour ce que c’est) mais il ravive d’excellents souvenirs de jeux similairement foutraques, tels Masters of Commerce ou Pit, ça suffit à ma petite joie.
- Là, t’abuses : la greffe entre les Trivia Games et le Perudo prend bien. Je ne prédis pas une incroyable durée de vie à ce jeu (certaines réponses sont d’ores et déjà à mettre en doute) mais le principe est drôle et efficace.
J’aurais pu (dû?) accorder un accessit à Duck & Cover, qui a eu un franc succès autour de la table auprès de profils étonamment différents ; oui mais… personnellement je n’accroche pas, tant je trouve le jeu à la fois ennuyeux et hasardeux. Même son gimmick (le coin-coin) est curieusement raté et manque à m’arracher un sourire.
Le reste (Abra Chadabra, Blind Jack, Farm Hand, Jungo, Sweeet !) est clairement plus anecdotique.
Les jeux Chill
Dans cette catégorie qui (la sénilité aidant) devient la reine des soirées par ici, le choix a été large et difficile. Mais le principe des palmarès étant ce qu’il est, et qu’il finit toujours par des injustices, je décerne le macaron du meilleur jeu un peu retors et pas trop long à :
L’île des mots-dits (Landmarks)
Comme j’ai déjà dû l’écrire de çi de là, je n’imaginais pas un jour pouvoir dire “C’est CodeNames mais en mieux”, et pourtant… Landmarks est exactement ça pour moi. C’est d’autant plus surprenant que je reconnais des défauts au jeu (son matériel curieusement sous-produit, son titre foireux et des cartes clairement pas toujours équitables en compétitif) mais il n’empêche : dans cette catégorie aujourd’hui fort encombrée du tell & guess, il se démarque nettement par sa simplicité et la roublardise qu’il suscite quasi immanquablement. La possibilité d’y jouer en coop ou par équipes est également tout à fait appréciable.
Sur la seconde marche du podium en carton on trouve
Rebirth
Combien de fois ai-je déjà dit que je ne suis pas un très gros fan de Knizia ? Et combien de fois ai-je dit que, quand même, le bougre avait du savoir-faire ? Eh bien Rebirth est la prochaine. Avec mes légendaires dons de visionnaire, j’aimerais prédire un avenir doré à ce jeu tout à fait épatant par sa simplicité et, tout à la fois, sa capacité à générer du vrai gameplay parfois méchant. Hélas, mes prédictions ne sont pas souvent couvertes de réussite.
Vous allez rire (ou pas), il y a deux places sur la troisième marche :), pour distinguer deux propositions tout à fait différentes… dans l’ordre alphabétique
Arigato
Un jeu que je qualifierais de sans prétention et qui peut faire froncer le sourcil des geeks à poil dur (oui c’est un peu long, oui c’est hasardeux) mais qui, par sa DA agréable, sa conception soignée et une grande fluidité, finit par happer et entraîner l’adhésion. La possibilité de passer un bon petit moment de casse-tête en solo est bien sûr, à mes yeux, un indéniable atout.
Bomb Busters
Encore un jeu coopératif à communication (très) limitée, où l’on finit par se contref****e du thème choupikawai pour se prendre la tête en silence pendant des plombes. Oui. Mais un jeu sans beaucoup de convention possible, où la mémoire joue un rôle mais pas déterminant. C’est étonnamment (pour un Cocktail Games) casse-tête et finalement pas si fun que ça, mais c’est aussi très très addictif, le système de missions y étant pour beaucoup. Deux bémols sur ce jeu, l’un subjectif, l’autre quasi objectif : il ne plaît pas à tout le monde, et c’est une petite purge à mettre en place (mais on a eu beau râler on n’a pas vu de bonne solution à proposer
). En tous cas un SdJ mérité.
Des accessits en pagaille, bien sûr, pour :
- Le seigneur des anneaux – Le jeu de plis coopératif : c’est The Crew avec un thème (et quel thème !), on aurait eu du mal à l’imaginer et pourtant… pourtant ça fonctionne. ça fonctionne même très bien. Il ne prétend pas à davantage qu’un accessit car, outre sa rejouabilité un peu limitée, on a noté que les missions fixes (nécessité du thème) pouvaient, par moments, se révéler totalement impossibles si la distribution était trop défavorable. On y a quand même beaucoup joué.
- Stonespine Architects : c’est - de mon point de vue - un peu moche, pas si court, encombrant à 4 ou 5 joueurs, avec des règles curieusement complexes et l’éditeur a poussé la paresse jusqu’à ne pas chercher un titre français. Malgré tout c’est bien, et même très bien. Un jeu parfait pour cette catégorie.
- Formidable Farm : un accessit tout d’abord mérité, parce que c’est un petit jeu de combo malin et très dynamique, mais aussi (impossible de le cacher) parce que c’est un jeu de Friedemann Friese, la Némésis de Knizia : là où le bon docteur montre inlassablement du métier, l’homme aux cheveux verts fait toujours preuve du même talent pour transformer le plomb en or. Ou au moins en bronze, disons.
Ils était bien voire très bien aussi, mais on n’a plus de place ma bonne dame : Come Sail Away! ,Château Combo, Courtisans, Take Time.
Pas trop convaincu en revanche par : Behind, Danger, Kronologic, Osmosis, Paper World et Révolte ! et enfin franchement déçu par 7 wonders – Dice. Pas vraiment mauvais mais, outre la concurrence, il y avait le poids de l’histoire ; les spin-off, à un moment ou un autre, il faut arrêter mon bon monsieur.
Medium
La catégorie jadis reine et qui elle aussi se tarit… les jeux qui commencent à avoir un peu de consistance (débrouillez-vous avec ça)
Curieusement pas tant de titres découverts, et absolument aucune hésitation au moment de distinguer
7 Empires
Dans l’absolu, un revamping de Imperial aurait dû concourir dans la catégorie “supérieure” mais il faut bien admettre qu’il est un cran au-dessous des “gros jeux” qui sortent aujourd’hui et c’est justement ce qui fait sa force, et sa réussite. Plus qu’une V2, c’est une revisite presque complète pour un jeu plus fluide, plus tactique et opportuniste, plus ramassé et un poil moins brise-neurones que ses prédécesseurs. Comme un symbole, Gerdts s’est élégamment débarrassé de son iconique roue d’actions, et le résultat est excellent.
Un accessit pour La Traque, et pas seulement parce que je connais un des auteurs. Le jeu est incontestablement réussi, pas forcément aidé par une production aléatoire (l’éditeur a une politique promotionnelle disons curieuse). Lors de l’exposé des règles on pourrait croire à un empilement de mécaniques rebattues mais, de façon assez étrange, le résultat échappe à toute filiation connue, sur un thème que je trouve - personnellement - assez convaincant. C’est méchant, assez vif, et plus court qu’on ne l’imagine de prime abord.
Sinon, les El Paso, Présages, Zenith ne m’ont pas laissé une trace impérissable, pour des raisons assez différentes.
Les grojeux
Cette année aura été moins pire que les précédentes, mais toujours bien moins fastes qu’antan - sic transit gloria mundi.
Mon “gros jeu” de l’année fera débat, même pour moi (c’est dire), mais ce sera malgré tout :
Arcs
Oui, il y a incontestablement une “prime à la patte” : c’est un Cole Wehrle.
Oui, je ne suis normalement pas fan des wargames.
Oui, on est d’accord, ce n’est PAS un jeu de plis.
Et oui, la qualité de la main influe.
Au final, ce sont même ces trois derniers arguments qui achèvent de me convaincre. Parce que Arcs demande aux joueurs de s’adapter, “faire avec ce qu’ils ont”, et choisir les bonnes options au bon moment pour sortir des sentiers battus du wargame dont le jeu n’a que les oripeaux - à l’instar de Shogun par exemple, c’est tout autant un jeu de gestion. C’est une proposition brillante, dont je comprends tout à fait qu’elle puisse ne pas plaire voire rebuter mais, dans l’océan qu’est devenue la production ludique, c’est un titre à la fois incontestablement et subtilement original qui fait plus que surnager : une vraie référence.
Comme il aurait fait un tout aussi beau vainqueur, je dois aussi parler de
SETI
un des pas si nombreux auxquels j’ai joué 3 fois cette année. Dans le genre plus très original des jeux à moteurs c’est vraiment réussi, et notamment grâce à un thème vraiment travaillé et extrêmement bien rendu. Les parties sont longues mais on ne s’ennuie pas un instant car il y a toujours des choses à faire et aussi (surtout) autant de choix cornéliens. Le jeu souffre peut-être (même si c’est un peu la loi dans cette catégorie) d’une longueur excessive, surtout rapportée à l’irréductible part de hasard qu’il recèle, et d’une nécessité de manipulation qui peut générer des erreurs (un peu à la Tekhenu)
Aucun des autres titres joués n’a démérité, c’est à noter, mais
- Civolution : Stefan Feld a donc fini par sortir son magnum opus, c’est excellement ciselé et d’une incroyable richesse mais - à mon goût - c’est vraiment trop. Trop long, trop comboïde, trop implacable, trop soumis à la bonne carte dans un jeu où le moindre coup de retard peut décider de l’issue : trop de tout. Last but not least : ça prend une place démesurée sur la table.
- Inventeurs du Tigre du Sud : rien de ce qu’a fait Shem Phillips n’est raté ni mauvais; pour refermer la troisième trilogie, il utilise un thème finalement pas si courant, et parvient à lui donner une étonnante densité. Hélas, il donne cette fois l’impression d’avoir réussi (même assez astucieusement) à embarquer toutes les mécaniques qui restaient dans ses tiroirs, et l’ensemble prend une allure assez capharnaümesque dont on peine à voir les lignes de force. La partie se finit sur une impression pas unanimement agréable d’avoir fait chauffer la cafetière assez fort et sans pouvoir dire ce qu’on aurait pu faire mieux.
- Limit : j’aurais adoré adorer ce jeu, à la fois pour son argument, son thème et son symbole. D’autant qu’on a aimé y jouer, les debriefings passionnés en sont témoins. Hélas (mais nous le préciserons après plus de parties) il donne l’impression d’être un peu scripté, dans le sens où l’issue semble inéluctable (on n’a pas vu comment éviter la catastrophe collective) et il ne devrait pas y avoir un million de stratégies gagnantes - parce que, dame, ça reste un jeu donc on veut gagner

- Sankoré : un excellent souvenir de ma seule partie, notamment parce que le jeu est magnifique et extrêmement fluide. Après la partie, j’avais envoyé à la petite commu un post le décrivant comme un Turf Master très compliqué, dans le sens où l’on devait dès le début de la partie miser sur un cheval (discpline de l’université) en croisant les doigts pour qu’il finisse en tête. C’est bien sûr extrêmement réducteur mais à l’évidence et peut-être plus que d’autres jeux de cette catégorie, il réclame d’y revenir souvent pour parvenir à maîtriser quoi que ce soit et, à ce tarif (le jeu est assez long à l’installation et pas spécialement court dans son déroulé), c’est vraiment une gageure. Il faut croire que je suis trop vieux pour ces c*****s

Voilà pour les macarons de la banquise…
Le bilan comptable, quant à lui, est sans appel : 2025 fut d’une éclatante stabilité.
752 parties de 107 jeux différents… Non seulement c’est beaucoup trop, mais en plus dans ces 107 il y a pas moins de 64 découvertes dont 38 nouveautés… et pas que des indispensables, loin s’en faut. La ludothèque n’est pas près de tourner…
Statistique significative : un peu moins d’une partie sur deux était en solo, un peu plus d’une sur cinq était coopérative, ce qui laisse à peine plus d’une partie sur trois consacrée à du jeu compétitif (y.c. les parties en équipe, tels Unmatched ou certaines de L’île des mots-dits)
| # |
titre |
nombre de parties |
| 1 |
Marvel Champions JCE |
125 |
| 2 |
Agropolis |
70 |
| 3 |
Terraforming Mars |
55 |
| 4 |
Vendredi |
46 |
| 5 |
The Gang |
36 |
| 6e |
Bomb Busters* |
24 |
| 6e |
Sprawlopolis |
24 |
| 8e |
Le seigneur des anneaux – Le jeu de plis coopératif* |
20* |
| 8e |
Flip 7* |
20 |
| 10 |
Jump Drive |
17 |
| 11 |
Formule Dé |
16 |
| 12 |
L’île des mots-dits* |
15 |
| 13 |
Dominion |
13 |
| 14e |
Heat |
12 |
| 14e |
The Crew |
12* |
| 16e |
Château Combo* |
11 |
| 16e |
Fantasy Realms |
11 |
| 16e |
Hanabi |
11 |
| 19 |
So clover |
10 |
| 20e |
Daybreak |
9 |
| 20e |
Codenames |
9 |
| 22 |
Là, t’abuses* |
8 |
| 23e |
Faraway |
7 |
| 23e |
Fiesta de los Muertos |
7 |
| 25e |
Behind* |
6 |
| 25e |
Stonespine Architects* |
6 |
| 25e |
Arigato* |
6 |
| 28e |
Love letter |
5 |
| 28e |
Duck & Cover* |
5 |
suit une trop longue liste de jeux joués moins de 5 fois… parmi lesquelles il me faut distinguer :
- Tipperary : un bon petit filler sans prétention mais assez amusant dans son genre
- kosmopoli:t, enfin sorti de la pile de la honte
- Nemesis
: une telle claque que j’ai sauté sur la réimpression dès qu’elle a été annoncée.
- l’incroyable 7 Yokai
une merveille de jeu de plis
Tous 4 auraient pu, s’ils avaient été plus récents, figurer en bonne place dans le palmarès laborieusement ébauché supra - heureusement, même sa valeur symbolique est somme toute très limitée.
Qualitativement, la suprématie de Marvel Champions ne faisait guère de doute dès le début de l’année, mais elle n’a jamais été contestée. Une excellente année sur ce jeu, avec de chouettes personnages de sortie (Black Panther, Silk…), une bonne petite campagne (Agents du SHIELD), mon passage en Standard III+Expert et la satisfaction d’avoir joué tous les scénarios et tous les modules du jeu, ce qui n’est pas rien quand on sait le nombre de sortie qu’il y a déjà eu. Pour les curieux, il y a un excellent topic sur ce forum qui rassemble les meilleures - ou presque - contributions de l’univers francophone sur ce fort bon jeu.
Peu de phénomènes notables à part ça sur la banquise, si l’on veut bien excepter le retour en grâce de Formule Dé, et l’inexorable érosion de mes piliers Dominion et Hanabi, hors du top10 pour le première fois depuis…2010
.
Si je fouille dans ma mémoire et/ou les archives de ce forum, je vais finir par exhumer une sorte de résolutions pour 2025… je sais que j’ai foiré de revenir sur le SDA JCE, sur Elya et l’éclat de la montagne, et 2-3 autres trucs encore. Par contre j’ai tenu ma résolution de me mettre à la peinture sur figurines. Crtes me diez-vous, ça nous éloigne du JdS, mais pas tant que ça, puisque ça explique que je n’ai pas beaucoup joué à Unmatched (j’ai lancé la peinture de toutes les fig du jeu en même temps; du coup le jeu était bloqué pendant de longs mois).
Et du coup je ne me hasarderai à aucune résolution ni aucune objectif d’aucune sorte : le tribunal de mon âme est plus sévère que le plus zélé des quatre personnes qui liront ces lignes - c’est vrai qu’il est long ce post 
Dans l’ensemble cette année n’a été ni vraiment bonne ni vraiment mauvaise : une sorte de continuité. La pratique ludique évolue, ni forcément pire ni franchement meilleure qu’avant, mais comme je vieillis aussi pas mal, ça se ressent à l’heure des comptes.
Pour ce qu’il en reste : bon bout d’an à tou.te.s, à l’an que vèn
Et plein de bonnes choses si 2 ou 3 courageux lisent jusqu’au bout ce billet en 2026 